‹ Pièces de théâtreChapitre 484 sur 1093 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PROTÉE, LES Mêmes.

PROTÉe, entrant et annonçant.

Le jour!...

aspasie, vivement.

Je n'y suis pas... ferme les portes et les fenêtres ! Je n'y suis pour personne, entends-tu ? Point d'importuns, de visiteurs, de créanciers, de soleil, de délateurs, je dors... Il est toujours nuit chez Aspasie... Renouvelle les lampes, rallume les flambeaux ; fais-nous une lumière à éclipser Phébus, à le renvoyer coucher chez Téthys. Et nous, amis, continuons celle nuit jusqu'à l'autre, recommençons I

DIOGÈNE

l'URYNÉ, mangeant avidcmnnt.

Bien dit. Déjeunons avec les restes du souper.

PUOTKE.

Des mendiaus sont là qui l'implorent pour no pas mourir de Talm.

PHRYNÉ, mangeant.

Esl-ec qu'on meurt de faim?

On ne meurt que de satiété, on ne meurt que d'ennui. (Protéc s'éloigne.) L'ennui, c'est le malheur des gens heureux, c'est notre ennemi mortel, à nous les blasés d'Athènes... Trop heureux les pauvre?, ils ont du^moins à désirer. Allons, chante, chante, jeune fille ; chante l'amour, tu le peux encore. Et toi, Phrj'né, fière bacchante, mange et bois toujours ! Chacun son goût, amis ; nous avons ici l'ambroisie et le nectar, la poésie et la musique, les dons de Gérés et de Bacchus, d'Apollon et des Muses, tous les biens de l'àme et du corps... La vie est courte , quelle soit bonne! Qui vivra bien, vivra long-temps... Mais vous voilà tristes comme un lendemain de fête , pâles comme le point du jour...

PHRYNÉ , mangeant.

Froids comme des plats de la veille. Vous me coupez l'appétit.

ASPASIE

Vous m'effrayez. Qu'avcz-vous?

ALCIBIADE

Si j'en juge de mes amis par moi-même, insensible Aspasie, c'est que nous voyons celte nuit s'achever comme les autres, sans être plus avancés dans ton amour, sans qu'aucun de nous ait encore la faveur, que dis-jc! l'espérance de succéder à Périclés.

TOUS

Oui, oui !

ASPASIE

Que voulez- vous? l'Amour est un enfant aveugle qui ne sait pas choisir... Ne vaul-il pas mieux pour tous que je ne sois à peràonue?...

Al.ClBIADE.

Décidément, amis, Aspasie nous joue; c'est une Pénélope qui défait la nuit les promesses qu'elle nous fait le jour : elfe nous traile comme ces sols de prétendnns qui ne pouvaient pas tendre l'arc d'Ulysse... Ah ça! foiume obstinée, est-ce (jne tu soupires encore après ton époux? est-ce (|uetu csiièiesque l'absent va revenir? Tu .«ais poBrlanl bien que ce pauvre Périciès a entrepris le Toyn>?e sans retour, hélas ! Allons, il a tort .>(mr jamais, je t'en réponds; tu es veuve, très ?Mivo, si veuve, que c'en est un scandale, un crime. Prends garde, nous le ferons accuser de philosnpliic cl de snaesse. par quelque Anylus. Btrf, <|lt'Altends-tn pour remplacer ledofunl? A9-tu quelque épTc.iVO à nous faire .subir, quelque yicu à remplir, une loilc iiiliuic, un arc im-

possible? Parle, enfin; quand veux-tu recevoir nos présens de noce? Ton dernier mot?... Nous ne sortirons pas cette fois d'ici, nous ne verrons pas le jour avant de savoir qui tu préfères de nous !

TOCS.

Oui, nui !

ALCIBIADE

Tu as de quoi choisir, je pense ?

ASPASIE

J'ai l'embarras du choix, illustres soupirans.

ALCIBIADE

Divine Aspasie, tu peux prononcer les yea: fermés comme l'impartiale Justice, sans craint de le tromper, car lu as devant toi la fine fleu d'Athènes, toute son aristocratie de naissance, d vertu, de jeunesse, de force, de talent, de fortune que sais-je? Les yeux fermés ou ouverts, choisi donc entre nous ; nul autre qu'un de nous ne peu remplacer Périciès.

ASPASIE

Que de modestie !

PHRYKÉ.

Comme ils se gargarisent! Elle boit.)

ALCIBIADE

Que veux-tu de mieux? Vois! tout ce qui un nom dans la paix et la guerre : l'archonl Nicias, et le poète Euripide ; le sculpteur Lysippc et le banquier Gorgias ; le philosophe Platon, e Milon Talhlète ; l'orateur Domoslhènes, et moi Alcibiade... pour n'en pas oublier.

ASPASIE

Ainsi, j'ai à donner la pomme à l'une de ce rivales, l'éloquence, la force, la sagesse, la fortune la poésie, l'art, la puissance et la be.intél Quel! concurrence! Une douzaine de déesses, tout u Olympe, en vérité.

TOUS

Oui, oui !

LAIS, en soupirant, h part.

.\h ! peut-on hésiter devant Alcibiade?

PltRYNÉ.

Moi, j'ai choisi Bacchus, comme Ariane.

(Elle boit.) ASPASIE.

Heureuse femme qui a encore une passion Que ne suis-je comme elle I que n'eu ai-je un aussi... Voyons!

Ali! enfin.

ASPASIE

.le m'y perds dans tous ces soccesseurs de Pé viciés : résumons un peu leurs tilrcs, complOD toute celte monnaie d'un grand homme...

TOKS.

Oh !

ALCIBIADE

Ailons,Démo?(hénes, loi, l'ofalcur siiperlallf parle pour tous., ou plutôt non, eluioun pott

soi.

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