‹ Pièces de théâtreChapitre 55 sur 1093 · ACTE IV, VIT TABLEAU, SCENE Vil · texte numérisé non relu

ACTE IV, VIT TABLEAU, SCENE Vil

précipiter!... Nous sommes arrivés ensemble au faite d'une montagne escarpée et glissante; crois-moi , Buridan , soutenons-nous l'un l'autre plutôt que de nous menacer tous deux.

Tu l'aimes donc bien ?

MARGUERITE

Plus que ma vie.

BliniDA>.

L'amour dans le cœur de Marguerite ! j'aurais cru qu'on pouvait le presser et le tordre sans qu'il en sortît un seul sentiment humain... Tu es au-dejsous de ce que j'espérais de toi. Si nous voulons, Marguerite, que rien n'arrête notre volonté où nous lui dirons d'aller, il faut que cette volonté soit assez forte pour briser sur sa route tout ce qu'elle rencontrera, sans coûter une larme à nos yeux , un re{',ret à notre cœur... Nous sommes devenus des choses qui gouvernent, et non des créatures qui s'attendrissent. Oh ! malheur, malheur à toi, Marguerite ! je te croyais un démon , et tu n'es, qu'un ange déchu.

MARGUERITE

Écoute : si ce n'est pas de l'amour, invente un nom pour ma faiblesse ; mais qu'il ne parte pas , je t'en prie.

BURIDAS , à part.

Ils seraient deux contre moi, c'est trop.

MARGUERITE

Que dis-tu?

BURIDAN , à part.

Je sui.s perdu si je ne les perds. ( Haut.) Qu'il ne parte pas ?...

Oui , je t'en prie.

BURIDAM.

Et si je suis jaloux de lui, nioi?

MARGUERITE

Toi , jaloux !

BUniDAN,

Si le souvenir de ce que j'ai été pour toi me rend intolérable la pensée qu'un autre est aimé de toi ; si ce que tu as pris pour de l'ambition , pour de la haine , pour de la vengeance ; si tout cela n'était qu'un amour que je n'ai pu éteindre, et qui se reproduisait sous toutes les formes ; si je ne voulais monter que pour arriver à toi, si maintenant que je suis arrivé je ne voulais que toi ; si, pour mes anciens droits, mesdroits antérieurs aux siens, jeté sacrifiais tout ; si en échange d'une de ces nuits où le pa<je Lyonnet se glissait tremblant chez la jeune Marguerite pour n'en sortirqu'au jour naissant, je te rendais ces lettres auxquelles je dois d être arrivé où je suis; si je te livrais mes moyens de fortune pour te prouver que ma fortune n'avait qu'un but, que, ce but atteint, peu m'importe le reste : dis, dis, si tu trouvais en moi ce dévouement, cet amour, ne consentiraig-tu pas à ce qu'il partît 7

MARCt^KRITE.

Parles-tu sincèrement , ou railles-tu « Lyonnet?

BURIDAN

Un rendez-vous ce soir, et ce soir je te rendi tes lettres ; mais non plus, Marguerite, un rei>dez-vous comme celui de la taverne et de la prison, non plus un rendez-vous de haine et de menaces ; non , non , un rendez-vous d'amour; un rendez-vous pour ce soir; et demain, demain, tu pourras le garder et me perdre, puisque tout ce qui fait ma force te sera rendu.

MARGUERITE

Mais, en supposant que j'y consentisse-, je ne puis te recevoir ici dans ce palais.

BURIDAN

N'en sors-tu pas comme tu le veux ?

MARGUERITE

Puis-je sans me perdre te voir ailleurs?

BURIDAN

La tour de Nesle ?

MARGUERITE

Tu y viendrais ?

hVRiv.\y.

N'y ai-je pas été déjà san? savoir ce qui m'y attendait ?

MAIlGUEttlTE , à part.

n se livre. (Haut.) Ecoute, Buridan, c'est une étrange faiblesse ; mais ta vue me rappelle tant de moments de boniieur, ta voix éveille tant de souvenirs d'amour que je croyais morts au fond de mon cœur...

BU m DAN.

Marguerite!...

MARGUERITE

Lyonnet!...

Gaultier partira-t-il demain?

MARGUERITE

Je te le dirai ce soir. (Lui donnant lacief. } Voici la clef de la tour de Nesle, séparonsnous. (A part.) Ah! Buridan, si cette fois tu

m'échapjies...

( Elle rentre. ) BUniCA>.

C'est la clef de ton tombeau, Marguerite;

mais sois tranquille, je ne t'y renfermerai pas

seule.

( Il ton. )

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