LE COMMA.NDEUR, I.E COMTE
LE COMMANDEUR
Eh bien ! mon cher Candale, nous voilà donc réunis ?
LE COMTE
Oui, mon cher oncle, et à ma grande joie, je vous le jure!
LE COMMANDEUR
Et à la mienne aussi. Voyons, tudob avoir bier des choses à me dire?
LE COMTE
Non pas que je sache, mon oncle... Ah! j'a vendu Monsigny pour acheter Charville, qui étal plus à ma convenance.
LE COMMANDEUR
C'est une bonne acquisition.
LE COMTE
Puis, nous avons courre le cerf il y a huit jours avec Villcquieret Brichanteau ; j'ai eu trois chien d'évenirés; les meilleurs, bien entendu, comm toujours.
LE COMMANDEUR
Voilà tout?
LE COMTE
Oui, ma foi.
LE COMMANDEUR
11 ne s'est rien passé de plus nouveau ?
LE COMTE
Au moins, je ne me le rappelle pas.
Mais ton mariage?
LE COMTE
Mon mariage; ce n'est point une chose nou velle, mon cher oncle, puisqu'il était décidé de puis dix ans.
LE COMMANDEUR
Enfin ta femme?
LE COMTE
Ma femme?
LE COMMANDEUR
Oui, la comtesse.
LE COMTE
Elle me parait charmante, pleine d'esprit belle à ravir.
LE COMMANDEUR
Et comment ètes-vous ensemble?
LE COMTE
Au mieux, je crois.
LE COMMANDEUR
A la bonne heure.
LE COMTE
Seulement, je vous dirai que je la crois U soit peu capricieuse.
Bah! vraiment?
LE COMTE
Oui.
LE COMMANDEUR
Et qui te fait croire cela?
LE COMTE
C'est qu'hier, comme je rentrais, Marton B remis un billet fort bien tourné, ma foi, etd'u petite écriture, on ne peut plus coquette, da laquelle elle me demandait... devinez quoi?
LE COMMANDEUR
Comment veux-tu que je devine ? ^»
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
LE COMTE
Quatre chevaux isabelle et un coureur cerise.
LE COMMANDEUR
Eli bien! mais, qu'y a-t-il d'étonnant à cela?... n'es-tu point assez riche pour lui passer cette fantaisie ?
Eh ! sans doute ! aussin'est-ce point le prix qui est un obstacle.
LE COMMANDEUR
Alors, qu'est-ce donc ?
LE COMTE
C'est qu'elle a été choisir là justement les deux couleurs de la marquise {le Commandeur écoute avecunétonnement croissant) ; que la marquise a acheté cet équipage hier, qu'elle compte aller pour la première fois aujourd'hui avec cet équipage aux Champs-Elysées, et que si elle en voit un pareil à la comtesse, elle m'arrachera les yeux. Vous comprenez mon embarras... Qu'elle me denaande des choses que je puisse lui donner, qu'elle ne demande huit chevaux alezans et deux coureurs pistache, elle les aura.
LE COMMANDEUR
Et qu'est-ce que c'est que cette marquise?
LE COMTE
La marquise d'Esparville.
LE COMMANDEUR
La marquise d'Esparville?
LE COMTE
Oui, une femme charmante 1
LE COMMANDEUR
Mais dis-moi donc, entre nous, Candale, tu l'as l'air de l'aimer cette marquise.
LE COMTE
Je l'adore... Ah! pardon, mon oncle, mais vous tes si bon que j'oublie toujours...
LE COMMANDEUR
Comment I tu l'adores?... et si ta femme allait apercevoir de cette passion?
LE COMTE
Elle la connaît, mon oncle.
LE COMMANDEUR
Elle la connaît?
LE COMTE
Sans doute.
LE COMMANDEUR
Et depuis quand ?
LE COMTE
Attendez !... combien y a-t-il que nous sommes lariés? il y a trois jours, n'est-ce pas? Eh bien ! lais elle la connaît depuis trois jours ; le soir léme de notre mariage, nous nous sommes fait lutes nos confidences.
LE COMMANDEUR
Et qu'at-elle dit ?
LE COMTE
Qui?
LE COMMANDEUR
La comtesse.
La comtesse m'a paru fort satisfaite.
Liî COMMANDEUR, le regardant en face.
Tu deviens fou, Candale.
LE COMTE
Moi, mon oncle?
LE COMMANDEUR
Ou bien tu me trompes.
LE COMTE
Foi de gentilhomme, je vous dis l'exacte vérité.
LE COMMANDEUR
Mais en quel temps vivons-nous donc alors?... et c'est pour ne pas contrarier une coquette; car elle m'a l'air d'une franche coquette ta marquise, sais-tu bien?
LE COMTE
Oh! cela, oui, elle l'est. Je n'ai jamais vu une personne plus occupée de sa toilette, elle en fait dix par jour. C'est la femme de Paris qui s'habille le plus souvent... et le moins possible.
LE COMMANDEUR
Et c'est pour ne pas contrarier une coquette que tu refuses à ta femme une misère comme celle-là... la première chose qu'elle te demande peut-être ?
LE COMTE
Je ne la lui ai pas refusée encore, mon ondej'étais même fort embarrassé, je vous l'avoue, sur la manière dont je m'en tirerais; mais quand je vous ai vu, j'ai pensé que c'était la Providence qui vous envoyait à mon secours.
LE COMMANDEUR
Eh bien ! je suis fort aise de vous dire, mon cher neveu, que vous vous êtes trompé. Faites vos commissions vous-même.
LE COMTE
Vous me refusez ?
LE COMMANDEUR
Net.
LE COMTE
Eh bien ! j'en... j'en parlerai au chevalier alors; il arrangera cela, lui.
LE COMMANDEUR
Comment! au chevalier?
LE COMTE
Ah! c'est vrai. Vous ne le connaissez pas, le chevalier... mais c'est un fort gentil garçon, Valclo^... un ami à nous, qui vient nous visiter tous les jours. Cela m'étonne même que nous ne l'ayons pas encore vu ; c'est son heure.
UN VALET, annonçant.
M. le chevalier de Valclos.
LE COMTE
Eh! tenez, mon oncle, justement le voilà.
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