‹ Pièces de théâtreChapitre 451 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DE WINTER , couché dans son manteau devant l'entrée de la tente du Roi, ARA-

MTS , causant avec une Sentinelle, jm ATIIOS, puis MORDAIJNT, en chef patrouille, UNE SENTINELLE, D'Aï TAGNAN, PORTHOS, LE ROI, dans

LES MOUSQUETAIRES

tente, GROSLOW, UN Sergent, Soldats, ETC.

ARAMis, à la Sentinelle. Et vous dites, non ami , que depuis deux ans vous n'êtes )oint payé.

LA SENTINELLE. Nou, monsieur... et c'est lur, avec une guerre comme celle que nous ajsons.

ARAMIS. Oui, je le sais bien... Mais lors- [ue le roi Charles remontera sur le trône , il écompensera ses fidèles Ecossais. LA SENTINELLE. Oui, s'il y remonte.

ARAMIS. Espérons que Dieu donnera l'avanage à la cause de la justice.

ATHOS, s' avançant vivement par-derrière a maison. Aramis !

ARAMIS. Eh bien ?

ATiios. Pas un instant à perdre, il faut ffévenir le roi.

ARAMIS. Que se passe-t-il donc?

ATHOS. Ce serait trop long à vous dire... )ù est de "Winter ?

ARAMIS. Venez... {Donnant une demi-pisoie à la Sentinelle.) Tenez, mon ami, voici me demi-pistole pour boire à la santé du roi. LA SENTiiNELLE. Qu'elle soit la bienvenue; 1 y avait longtemps que je n'avais vu la paeille , de la dernière qui m'est passée entre es mains.

ATHOS, touchant de Winter à l'épaule.

3e Winter!... de Winter!,..

DE WINTER, s' éveillant. Ah! c'est vous, ;omte... c'est vous, chevalier... Avez-vous •emarqué comme le soleil est rouge en se :ouchant, ce soir?

ATHOS. Milord, dans une position aussi îrécaire que la nôtre, c'est la terre qu'il faut îxaminer et non le ciel... Avez-vous étudié aos Ecossais?

DE WINTER. Quels Ecossais?...

ATHOS. Eh pardieu ! les nôtres... les Ecossais du comte de Lœven.

DE WINTER. Non !

ATHOS. Vous croyez donc à leur fidélité ?

DE WINTER. Sans doute ! (On entend la marche d'une patrouille.) Voyez avec quelle régularité le service se fait... {On entend tin ter V heure dans le lointain.) Sept heures. . . at à l'heure sonnant; voilà qu'on relève les sentinelles.

ATHOS. En effet.

On relève successivement les sentinelles; enfin la sentinelle s'approche de la tente du roi Charles, LA SENTINELLE. Qui vivC?

LE CHEF DE PATROUILLE, qui n'est autre que Mordaunt. Charles et loyauté... La consigne ?

LA SENTINELLE. Ne laisser approcher de la tente du roi que ceux qui auront le mot d'ordre.

LE CHEF DE PATROUILLE , donnant une

bourse à la Sentinelle. Tiens, voilà ce qui a été promis.

ATHOS, qui a écouté. De l'argent!

DE w?NTER , à Àramis, tandis qu'Athos fait quelques pas pour s'assurer que la patrouille s'éloigne. Dites -moi, chevalier, n'est-ce pas une tradition en France rpie la veille du jour où il fut assassiné... Henri JV, qui jouait aux échecs avec monsieur de B;issompière, vit des taches de sang sur l'échiquier ?

ARAMIS. Oui, milord... et le maréchal m'a, dans ma jeunesse, mainte fois raconté la ciiose à moi-même.

DE WI^TER. C'est cela, et le lendemain Henri IV fut tué.

ARAMIS. Quel rapport cette vision a-t-clle avec vous, comte ?

DE WINTER. Aucun... mais vous savez, chevalier, que l'homme le plus fort a des heures de tristesse, pendant lesquelles il n'est pas maître de lui-même. Mais ne parlons plus de cela ; comte , vous aviez quelque chose à me dire.

ATHOS. Je voulais parler au roi.

DE WINTER. Après avoir travaillé toute la soirée, le roi dort.

ATHOS. Milord, j'ai à lui révéler des choses de la plus haute importance.

DE WINTER. Ces choses ne peuvent être remises à demain ?

ATHOS. Il faut qu'il les sache à l'instan même, et peut-être est-il déjà trop tard.

DE WINTER, soulève le rideau de la lente. Alors, entrez, comte.

A la lueur d'une lampe, on voit une table chari:;ée de papiers. Le Roi dort appuyé sur cette table.

