‹ Pièces de théâtreChapitre 594 sur 1093 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, PROTOGÈNE en barbier, puis le CONCIERGE de la maison d'Afranius , un MENDIANT, Le consul AFRANIUS, Cliexs , Peuple, venant demander la sportule , Jeu.nes Romains, venant se faire raser, coiffer et épiler.

LEPIDUS

Maintenant, Annius, que j'ai fini mon rêve Si nous faisions lever Bibulus?

ANNIUS

Il se lève.

PR0T0CÉNE sort de la boutique et fait enlever par les deux esclaves les contrevents fermés par une chaîne de fer. Ils' avance vers les deux jeunes geaa.

Salut, mes chevaliers.

MAGASIN THEATRAL

Bonjour, luaitre

A Annius.

Allons-nous Nous faire coiffer?

AMNIUS.

Soit.

PROTOCÈNE.

Maîtres, je suis à vous.

Un instant seulement pour ranger ma boutique.

En riant.

Mettons les fers au feu, voilà de la pratique.

LEPIDUS, entrant.

Veux-tu me dire un peu ce que vient faire ici, Avec le jour naissant, la foule que voici?

ASNIUS.

Tu le vois, elle vient demander la sportule Aunolilo Afranius, son consul.

LEPIDUS

Par Hercule!

Encore un dont en vain je cherche les exploits. Et que j'entends nommer pour la première fois. Quel esicethomme?est-ilMaure, GauloisouScythe? Est-il tombé du ciel ou monté du Cocyte? A-t-il une famille, un père, des aïeux?

ANNIUS

S'il en a, je crois bien ! ses parens sont des dieux. Des dieux comme il en faut pour les honneurs qu'il

[brigue.

Son pèreanoml'Orgueil, etsamèrel'Intriguc.

Le portier du consul ouvre la porte et chasse la foule; il est cncliaine' par le milieu du corps et tient à la main une La guette.

LE PORTIER

Holà ! drôles, holà! vous êtes bien pressés, Plus loin , seigneur poète... arrière, vous, passez, Passe, noble Caïus, tu trouveras mon maître. Quant à vous, attendez qu'il lui plaise paraître.

LEPIDUS, conlinuant.

Et comment a-t-il donc gagné le consulat? Est-ce parla débauche ou par le péculat? A-t-il vendu sa sœur, prostitué sa fille, Ou prêté de l'argent au frère de DrusilleT

ANNIUS

Non, mieux que toutccla, le noble Afranius S'est offert en victime ainsi que Curtius.

LEPIDUS

En victime?

ANNIUS

Oui, mon cher; oh! c'est toute une histoire, plaisante, ma foi, qu'on a peine d'y croire.

LEPIDLS.

Est-elle longue?

ANNIUS

Non.

LEPIDUS

Alors, raconte-la.

ANNIUS

divin empereur César ("aligula, Atteint (riiii mal dont nul ne connaissait la cause. S'acheminait tout droit vers son apothéose,

malgré les honneurs qui l'attendaient là-haut, Paraissailpcu flatté de passer Dieu sitôt.

De sorte que, pareil à la nymphe Pyrène, Chaque oeil de courtisan se changeait en fontaine. Et parmi tous ces yeux ceux qui pleuraient le plus Étaient ceux du futur consul Afranius.

Si bien que se voyant près de fondre en rivière, «Jupiter, cria-t-il, exauce ma prière, [César.» » Prends mes jours et pour eux rends-nous ceux de Soit que l'offrande plût au ciel, soit par hasard , Ou que le médecin, maître en son artsublime. Ait d'avance d'un mieux prévenu la victime. Dès ce moment. César, qui marchait au trépas, Suspendit le voyage et revint sur ses pas. Si ravi de revoir la céleste lumière.

Qu'il fît Afranius consul pour sa prière.

Entrée des licteurs.

LEPIDUS

Ne va-t-il pas sortir? j'aperçois les licteurs,

ANNIDS.

Oui, sans doute qu'au temple avec les sénateurs, Il va pour l'Empereur consulter les auspices.

AFRANIUS

Romains, n'en doutez pas, les dieux seront propices. Vers les temples courez, que de joyeux festons Rampent à la colonne et pendent aux frontons; De leurs armures d'or revêtez les statues. Répandez les parfums et les fleurs par les rues. Dans nos murs aujourd'hui César rentre en vain- Vive César I César est un grand Empereur I [queur. Il sort suivi des licteurs et des cliens. LE PEUPLE.

Vive César 1

PROTOGÈNE.

Seigneurs, êtes-vous prêts î

LEPIDUS

Sans doute.

PROTOGÉNE.

Maitre, veux-tu t'asseoir?

LEPIDUS

Très-volontiers.

Écartant la main de l'esclave, qui veut lui mettre du linge autour du cou.

Écoute :

Itibulus, donne-moi la pince et le miroir, Et je m'épilerai moi-même.

PROTOGÈNE.

Sans rasoir?

LEPIDUS

Sans rasoir.

l'rotogèno 1rs lui donm*.

C'est très-bien.

PROTOGÉNE.

Quel mode de coiffure Veux-tu faire donner, maitre, à ta chevelure?

Je veux que sur l'épaule elle tombe en anneaux.

PROTOGÈNE, à l'esclave coiffeur.

Tu comprends?

ANNIUS

N'as-tu pas les Actes diurnauxl puuTockNK, les lui donnant.

Oui, 5ci{(neur.

CALIGULA

tEPiDus, s'Cpîlanl C'est trcs-Sicn, fais-nous-en la lecture, Cela nous distraira

UN MENDIANT, tenant à la inain une Écuelle . Il a la tête rasée, il s'appuie sur un Lâton entoure de bandelettes ; il porte au cou pendu à une ficelle un petit tableau représentant un naufraj^e.

Maître, je te conjure D'avoir quelque pitié d'un pauvre naufragé, Qui vit, voilà six mois, tout son bien submergé. Près du cap Pachinum, par un affreux orage, Auquel il n'échappa lui-même qu'à la nage, Et qui porte à son cou, peinte fidèlement, La reproduction de cet événement.

LE GARÇON DE BAINS, Criant.

Au bain, Seigneur, au bain.

LE MENDIANT, Criant.

Ah! mon maître, ah!

LEPiDus, lui donnant une Philippus.

Tiens, drôle.

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