DÉMOSTHÈNES
Oui, nous allons entendre d'étranges choses : le voilà déchaîné.
DIOGÈNE, les passant en revue avec raillerie. Des hommes ça... des bctes comme moi, pires que moi, un troupeau, une ménagerie.... (Il regarde l'archonte Micias.) Est-ce celui-ci, parce qu'il est grave? Mais l'àne est le plus grave des animaux, le hibou le plus grave des oiseaux, la citrouille le plus grave des végétaux... Nicias est le plus grave des généraux... mais aussi le plus léger des héros. Est-ce Gorgias l'usurier, espèce de sangsue, d'épongé, de madrépore, animal à antennes, à pompe et à panse, qui suce, absorbe et dévore; bête malfaisante, qui dit comme le Bellérophon d'Euripide: « Qu'on m'appelle méchant, pourvu qu'on m'appelle riche !... » (Rires.) Est-ce Milon, ce digne Béotien si bien de son pays, comme Alcide son patron, qui se croit homme parce qu'il est fort? Je connais un lion plus fort que lui... le temps des Hercules est passé, mon cher, a moins que tu n'extermines ces monstres. (Rirrs. Il lui montre Gorgias et Mcias.) Serail-ce donc ces autres animaux ? autre genre, genre plumitif; ce poète, par exemple, Euripide, celte pauvre bête qui dilTèrc de moi, en ce que les sifflets m'appellent et qu'ils le font fuir; qui ressemble à Sophocle comme une oie ressemble à un cygne, et qui se rengorge quand le cygne meurt de faim? Estce Démosthcnes, ce perroquet bavard et peureux, qui sait bien dire cl ne saurait bien faire ; qui met son courage dans les mots, et prend la langue pour le cœur ?... Lysippc, ce corbeau, encore plus laid que ses œuvres, qui corrige ses statues au lieu de se corriger lui-même, et (|ui est libre quand Phidias est en prison? Platon, ce coq, ce poulet, veux-je dire, à deux pieds et sans plumes, qui chante cocorico quand Socrate boit la cigiicT Est-ce enfin Alcibiade, ce paon superbe, l'orgueil cmplumé, étalé, faisant la roue, animal hybride, moitié mAle, moitié femelle, teint comme une étolTc, huilé comme un anchois, embaumé comme un cadavre? Un homme, lui! un composé de tous les vices, comme Itî paon de toutes les couleurs; qui trahit son nom, sa patrie, sa fortune, fait l'amour quand il devrait faire la guerre, et traîne une vie de honte, quand les autres courent
une mort glorieuse! Un homme, lui! celte AIL nicnne! autant chercher des hommes parmi < femmes! (Rcgaidant les statufs.) 0 Harmodius! Aristogiton! vous tous martyrs de la liberté, ! ros de Platée el de Marathon, vous qui ne sn\ pas vivre, mais qui saviez mourir! vous, hoinn perdus, race inhumée, morts moins corrom que CCS vivans, sortez de vos tombeaux ! rani vous dans vos marbres ! Venez à la place de . descendans, bien descendus, hélas ! autant que chats sont descendus des tigres... revenez, si vc voulez qu'Athènes ait encore des hommes pc sauver la liberté, la patrie. Prévenez, il est lem| Ne voyez-vous pas poindre au nord une nouv( invasion de barbares? ne voyez-vous pas les gles sauvages de Thracc, les vautours de Macédo aiguiser leurs serres, étendre leurs ailes, pour f battre sur votre république, pour l'envelopper, l'ensevelir comme une proie à coups de bec'. Mais que me fait la république, à moi? je suis b bon de m'occuper d'elle, qui ne s'oceupe pas moi. (Il s'assied.
ALCIBIADE
Que veux-tu pour celte leçon?
DIOGÈNE
Que tu te relires de mon soleil.
ALCIBIADE
Si je n'étais pas Alcibiade , je voudrais é
Diogcne.
DIOGÈNE
Pas dégoûté.
LAÏS
A noire tour.
ALCIBIADE
Prenez garde... n'éveillez pas le chien r dort.
LAÏS, a Diopène.
C'est lious autres femmes qui t'avions env( chercher.
DIOGÈNE, se levant.
Toi, jeune fille?
LAÏS
Moi-même... pour te consulter.
Sur quoi?
LAÏS
Sur l'amour.
DIOGÈNE
Sur l'amour?... cette fainéantise! L'amour il y en a de toutes sortes...
ALCIBIADE
Bouchez- VOUS les oreilles!
DIOGSnP.
Est-ce l'amour prompt comme la fondre, SQ comme l'apoplexie, ou l'amour à la longue ctl' comme le poison ? Est-ce l'amour de ménage la prude Junon, ou bien l'amour cOYêné de Véi Aphrodite? l'amour mystérieux et chaste, i s'enveloppe de nuit et de nuages, conclue celui