ATHOS, en soupirant. Sire.

LE ROI, s' éveillant. C'est vous, comte ?

ATHOS. Oui, sire!

LE ROI. Vous veillez tandis que je dors, et vous venez m'apporter quelque nouvelle.

ATHOS. Hélas! oui, Votre Majesté a deviné juste.

LE ROI. Alors, la nouvelle est mauvaise.

ATHOS. Oui , sire.

LE ROI, se levant. N'importe; le messager est le bienvenu, et vous ne pouvez entrer chez moi sans me faire toujours plaisir, vous dont le dévouement ne connaît pas de patrie et résiste au malheur, vous qui m'ites envoyé par ma bonne Henriette , que Dieu fasse làbas plus heureuse que je ne le suis ici.., Parlez donc avec assurance, monsieur.

ATHOS. Sire, monsieur Crorauell est arrivé hier à Newcastle.

LE ROI. Je le sais.

ATHOS. Votre Majesté sait-elle pourquoi il est venu î

LJ, ROI. Pour me combattre.

AïHOS. Pour vous acheter.

LE ROT. Oiio dites-vous, comte ?

ATHOS. Je dis, sire, qu'il est dû à l'armée écossaise quatre cejit mille li\res sterling.

i.E R')i. Pour solde a ricrée, oui... Depuis plus de deu\ ans, mes l)ra\es et fidèles Ecossais se battent piiur l'honneur.

ATHOS. Eh bien , sire , quoique l'iionneur soit une belle chose, is se sont lassés de se baltrf pour lui .. Et ce soir...

LE ROI. Eh bien, ceson\..

ATHOS. Ce soir, ilsontvendu Votre Majesté pour deux cent mille livres sterling... c'està-dire pour la moitié de ce qui leur est dû.

DE WIMER. (^ue dit-d?

•] ARAMis. îe m'en doutais.

■ LE ROI. Ees Kcossais m'ont vendu... impossible... Le> Ecossa s vendre leur roi pour deux cent mille livres...

ATHOS. Les Juifs ont bien vendu leur Dieu pour trente deniers.

Lî, ROI. Et quel est le Judas qui a fait ce marché ?

ATHOS. Le comte de Lœven.

LE Ror. Et avec qui a-t-il été fait?

ATHOS. Avec le secrétaire de monsieur Cromwell.

DE wiNTiR. Avec Mordaunt?

ATHOS. Oui, ii'ilord.

LE Ror. N'est-ce pas ce jeune homme qui me p;»ursuit avec tant d aciiarnemeut , de Winter?

DE wiNTFR. Hélas! lui !...

LE ROI. Que lui ai-je donc fait? je ne me le ra])peile plus.

D!' wiNTiR. Sur ma demande, Votre ^'ajesté l'a déclaré l'âtard, et lui a défendu de prétend e aux biens et de porter le nom de son père.

LE ROI. Ah ! c'est vrai... mais c'était justice et Je ne we repens pas... Vous dites donc, monsieur le com e?

ATiHS. Je dis, sire, ([ue couché près de la tente «lu comte de Eœven, j'ai tout vu, tout entendu.

Il l'.oi. Et quand doit se consommer cet odieux marche?

AiH'i.s. tacite nuit même... Comme Votre Majesté lcvoi',iln'\ a jvas île tcm|)s à penire.

LE ROI. I*as de temps à perdre ! pourquoi faire, puisf]ue vous dites (juc lesuis vendu?...

ATUus. Pour profiter de la nuit, sire, pour traverser l.i Tyne, pour rejoindre en l-cosse lord Montrose , qui ne vous vendra pas, lui.

LE )U;i. i;t qtie ferai-Je en Ecosse? une guerredfi^yrii.saii ; comte, une pareille guerre est indigne d'un roi.

ATiios. L'exemple de Robert Bruce est là pour voii.*» absoudre, sire.

LE ROI. >on, roiiitc. ,. non, il y a trop longiem;>s(Hic je Itilie... je suis au bout de mes forces, ils m'ont vendu, (ju'ilsmc livrent,

et que la honte de leur trahison retombe sur eux.

ATHOS. Sire, peut-être est-ce ainsi C;i" d«it |)arler un roi, mais ce n'est point ;:! que doit agir un époux et un père... Si nous avons traversé la mer; sire, nouss;:: mes venus au nom de votre femme et de mi enfants; je vous dis : Venez sire, Dieu ii veut.

LE ROL Vous l'emportez , comte ; que im conseillez-vous?

