SCÈNE VI
LE COMTE, qui a vu la Comtesse s'enfuir et Marton la suivre, s'arrête un instant sur U seuil de la porte du fond, puisva lentement à la porte latérale qu'il essaie d'ouvrir, JASMIN.
LE COMTE
Le verrou y est. Je ne m'étais pas trompé , e; s'il y a attaque il y aura défense : ou je m'abusf fort, ou ma femme ne me parait pas avoir poui moi une sympathie bien entraînante... Si je pou vais lui dire ce qui se passe de mon côté, pardieu je crois que je la rendrais heureuse.
JASMIN, entr'ouvrant la porte latérale.
Monsieur le comte est seul?
LE COMTE
Parfaitement seul.
JASMIN
Une lettre pour monsieur le comte.
LE COMTE
Une lettre de qui?
JASMIÎî.
Monsieur le comte ne s'en doute pas?
LE COMTE
Non, pas le moins du monde.
JASMIN
Alors, monsieur le comte est bien indifférent oi bien modeste.
LE COMTE
Est-ce que ce serait de la marquise?
JASMIN
D'elle-même.
LE COMTE
Mais donne donc vite, faquin.
JAS.MIN
Je ne savais pas si aujourd'hui monsieur I comte voudrait la recevoir, ou aurait le temps c la lire.
LE COMTE, décachetant la letlte.
Comment! est-ce que tu ne sais pas que j'en su amoureux fou, de la marquise?
JASMIN
Si fait! monsieur le comte.
LE COMTE
Eh bien! alors... (Il lit.) «Hier encore vo« » m'avez aflirnié que vous n'aimiez que moi » que vous n'aimeriez jamais que moi, que vol » mariage était une simple affaire de convenanc )> et que mademoiselle de Torigny ne seraiC jama » pour vous qu'une sœur. »
JASMIN
Monsieur le comte lui a dit cela?
LK COMTE
Ma foi, oui... Moi, que veux-tu, je ne savais qi lui dire... J'aurais bien voulu te voir, maraU' faisant la cour à une fernnic et en épousant ui autre.
JASHLN.
Monsieur le comte me connaît trop bien poi croire que j'aurais fait une promesse que je n'* rais pas eu l'intention de tenir.
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
LE COMTE
Eh ! qui te dit que je ne la tiendrai pas? M. de Richelieu a bien tenu la sienne.
JASMIN
Mademoiselle de Torigny est plus jolie que mademoiselle de Noaillcs.
LE COMTE
Elle est donc jolie ma femme?... Ah! palsarableu, il faudra que je la regarde !
JASMIN
Monsieur le comte oublie sa lettre.
Et c'est toi qui viens me distraire avec toutes tes balivernes. {Continuant.) « Et que mademoi- » selle de Torigny ne serait jamais pour vous » qu'une sœur. Je ne demande pas mieux que de » vous croire et de vous récompenser du sacrifice » que vous m'aurez fait; mais vous pensez bien » qu'en pareille circonstance on ne croit pas les » gens sur parole : voulez-vous venir souper avec » moi ce soir? On sait depuis le matin quej'ai ma » migraine; vous me trouverez seule, et mes gens » sont prévenus que je n'y suis que pour vous. » Pas de signature.
JASMIN
Oh ! il n'y a point à s'y tromper, la pauvre femme est venue elle-même.
LE COMTE
Où cela?
JASMIN
A la petite porte... dans une voiture fermée.
LE COMTE
Pardieu! voilà bien les femmes... tant que je suis libre, elle fait la prude... je me marie, elle court après moi... Et qui lui a parlé?
JASMIN
Moi-môme.
LE COMTE
Ah! toi-même; et quel air avait-elle ?
JASMIN
L'air désespéré.
L'air désespéré!... Monsieur Jasmin, vous êtes un flatteur... et vous dites cela pour me faire plaisir...
JASMIN
Non, sur ma parole ; et je suis sûr que si monsieur le comte n'y allait pas, il y aurait de ce côtélà quelque malheur!
LE COMTE
Vraiment!... tu crois qu'elle m'aime à ce pointlà?
JASMIN
Monsieur le comte peut m'en croire... c'est une lé te tournée.
LE COMTE
Eh bieni mais... on fera ce qu'on pourra pour la remettre en place, Jasmin.
JASMIX.
Monsieur le comte a-t-il des ordres à me donner?
LE COMTE
Descends, et dis à Lapierre d'atteler les che-
vaux bais à la voiture sans armoiries, et puis à tout hasard il ira m'atlendre à la petite porte. JASMIN , voyant son maître qui se dirige vers la
chambre de la (À)mlesse, ,
Eh bien! où va donc monsieur? [
Chez la comtesse, pardieu ! je ne sortirai pas [ sans lui dire bonsoir. Il faut des formes.
JASMIN
Dans combien de temps faut-il que je remonte?
LE COMTE
Mais dans dix minutes, un quart d'heure à peu près.
JASMIN
Cela suffit.
Il sort par la porte du fond , tandis que le Comte va frapper à la porte latérale.
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