‹ Pièces de théâtreChapitre 555 sur 1093 · LE COMMA.NDEUR, I.E COMTE · texte numérisé non relu

LE COMMA.NDEUR, I.E COMTE

LE COMMANDEUR

Eh bien ! mon cher Candale, nous voilà donc réunis ?

LE COMTE

Oui, mon cher oncle, et à ma grande joie, je vous le jure!

LE COMMANDEUR

Et à la mienne aussi. Voyons, tudob avoir bier des choses à me dire?

LE COMTE

Non pas que je sache, mon oncle... Ah! j'a vendu Monsigny pour acheter Charville, qui étal plus à ma convenance.

LE COMMANDEUR

C'est une bonne acquisition.

LE COMTE

Puis, nous avons courre le cerf il y a huit jours avec Villcquieret Brichanteau ; j'ai eu trois chien d'évenirés; les meilleurs, bien entendu, comm toujours.

LE COMMANDEUR

Voilà tout?

LE COMTE

Oui, ma foi.

LE COMMANDEUR

11 ne s'est rien passé de plus nouveau ?

LE COMTE

Au moins, je ne me le rappelle pas.

Mais ton mariage?

LE COMTE

Mon mariage; ce n'est point une chose nou velle, mon cher oncle, puisqu'il était décidé de puis dix ans.

LE COMMANDEUR

Enfin ta femme?

LE COMTE

Ma femme?

LE COMMANDEUR

Oui, la comtesse.

LE COMTE

Elle me parait charmante, pleine d'esprit belle à ravir.

LE COMMANDEUR

Et comment ètes-vous ensemble?

LE COMTE

Au mieux, je crois.

LE COMMANDEUR

A la bonne heure.

LE COMTE

Seulement, je vous dirai que je la crois U soit peu capricieuse.

Bah! vraiment?

LE COMTE

Oui.

LE COMMANDEUR

Et qui te fait croire cela?

LE COMTE

C'est qu'hier, comme je rentrais, Marton B remis un billet fort bien tourné, ma foi, etd'u petite écriture, on ne peut plus coquette, da laquelle elle me demandait... devinez quoi?

LE COMMANDEUR

Comment veux-tu que je devine ? ^»

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

LE COMTE

Quatre chevaux isabelle et un coureur cerise.

LE COMMANDEUR

Eli bien! mais, qu'y a-t-il d'étonnant à cela?... n'es-tu point assez riche pour lui passer cette fantaisie ?

Eh ! sans doute ! aussin'est-ce point le prix qui est un obstacle.

LE COMMANDEUR

Alors, qu'est-ce donc ?

LE COMTE

C'est qu'elle a été choisir là justement les deux couleurs de la marquise {le Commandeur écoute avecunétonnement croissant) ; que la marquise a acheté cet équipage hier, qu'elle compte aller pour la première fois aujourd'hui avec cet équipage aux Champs-Elysées, et que si elle en voit un pareil à la comtesse, elle m'arrachera les yeux. Vous comprenez mon embarras... Qu'elle me denaande des choses que je puisse lui donner, qu'elle ne demande huit chevaux alezans et deux coureurs pistache, elle les aura.

LE COMMANDEUR

Et qu'est-ce que c'est que cette marquise?

LE COMTE

La marquise d'Esparville.

LE COMMANDEUR

La marquise d'Esparville?

LE COMTE

Oui, une femme charmante 1

LE COMMANDEUR

Mais dis-moi donc, entre nous, Candale, tu l'as l'air de l'aimer cette marquise.

LE COMTE

Je l'adore... Ah! pardon, mon oncle, mais vous tes si bon que j'oublie toujours...

LE COMMANDEUR

Comment I tu l'adores?... et si ta femme allait apercevoir de cette passion?

LE COMTE

Elle la connaît, mon oncle.

LE COMMANDEUR

Elle la connaît?

LE COMTE

Sans doute.

LE COMMANDEUR

Et depuis quand ?

LE COMTE

Attendez !... combien y a-t-il que nous sommes lariés? il y a trois jours, n'est-ce pas? Eh bien ! lais elle la connaît depuis trois jours ; le soir léme de notre mariage, nous nous sommes fait lutes nos confidences.

LE COMMANDEUR

Et qu'at-elle dit ?

LE COMTE

Qui?

LE COMMANDEUR

La comtesse.

La comtesse m'a paru fort satisfaite.

Liî COMMANDEUR, le regardant en face.

Tu deviens fou, Candale.

LE COMTE

Moi, mon oncle?

LE COMMANDEUR

Ou bien tu me trompes.

LE COMTE

Foi de gentilhomme, je vous dis l'exacte vérité.

LE COMMANDEUR

Mais en quel temps vivons-nous donc alors?... et c'est pour ne pas contrarier une coquette; car elle m'a l'air d'une franche coquette ta marquise, sais-tu bien?

LE COMTE

Oh! cela, oui, elle l'est. Je n'ai jamais vu une personne plus occupée de sa toilette, elle en fait dix par jour. C'est la femme de Paris qui s'habille le plus souvent... et le moins possible.

LE COMMANDEUR

Et c'est pour ne pas contrarier une coquette que tu refuses à ta femme une misère comme celle-là... la première chose qu'elle te demande peut-être ?

LE COMTE

Je ne la lui ai pas refusée encore, mon ondej'étais même fort embarrassé, je vous l'avoue, sur la manière dont je m'en tirerais; mais quand je vous ai vu, j'ai pensé que c'était la Providence qui vous envoyait à mon secours.

LE COMMANDEUR

Eh bien ! je suis fort aise de vous dire, mon cher neveu, que vous vous êtes trompé. Faites vos commissions vous-même.

LE COMTE

Vous me refusez ?

LE COMMANDEUR

Net.

LE COMTE

Eh bien ! j'en... j'en parlerai au chevalier alors; il arrangera cela, lui.

LE COMMANDEUR

Comment! au chevalier?

LE COMTE

Ah! c'est vrai. Vous ne le connaissez pas, le chevalier... mais c'est un fort gentil garçon, Valclo^... un ami à nous, qui vient nous visiter tous les jours. Cela m'étonne même que nous ne l'ayons pas encore vu ; c'est son heure.

UN VALET, annonçant.

M. le chevalier de Valclos.

LE COMTE

Eh! tenez, mon oncle, justement le voilà.

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