ATHOS. Sire, Votre Majesté a-t-elle danj toute l'année un régiment... un seul, sur lequel elle puisse compter?

LE ROI. De AVinter, croyez-vous à la fidé- Uté du vôtre?

DE WITTER. Sire, ce ne sont que des hom mes... et ces hommes sont devenus bien faibles ou bien méchants... Je croisa leur fidéhté, mais je n'en réponds pas.. Je leui confierais ma vie, maisj'hésite à leur confie; celle de Votre Majesté.

ATHOS. Eh ! ne comptons que sur nous alors; nous sommes trois hommes dévoués e résolus, nous suffirons... Que Votre Majest monte à cI:cvol, qu'elle se place au milieu di nous... nous traverserons la Tyne, nous gagnerons l'ixosse, et nous sommes sauvés.

LE ROI. Est-ce votre avis, de 'NVinter ?

DE vvi.NTER. Oui, sire !

LE ROI. Est-ce le vôtre, monsieur d'Herblay?

ARAMIS. Oui, sire !

LE ROI. Qu'il soit donc fait comme vousl désirez; parlons.

ATHOS Attendez, sire.

LE ROI. Quoi donc?

ATil'îS. Les sentinelles qui veillent à 1 porte de Votre Majesté pourraient donne l'alarme en voyant s'éloigner le roi... Il fai les enlever.

LE ROI Les sentinelles?

ATHOS. Sire, j'ai vu tout à l'heure l'officié qui les a placées où elles sont, leur compte de l'argent.

LE ROL Oh! mon Dieu!

DE WINTER. Et connnent les enlever...

ATHOS. Ave/.-vous seulement quatre hom mes sur lesquels vous 'puissiez compter, mi lord?

DE WINTER. Oui , mais dans mes propn serviteurs.

ATHtjs. Allez les prendre, et faites le couj"

DE vviNTER. J'y vais.

H sort.

ARAMIS. Et nous, comte, qu'allons-nov faire pendant ce temps?

LE Roi. Venez, messieurs, je vais vous oc cuper à queUpie chose.

11 va à une armoire; il en tire deux plaques de l'ordi He la Jarrolièro.

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ATHOS. Que faites vous, sire ?

LE ROI. A genoux, comte.

ATHOS. Sire, ces ordres ne peuvent être pour nous.

LE ROI. Et pourquoi cela?...

ATH S. Ces ordres sont presque royaux.

LE ROI. Passez-moi en revue tous les rois du monde mes frères... qui m'abandonnent tn ce moment, et trouvez-moi plus grands MEurs que les vôtres! Non, non, messieurs, FOUS ne vous rendez pas justice, mais cela me •egarde, moi... A genuux, comte.

ATHOS. Vous l'ordonnez, sire.

LE ROI, tirant son épée,. Je ne vous dirai )as... je vous fais chevalier, soyez brave, filèle et loyal, je vous dirai : Vous êtes brave, idèle et lo\al, jti vous fais chevalier... A votre our, monsieur d'Herblay...

iramis se met à genoux ; au même moment, de Winter paraît au fond avec quatre hommes.

LA SEINTINELLE. Qui vive?

DE WINTCR. Charles et loyauté.

LA SENTINELLE. Avancc/ à l'ordre.

ARAMIS, se relevant. Merci, sire.

ATHOS, étendant la main vers les sentilel'es. Ecoutez !...

'endant ce temps , de Winter et ses hommes se sont emparés d'une des sentinelles; mais l'autre, qui a entendu le bruit, met sa pique eu arrêt. LA SENTINELLE. Qui vive?

ARAMIS, qui est sorti de la tente derrière lie, lui mettant sou poignard sur la poirine. Si tu dis un mot tu es mort.

ATHOS, au.T hommes de de Winter. Emlenez ces deux sentinelles, et gardez-les à ue.

ARAMIS. Et au premier mot, au premier sine , au premier geste qu'elles feront pour onner l'alarme, tuez-les.

DE WINTER. 31aintenant, sire , nous somles prêts.

On emmène les deux hommes.

LE ROI. Il faut donc fuir !

ATHOS. Fuir à travers une armée, sire, dans )usles pays du monde cela s'appelle charger.

LE ROI. Allons donc, messieurs.

DE WINTER, à Aramir.. Est-ce que l'un de ous est blessé? je vois à terre des taches de mg.

ATHOS, qtii a déjà fait quelques pas en ehors. Ecoutez, sire, écoutez.

LE ROI. Qu'y a-t-il ?

ATHOS. J'entends le piétinement d'une •oupe nombreuse, j'entends le hennissement es chevaux.

