‹ Pièces de théâtreChapitre 449 sur 1093 · SCÈNE VIÏ · texte numérisé non relu

SCÈNE VIÏ

CROMAVELL, LA REINE.

LA REINE. Ainsi, je puis donc les suivre.

CROMWELL, se livanf et .se aécouvrant.

Un instant encore, si Votre Majesté le permet.

LA REINE. Grand Dieu ! que dites-vous là, monsieur?

CROMWELL. Je dis que c'est bien imprudent à la fille du roi Henri IV, à la sœur du roi Louis Xîîl, à la femme du roi Charles I" de venir en Angleterre en ce moment, et de débarquer justement dans une ville que tient le général Olivier Cromwell.

L^ REINE. Vous vous trompez, monsieur, je ne suis ni fille, ni sœur, ni femme de roi, je suis fille d'un pauvre Ilyghlander.

CROMWELL. William Parry n'avait qu'un fils et une fille.

LA REINE. Eh bien ! cette fille...

CROMWELL. Celte fille dont vous avez pris le nom est morte il y a six mois, et votre père, dont vous allez toucher l'héritage, vit encore.

LA REINE. Mais vous connaissez donc tout le monde en Angleterre et en Ecosse !

CROMWELL. Oui ! tous ccux que c'est mon intérêt ou mon devoirde connaître, madame; comment alors Votre Majesté veut-elle que je ne la connaisse pas?

LA RKINE. C'est bien, je ne nierai pas plus longtemps; je suis, non pas une reine qui vient régner sur son royaume, car en réalité Charles I" n'est plus roi... mais une femme qui vient partager le sort de son époux. Maintenant, faites de moi ce que vous voudrez.

CROMWELL. C'est à moi à attendre les ordres de ma souveraine.

LA REINE. Que dites-vous ?

CROMWELL. Je dis que pour mes collègues, je dis que pour le parlement, je dis que pour la nation même, Cisarles I" n'est peut-être plus que Charles Sluart, mais pour mo;, Charles Stuart est toujours roi.

LA REINE. En vérité, vous me confondez,

CROMWELL. Je dis, madame, que la Pro-

MAGASIN TIIEATRAL-

vidcnce ne fait rien sans raison, et que c'est la Providence qui vous a envoyée vers moi, pour que je vous envoie vers votre mari.

L\ RUNE. Comment ! je suis donc libre d'aller le rejoindre ?

CUOMWF.LL. Oui, madame, et vous lui direz ce que vous allez entendre de ma bouche, et ce que vous n'avez encore entendu de celle de personne, la vérité!

Vous lui direz que s'il livre la bataille, il est perdu.

LA REINE. Mais le parlement...

CROMWELf.. Vous lui dircz quc s'il traite avec le parlement, il est perdu.

LA REIME. Mon Dieu !

CROMWELL. Vous lui direz que par toute l'Angleterre, il n'y a peut-être à cette heure qu'un honnne qui désire sincèrement le salul du roi Charles I", et que cet homme c'est le général Olivier Cromwell.

LA REINE. Parlez-vous franchement, monsieur?...

CROMWELL. Oui, mais qu'il y prenne garde , derrière la volonté il y a le destin , derrière la Providence il y a la fatalité, et moi, madame, moi je suis l'homme du destin, l'hoir.me de la fatalité; qu'il parte.

Lv REINE. Mon Dieu î...

CROMWELL. Madame, il y a dix ans, j'allais quitter l'Angleterre pour l'Amérique, j'avais déjà le pied sur le bâtiment qui devait m'emmener. .. un ordre du roi m'a défendu de ([uitter l'Angleterre, où l'avenir m'attendait; qu'il parte.

LV REINE. Mais c'est renoncer à toute espérance.

CROMWELL. IVIadame, à l'âge de quinze ans, une femme m'est apparue, elle tenait à la main une tête couronnée, elle a pris la couronne sur cette tête, et l'a mise sur la mienne... qu'il parte.

LA REINE. Mais vous avouez donc alors...

CROMWELL. Madame, ma nourrice avait une tache de sang qui lui prenait à l'épaule et qui ne finissait qu'au bout du soin, de sorte que lorsqu'elle me donnait à boire, j'avais l'air de boire non pas son lait, mais du sang... qu'il parle... qu'il parte!

LA REINE. 11 partira, monsieur; mais comment ])ar\iendrai-je près du roi?...

CROMWELL. Je vous donnerai un saufconduit.

LA REINE. Mais si je m'égare... voici la nuit qui vient...

CROMWELL. Je vous donnerai un guide.

LA REINE. Quand cela?

CROMWELL. Tout de suite, attendez...

LA REINE. Ah ! monsieur....

CROMWELf,. Prenez garde; si l'on entrait on pourrait croire que je fais grâce et noi pasjustice... {Il écrit quelques ft^nes.) Voie un iaissez-passer pour une femme serendan h l'armée royale.

LA REINE. Merci ! merci!...

CROMWELL. Ce n'est pas tout. . . {Ilfrapp dans ses maitjs.) Findley... {Un serviteu entre.) Findley, vous accompagnerez ma dame , sous quelque costume qu'il lui plais de prendie , jusqu'aux premiers postes di camp royaliste.

FINDLEY. Oui, général.

CROMWELL. Quelque chose qu'elle veuiU vous offrir, vous ne recevrez rien.

FINDLSY. Non, général.

CROMWELL. Il vous faut deux heures pou arriver au camp... (Findley fait un mouve ment.) Vous entendez, deux heures, pr plus, pas moins.

FINDLEY. Bien, général.

CROMWELL , à la Reine. Maintenant j'espère, vous ne pourrez plus dire à cclt vers qui je vous envoie que je suis son en nemi.

LA REINE. Dieu veuille que vous disiez vérité, monsieur; en attendant, merci!...

La Reine sort avec le Serviteur.

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