SCÈNE II
DlOGÈNE, puis CACUS, Ouvriers, GORGIAS, Bourgeois, NICIAS ; MILON , ALCI- BIADE, EURIPIDE, LYSIPPE. PLATON,
LE FILS DE SOPHOCLE, CLINIAS, RtOU-
pés séparément dans le fond; CYNEGIRE, isolé, appuyé à la statue d'or de Miltiade.
DIOGF.NE, seul d'abord.
J'ai donc trouvé le levier que rêvaient les géomètres de Sicile, le levier à soulever le monde, l'amour, l'amour d'Aspasie! Oh! pour mériter ce divin amour, je ferai tout ce qu'un homme pont f.iire, plus encore. Protéc, tu ne seras plus esclave ! Cynégire, tu ne mendieras plus! Soldats, artisans, poêles, philosophes, plus de misère, de prison, de ciguë, d'ostracisme!... Je suis heureux !... Plus de mépris, ni de haine! Mon bonheur doit être le bonheur de tous ! les bienfaits et les hauts faits, voilà la dot sublime, le magnifique présent de noce de Diogéne aimé! Athéniens, approchez: donc tous, sans peur; ayez confiance en moi, car maintenant j'ai foi en vous... Je suis un nouveau Diogéne, je recommence. Je suis sûr que la flamme qui brûle dans mon cœur rayonne sur mon front, qu'elle m'éclaire de la tête aux pieds, et montre à toi« ce que je vaux, ce que je peux, ce que je suis, aimant, dévoué, digne enfin de la fortune et de la gloire qui sont dues à la vertu. (Tout le monde entre.)
DIOGÈNE
CACtTS, à Diogènc.
Te voilà donc décidé enûQ à le mêler des affaires publiques ?
DIOGÈNE
Oui.
CACCS.
£h bien, nous allons voter pour toi.
DIOGÈNE
Tant mieux pour vous.
CACUS
Oui, nous volerons pour toi, car lu es des nôlrcs.
DIOGÈNE
Par Solon, vous voterez bien.
CACCS.
Combien paies-ta nos votes?
DIOGÈNE
Hein ?
CACDS.
Oui, combien ? voyons !
DIOGÈNE
Que dites- VOUS?
CACCS.
Ah ça ! mais lu n'entends donc pas le grec?
DIOGÈNE
Quoi ! vous voulez me vendre vos suffrages ?
CACUS
Puisqu'ils sont à nous, nous pouvons bien les vendre. Oh! nous ne les avons pas volés!
Je croyais qu'il valait mieux les mériter que les acheter.
CACCS.
On ne donne rien pour rien, à Athènes.
DIOGÈNE
Ils veulent m'éprouver, voir si je ressemble aux autres.
CACCS.
Je te parle au nom du peuple. Allons, donnant donnant, le dis-je : ou ne devient par archonte gratis.
DIOGÈNE, à part.
Mais je n'ai pas d'argent...
PREMIER OUVRIER
Il nous faut de l'argent cl des privilèges : nous voulons ceux de la bourgeoisie. Le peuple a trop de charges, pas assez de droits. Il votera pour toi, si tu veux gouverner pour lui.
CACUS
Tu entends, c'est à prendre ou à laisser.
DIOGÈNE
Je ne veux pas, je ne peux pas payer une t:onnance que j'étais fier d'obtenir, que je serais honteux d'acheter 1 Loin de moi, corrompus I
CACUS
L'imbécile! il ne sait pas faire ses affaires, comment ferail-il les nôtres? Kous voterons pour un autre, lionne chance.
DIOGENE
Mais, Athéniens, ne voulez-vous pas enfin d'i chef honnête, sincère, franchement élu, qui soit que l'expression et l'organe de la vérité?
CACCS.
Nous ne votons pas pour la vérité : souvier loi de Socrate 1
(Il retourne au groupe du peuple.)
GYNÈGIRE.
Voilà ce qu'ils ont fait de ce grand peuple d' thénes, jadis partisan du plus digne, et maint nant du plus riche. Moi, je te donnerais ma vo si je pouvais ; mais je ne possède rien, pas mëi un vote !
DIOGÈNE
Oh! c'est triste !