ARAMih. Il est trop tard; nous sommes ernés.

DE WINTER fait deux pas en avant tandis ue le rui c. .-^ts deux compagnons écoutent, 'uis il relient. C'est l'ennemi!

LE ROI. Ainsi, tout est perdu '

ATHOS. Il y a encore un moyen, sire.

LE ROI. Lequel ?

ATHOS. Que Votre Majesté au lieu de garder son costume si connu, prenne celui J*^ l'un de nous et nous donne le sien ; tandis qu'on s'acharnera à celui qu'on prendra pour le roi, peut-être le roi parviendi'a-t-il à se sauver.

ARAMIS. L'avis est bon, sire, et si Votre Majesté veut bienfaire àl'un denouscethonneur....

LE ROI. Que pensez-vous de ce conseil, de Winter ?

DE WINTER. Je pense que s'il y a un moyen au monde de vous sauver , le comte de la Fère vient de le proposer.

LE ROI. Mais c'est la mort ou tout au moins la prison pour celui qui prendra ma place.

DE WINTER C'est l'houneur d'avoir sauvé son roi... Choisissez, sire.

LE ROI. Venez, de Winter.

DE WINTER. oh! merci, mon roi!

ATHOS. C'est juste, il y a plus longtemps qu'il le sert que nous.

ARAMIS. Hâtez-vous, sire; nous garderons l'entrée de votre tente. {To-s d-ux su placen î en srn tmelle, rêvée à la main: pendant ce temps, te roi donne à de Winter sort cordondu Saint Esprit, son '•iiapcau et son pourpoint; en échange de Winter donne au roi les mêmes ohjets , plus la cuirasse de cuivre. Au moment oit Véchan'fe se termine et où le Roi sort par le fond de la tente, on voit venir un ' patrouille composée de six hommes. ) Qui vive ?

ATHOS. Qui vive?

d'artagnan, à ordaunt au fond. Singulier pays que le vôtre, monsieur, où l'on lire toujours la bourse et jamais l'épée.

PORTHOS. Il paraît que c'est l'usage en Angleterre.

MORDaunt. Par l'épée ou par l'argent peu importe messieurs ; vous voyez que le camp est à nous.

d'artagnan. C'est égal voilà une étrange guerre.

ATHOS et ARAMIS. Qui vive donc ?

MORDAUNT. Charles et loyauté !

ARA MIS ET ATHOS. On iic passc pas.

MORDAUNT. Comment, on ne passe pas?

d'artagnan. a la bonne iieure , cela so gâte à la ih\, et je commence à croire que nous tirerons l'épée.

MORDAUNT. Qui douc a changé le mot d'ordre?

ARAMIS. Le roi !

MORDAUNT. Fourquci cela ?

ATHOS. Parce que vous êtes des traîtres,

d'artagnan. Dt's trait "Ci?

PORTHOS. 11 a dit des traîtres, je crois.

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d'artagnan. Voilà une dure parole, messieurs, et nous allons , j'en ai peur, vous la faire rentrer dans la gorge.

ARAMis. Venez-y !

nionnAi ?iT. nien... faites tête, messieurs ; nous, à la tente du roi! (.1 ses hommes.) Venez! (Aihusco'iibiid'Ariagnan. AramisPoi thos.

Tovs qita're sont d'égale force... Tout à coup Mnrtiaant paraît au fond de la tente. Les hommes qui suivent Mordaunt prennent de ll'iiii'f ei trient: Le roi! le roi! prenez-le vivant! regardant de Winter pour le ïo». j N(>n,ce n'est pas le roi... non, vous vous U-oinpcz; n'est-ce pas, milord de Winter, que von- n'êtes pas le roi? N'e>t-ce pas, milord de \^ inter, que vous êtes mon oncle?

DE VMiNTER, reculant devant Mordaunt.

Le vengeur !

M .uiiAU T. Souviens-toi de ma mère !... (// tue de Win er d'an coup de pistolet. A la lueur den \lambenucc les quatre amis se ri co'/iiais.-itni , pussent l'épée de la main droite à gnurhe, et disent en même temps: ) Slousquetaires!

o'aktag.nan, éas, àAthos. Rendez-vous, Atlios; Aous rendre à moi, ce n'est pas vous rendre.

poiunos. Aramis, vous comprenez !

AKAMis. Je me rends.

MOiU)AU-Nï, ugenouillé près du corps de de > inter. Deux !

ATHOS, wonirnnt Mordaunt. Voyez-vous ce jeune homme ?

D ARTAGJNAN. Le fils de Miladv , n'est-ce pas?

