ACTE I, SCÈNE II
nien... Non, je ne serai ni soldat, ni poète, ni philosophe... A quoi bon se torturer l'esprit et le corps, pour être Miltiade, Sophocle ou Socrate, je ne puis espérer mieux; pour aboutir ainsi à l'ostracisme, à la prison, à la ciguë?... Non, je ne serai pas Athénien... Si je me tuais! mais je ■herche un moyen de vivre!... Un sage a dit : ( Suis les lois de la nature, et tu ne seras jamais )auvre ; suis les lois du monde ! et tu ne seras ja- ■nais riche... » Va pour la nature, je renonce au naonde, à la société, à l'humanité!... Au fait, ien ne m'oblige ici bas : j'ai dû avoir des parens, e n'ai pas de quoi avoir d'amis ; je n'ai personne |ui me serve, mais aussi personne qui me gène ; li droits, ni devoirs, ni intérêts, ni aflections,ni parie, ni famille. Je donne m'a démission d'homme: e ne me ferai pas même voleur .. Que scrai-jc? lien... Hum! il fait chaud encore; j'ai soif... alons boire! (Il se fouille.) Pas d'argent, plus une bole... Tiens, voilà un chien qui va boire sans
argent à cette fontaine ! Allons, il me reste encore cette lasse... c'est quelque chose pour boire. Tiens! il boit sans tasse! (Il jette sa tasse, qui se brise.) Eh bien, je ferai tout ce qu'il peut faire, je boirai, je mangerai, je vivrai comme lui... Tout ce qui me restait d'humain est brisé comme cette tasse. Je veux être un chien, puisque je ne peux être un homme ; mais un chien sans collier et sans maiire. Allons, vaines idoles, gloire, fortune, et toi aussi. Amour, pauvre dieu nu qui ne peux te passer des deux autres... allons, folles passions, respect humain, fausse honte, préjugés, quittez-moi, laissez-moi! faites place à la licence et au cynisme! Et gare à toi, Athènes, qui me métamorphoses ainsi, qui fais envier aux hommes le sort des bêtes !... Voilà mes mâchoires qui allongent, il me semble que mes cheveux se hérissent... je n'ai plus de dents, j'ai des crocs; je vais aboyer et mordre. Je ne suis plus Diogéne l'Albénien, je m'appelle Diogéne le Cynique!