‹ Pièces de théâtreChapitre 424 sur 1093 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les iViÊMËS, ATIiOS.

d'artagnan. Atîios, mon ami !

athos. D'Artagnan, mon cher fils, ne vou'iez-vous donc plus me revoir?

ils s'einbra=sent.

d'artagnan. Oh ! cher ami, non; mais le nom de la Fère que je ne vous ai jain.ùs entendu donner. ..

ATHOS. C'est le nom de mes ancèti'es cfiie j'ai repris; mais, si j'ai changé de nom, jc n'ai pas changé de cœur, ni vous non plus, n'est-ce pas ?

d'artagnan. Athos, je pensais à vous aujourd'hui même Aujourd'hui même, je

demandais votre ach-esse à i'ortiios.

ATHOS. Il est donc arrivé?

d'artagnan. Oui, saviez-vous qu'il devait venir ?

ATHOS. Continuez, d'Artagnan; vous dites donc que vous demandiez mon adresse à Porthos ?

d'artagnan. Oui , je voulais vous revoir.

ATHOS. En ciïet, pauvre ami, il y a bien longtemps que nous ne nous étions vus.

d'arjagnan. rJais j'y pense, Athos, et moi qui ne vous oiïre rien... Voici de ce petit via

MAGASIN THEATRAL

de Bourgogne dont vous avez fait avec Grimand si rude consouimalion dans la cave de Vhôtellier de Bcauvais. ., Où est-il, ce brave Grimaud ? j'espère qu'il est toujours à votre service ?

ATHOS. Oui , mon ami ; mais dans ce moment il voyage.

D'ARTAf.NAN. Buvczdouc, alors.

AiHOS. 31crci, d'ArlagnanJe ne bois plus; ou du moins je ne bois plus que de l'eau.

DARTAfiNAN. Vous, Athos, devenu un buveur d'eau !. . . impossible I vous, le plus intrépide videur de bouteilles des mousquetaires de monsieur Tréville.

ATiios. Trouviez-vous que je buvais comme tout le monde, mon ami?

d'artaonan. Non, c'est vrai ! vous aviez d'abord une manière de casser les goulots des bouteilles (jui n'appartenait qu'à vous; et puis, vous ne buviez pas à la manière des autres, vous. L'o'il de tout buveur brille quand il porte le verre à sa bouche. . . V^otre œilà vous ne disait rien. . . maisjaii'.ais silence n'a été si éloquent. . . lime semblait l'entendre murmurer: Entre, liqueur, et chasse mes chagrins.

ATHOS. C'est qu'en effet c'était cela, mon ami.

d'artagnan. Et la cause de ces chagrins?

ATHOS. Elle n'existe plus, mon ami.

d'artagnan. Tant pis.

ATHOS. Tant pis?

d'artagnan. Oui , j'allais vous proposer une distraction.

ATHOS. ï.aqnelle?

d'art A(;nan. C'était de reprendre la vie d'autrefois. Voyons, Athos, si des avantages réels vous attendaient, ne seriez-vous pas bien aise de recommencer en ma compagnie et en celle de notre amil'orthos les exploits de notre jeunesse?

A 1 HOS. C'est une proposition que vous me faites, alors.

d'ar! AcrvAN. Nette et franche.

ATHOS. Pour entrer en campagne?

d'au; Ar.NAv. Oui.

ATHOS. De la part de qui... et contre qui?

d'au; Afi.NAN. Ah! diable! vous êtes pressant.

ATHC:. i.l suilolU précis... Écoulez, d'Arlagnan, il n'y a qu'une cause à lafjuelle un l'.onnne cciiiiiU! moi puisse être utile... c'est telle du roi.

d'artagnan. Précisément.

ATHOS. Oui, mais entendons-nous... Si par la cause du roi votis comprenez celle de nionsieur .Mazarin , nous cessons de nous entendre.

d'autagnan. Diable ! voilà que ça s'embrouille.

Al nos. Ne jouons pas an lin, d'Arfagnan ; votre hésitation et vos détours me disent assez

de quelle part vous venez. . . Cette cause, en effet, on ne peut l'avouer hautement, et, lorsqu'on recrute pour elle, c'est l'oreille basse et la voix embarrassée.

d'akta(;nan. Ah ! mon cher Athos.

ATHOS. Eh ! mon cher d'Artagnan, vous savez bien que je ne parle pas pour vous, pour vous qui êtes la perle des gens braves , des gens loyaux et hardis... Je parle de cet Italien mesquin etintrigant, de ce cuistre qui ?ssaye de coiffer sa tète d'une couronne (ju'il a volée chez la leine ; de ce faquin qui appelle son parti le parti du roi, et qui f ' nise de faire mettre les princes du sang en j,fisî)n, n'osant pas les tuer, comme faisait le grand Richelieu... d'un fesse-Mathieu qui jièse ses écus d'or et garde les rognés, de peiir , quoiqu'il triche, de les perdre à son jeu du lendemain; d'un drôle enfin, qui maltraite la reine à ce qu'on assure, et qui va d'ici à six semaines nous faire une guerre civile pour garder ses pensions... Si c'est là le maître que vous me proposez, d'Artagnan, grand nierci.

d'artagxan. Vous en parlez fort à votre aise, mon cher ami; vous êtes heureux, à ce qu'il paraît, dans votre médiocrité dorée. Porthos a cinquante ou soixante mille livres de rente peut-être. Aramis doit avoir quinze duchesses qui se disputent Aramis de Noisy-le- Sec , comme elles se disputaient l'Aramis mousquetaire ; c'est encore un enfant gâté du sort; mais moi, que fais-je en ce monde? Je porte ma cuirasse et mon buffle depuis vingt ans, cramponné à ce grade insuffisant, sans avancer, sans reculer, sans vivre. 'Je suis mort, en un mot ! Eh bien ! lorsqu'il s'agit pour moi de ressusciter un peu , de passer lieutenant-capitaine , vous venez me dire : C'est un faquin, un cuistre, un mauvais maître !. . . Eh! pardieu ! cher ami, je le sais aussi bien que vous... mais trouvez-m'en un meilleur ou faites-moi des rentes.

ATHOS. Eh bien ! c'est à quoi nous avons songé, Aramis et moi, mon ami; et c'est pour cela que j'avais écrit à l'orlhos et à Aramis de se trouver aujourd'hui chez vous.

d'ar CAGNAN. Ail ! je comprends maintenant cette coïncidence.

ATHOS. .\e les avez-vous point vus déjà ?

d'aiîtagnan. Porthos, oui... Aramis, non.

Al nos. C'est étrange ! Aramis, le moin? éloigné des trois... Aramis (pii n'a que Iroit ou (|uaire lieues de son couvent de Noisy-le- Sec à Paris.

d'arta(;nan. Que voulez-vous, mon cher!

Aramis aura eu quelque pénitence à faire; et puis, avec une vocation comme la sienne on ne quitte |)as facilement son couvent.

ATHOS. Khbien! vous vous trompez, mon ami; Aramis est redevenu mous(|uelaire , et plus mousquetaire que jamais... 11 boit, parle

LES MOUSQUETAIRES

haut en buvant , comproinet les femmes , se bat une fois le mois, et ne se fait appeler que le chevalier d'IIerblay... Tenez, il est en retard... Eh bien, mon ami, jepariequ'il aura suivi quelque ju|)e qui lui aura fait perdre le chemin de la rue Tiquelonne.

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