PtiRTiios. Le moine.

ARAMIS. Oui !

d'ap.taginan. Ne soufflez pas un mot, ne faites pas un geste, ne risquez point un regard pour moi m Porthos... car i>ldady n'est pas morte, et son âme vit dans le corps de ce démon.

Pendant ce temps le Roi a été entouré, repoussé sur le devant de la scène.

LE Ror. Oui de vous osera le premier porter la main sur son roi?

GROSLOW, entrant. Charles Stuart, rendezmoi voire é|)ée.

LE i;oi. Colonel Groslow, le roi ne se rend pas; l'homme cède à la force, voilà tout.

Il brise son épée.

GROsr.ow. Victoire, messieurs ! le roi est prisonnier, nous tenons le roi.

MOi'.DAi .\T, se retournant. Le roi!... Le roi est-il pris?

PLL'S!i:rRs VOIX. Oui ! oui !

MOHDAU.NT. Bien ! il ne nous manque plus que. . .

Il aperçoit les quatre amis.

ATIIOS. Il nous a vus.

ARAMIS. Laissez-moi le tuer.

d'artagnan, regardant ses amis. Mordions!... {A Mordaunt.) Bonne prise, ami Mordaunt, bonne prise... nous en tenons chacun un, monsieur Duvallon et moi... des chevaliers de la Jarretière, rien que cela.

MORUAUM. Mais ce sont des Français, ce me semble.

d'artagnan. Des Français...

ATHOS. Je le suis.

d'artagnan. Eh bien ! ils sont prisonniers de compatriotes.

LE ROI, à A t lias et à Aramis. Salut , messieurs ; la nuit a été malheureuse, mais ce n'est pas votre faute. Dieu merci. Où est mon vieux de W'inter?...

MORDAUiNT. Cherche où est Straffort?

LE ROI, apercevant le cadavre. En effet... comme Slraffort il a reçu le prix de sa fidélité ! [Ils'agenouille (ierant de Winter , .<oa lève s(t le e et l'embrasse au front.) Adieu cœur fidèle, qui es allé chercher là-haut 1; recoin peiise du dévouement et me prépare) celle du martyre, adieu !

d'artagnan. De Winter est donc tué ?

ATIIOS. Oui, par son neveu.

d'autagnan. (/est le premier de nous qu s'en va; qu'il dorme en paix, c'était ui brave.

LE ROI. Maintenant, messieurs, conduisez moi où vous voudrez.

GROSLOW. L'ordre du général Cromwel est de vous conduire à Londres.

LE ROI. Quand <iois-je partir ?

GROSLOW. A l'instant même.

LE ROL Allons !

ATIIOS, au Roi qui s'éloigne. Salut h | Majesté tombée.

d'artagnan. Mordions, Athos, vous noc ferez tous égorger.

Le Roi sort de scène.

MORDAUNT, à d'Àrtagnan et à Porthoi Venez-vous chez le général, messieurs? il aui descomplimenls à vous faire.

d'artagnan. Avec bien du plaisir, mon sieur... mais il faut d'abord que nous me lions nos piisonniers en lieu de sûreté.. Savez-vous, monsieur, queces gentilshomnn valent chacun dviw mille pisloles?

MORDAUNT. Oh! soyez tranquille ; mes sol dais les garderont, et les garderont bien., je vous réponds d'eux !

d'artagnan. Je ne voudrais pas leurdoi lier celte peine, et je les garderai encoi mieux moi-même... D'ailhuirs, que faut-il une bonne chambre fermé(> de barreaux, comme celle-ci, par exemple, avec desseni nell<'s, ou leur simple parole qu'ils ne clici chcronl pas à fuir... car dans noire pays parole vaut le jeu, dit un proverbe... Je va

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mettre ordre à cela, monsieur; après quoi, j'aurai l'honneur de me présenter chez le général, et de lui demander ses ordres pour retourner en France.

MORDAUNT. Vous comptez donc partir bientôt?

d'artagnan. Notre mission est finie, et rien ne nous arrête plus en Angleterre que le bon plaisir du grand homme près lequel nous avons été envoyés.

JIORDAUNT. Bien, messieurs. {À un Sergent.) Sergent Harry, prenez dix hommes avec vous et gardez cette porte... et sous aucun prétexte ne laissez sortir les deux prisonniers.

LE SERGENT, Et Ics deux autres ?

MORDAUNT. Ils sout libres... Maintenant, connaissez-vous cette maison ?

LE SERGENT. J'y ai commandé un poste.

MORDAUNT. A-t-elle une autre sortie que celle-ci ?

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