‹ Pièces de théâtreChapitre 486 sur 1093 · PHRYNÉ · texte numérisé non relu

PHRYNÉ

Vies lauriers, à moi, sont des pampres.

(Elle boit.) EOUIPIDE.

L'univers apprendra tes charmes comme ceus 'a chantés le poêle Homère.

LYSIPPE

L'univers les verra. Moi seul, je puis les faire maître, admirer à tous dans toute leur majesté, r vérité ; moi seul, je peux te rendre un tel incur, Aspasie, te donner une beauté toujours ible que le temps augmente au lieu de la flé- •, une beauté de dé8s.se, de marbre ou d'airain,

olonlô. Moi seul, enfin, je puis t'aimer, t'esler ce que tu vaux, avec la perfection de tes les et l'excellence de ta forme, avec tes trente- IX (lualilés. Le grand i)rofit d'èlre belle pour

gens qui ne s"y connaissent pas, qui ne .=ont . capables de distinguer la cheville de Vénus

pied-bot de Vulcr.in. Il n'y a qu'un artiste, l'y a que moi pour aimer, admirer, estimer, a'écicr le beau comme il laul.

LAÏS

Comment cet homme-là peut-il aimer ie beau ?

ASPASIE

il doit être bien malheureux, (juand il se rcde ; il ne mourra pas d'amour-propre, comme rcisse. (Tous riuiil.)

UÉMOSTUiiNES.

Disparaissez, pauvres rivales de réloquciice! •loqucnce est la grande, la vraie, la seule puis- I >t:c humaine. A son gré, elle change, déplace, |

transporte ropiiuoii; elle dispose à son ^ré de la faveur, de la fortune et de la gloire. C'est elle qui accuse et qui défend, qui perd et qui sauve, qui change la vérité en erreur, et l'erreur en vérité; c'est le glaive à deux Iranchans qui coupe tous les noeuds; c'est le sceptre absolu qui régit les peuples; c'est, en un mot, la reine des républiques, et je la fais ton esclave.

ASPASIE

Bon Démosthénes ! comme il parle pour lui... Il n'a plus de cailloux dans la bouche. (On rit.)

GOUGIAS.

Qu'est-ce que tous leurs mérites à côté du mien? L'argent, l'argent, à la bonne heure! parlez-moi de l'argent! Qu'est-ce donc que le reste? que! honneur vaut l'éclat d'une pièce d'or? quelle harmonie vaut le son d'une obole? L'argent tient lieu de tout. Avec de l'argent, j'achèterai le crédit de l'archonte, les vers du poète, les statues de l'artiste, l'éloquence de l'orateur, l'élégance de l'Adonis. ïoules leurs vertus sont dans mon coffre.

ASPASIE, avec ironie.

Alors ton coffre vaut mieux que toi. (On rit.)

MILON, brutalement.

Moi, j'ai le droit du plus fort... c'est le meilleur. Ma suprématie à moi, c'est la force. Demandez plutôt aux moutons si les lions ne sont pas les maîtres. Voyons, quel mérite peut lutter avec le mien ? j'assomme un bœuf, et je le mange..,

PHRYNÉ, soupirant.

Heureux honmie, qui mange un bœuf!

(Elle manse. — On rit.) LAÏS.

A ton tour, philosophe Platon !

PLATON, d'un ton extatique.

Fi des passions brutales!... Parlons des joieâ pures de l'âme...

PHRi'N {■:, l'interrompant.

Oh ! assez!... un philosophe après Miion!

ASPASIE

Pourquoi pas? j'écouterais même un philoso phe pour me désennuyer. J'irais, pour me distraire, à l'Académie, au Portique, je ne sais où; en enfer... je me remarierais même. Oui... mais, en vérité, je ne sais qui prendre : j'en voudrais un comme Périclés, qui eut les mérites de tous...

PURYNÉ.

Gourmande !... (Elis mange.)

ASPASIE

Ou I)ien qui n'eût aucun mérite; toutes vos gloires m'éblouisscnt. Je suis plus indécise que januiis ; le berger Paris n'avait que trois rivales à juger.

ALCIBIADE

El lu nous vois devant toi comme les trois immortelles, étalant de notre mieux nos mérites à les regards, ou plutôt comme les anciens chefs

DIOGÈNE

jg la Grèce devanl H(51éne, faisant un pacte entre nous, jurant par le Styx d'obéir, non sans chagrin, mais sans courroux, à ta décision suprême, tant nous sommes soumis à ta volonté, à ta beauté souveraine... car tu as le pouvoir des Sirènes, la mapie de Circé, les charmes de l'esprit et les grâces du corps; et il faut qu'Apollon (lui-nicmc ait doué ta mère... car tu règnes on reine absolue sur toutes ces âmes ré|)ublicaines ; tu les pétrirais comme la cire de l'Hymèle. dans tes victorieuses mains... Oui, tu me ferais couper les ailes de l'Amour, à moi plus volage qu'une abeille... tu ferais vendre des épices à cet artiste, filer une quenouille à cet Hercule... le banquier Gorgias te prêterait sans intérêt; Nicias deviendrait brave, Platon fou, Milon sobre, Démosthénes muet, Euripide gai, Lysippe beau. Que sais-je ! tu rajeunirais les vieillards, tu ressusciterais les morts, tu opérerais tous les miracles d'Orphée et d'Amphion ; les bétes et les pierres elles-mêmes, un rayon de tes yeux, un son de ta voix les animerait elles transformerait. Non, je ne sais vraiment pas qui pourrait te résister... tu rendrais mon père aimable, tu rendrais honnête Hyperboles même, lu apprivoiserais Diogène...

Ah! pour celui-là, nonl...

ASPASIE

Qu'en sais-tu ?

LAIS, à part.

Si je pouvais lui faire oublier Alcibiade. (Haut.) J'en suis sûre.

ASPASIE

Mais...

ALCIBIADE, rinterroinpant vivement.

Finissons ! Choisis entre nous dans celte pléiade d'étoiles qui t'entourent comme leur soleil; tous les astres d'Athènes brillent dans ton ciel, tous...

LAÏS

Excepté un.

ASPASIE

Qui donc?

LAÏS

Le plus célèbre de tous.

ALCIBIADE

Qui ?

LAÏS

Diogène I

TOCS, riant.

Diogène? Ahl ah!..,

Oui, Diogène! Ne riez pas! un grand nom, s'il vous plaît, un nom comme les vôtres, au dessus de tous les autres; Diogène qu'il vous faut au moins traiter d'égal à égal, seigneurs, qui brille ici par son absence, qui manque au triomphe de voire reine, el que je voudrais voir en-

chaîné comme vous à mon char, si j'étais À! pasie. )

ALCIBIADE et LES AUTRES.

Allons donc! Un chien !... Fi 1...

ASPASIE

On parle beaucoup de ce Diogène, et depn bien long-temps? Tout le mal qu'on en dit estvrai?...

PLATON

On n'en dit pas assez : c'est une exception a monde, un être qui n'a pas son pareil, qui i ressemble à personne...

ASPASIE

Mais c'est original.

KICIAS.

Une brute qui n'a ni ciel, ni terre, ni feu, lieu, ni foi, ni loi, ni cœur, ni àme, rien i l'homme, pas même le nom...

ASPASIE

Eh mais, c'est une bête curieuse.

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