‹ Pièces de théâtreChapitre 596 sur 1093 · LE GARÇON DE BAINS · texte numérisé non relu

LE GARÇON DE BAINS

Au bain, seigneur, au bain.

ANNIUS, continuant.

! vingt-et-un janvier prochain, jour de comices, land les prêtres auront offert les sacrifices, !sar impcrator et maître tout-puissant, ms Rome rentrera,

Voilà l'intéressant

ANNIUS

inqueur de la Bretagne et de la Germanie LEPIDUS, se regardant dans le miroir.

ilà, par Jupiter, une étrange manie, ree qu'on est le fils d'un soldat, d'un guerrier,

Touloir, à son tour, so coiQ'er de laurier. Jtait bon pour César chauve jusqu'à la nuque, lUnon pas pour Caïus, qui porte une perruque.

, . AKN1U6, effrayé

pidus!

PROTOGÈNE, l'arrêtant.

Pas un mot.

LEPIDUS, se mettant à arracher sabarbe.

Hein.

ANNIUS

Rieq.

LEPIDUS

Tu lis tout bas î

ANNIUS

Non, j'ai fini.

LEPIDUS

Pourquoi?

ANNIUS

Parce que je suis las.

LEPIDU8.

Last

ANNIUS

Oui, las! que veux-tu de plus que je te dlso PKOTOGÉNE, prenant le vianuscrit.

Mon maître, te plait-il qu'à sa place je lise?

LEPIDUS

Certes, je veux la fin de mon commencement,

A Sabinius qui cnirc.

Par Hercule, monchor, tu viens au bon moment. Nous en étions restés à la cérémonie.

r-ROTOGÉNE, reprenant.

Vainqueur de la Bretagce et de la Germanie, Ramenant, pour parer les temples de nos Dieux, Vingt chariots chargés des objets précieux Dont il a dépouillé les plus lointains rivages

LEPIDUS

Quatre sacs de cailloux et deux de coquillages.

PI'.OÏOGÈNE.

Et traînant après lui, comme Germanicus, Les fiers enfans du Nord enchaînés et vaincus.

LEPIDUS

Oui, nous savons cola, c'est en sortant de table Que César a livré ce combat redoutable Où soixante Gaulois, déguisés en Geiroajns, Sont tombés tout vivans dans ses vaillantes mains, Est-ce tout?

PROTOGÈNE, rentrant c'tez lui.

Oui, c'est tout.

LE MENDIANT, Se levant et passant près de Lépidus Prends garde à toi, jeune homme, Il est plus d'espions que de pavés dans Rome.

ANNIUS

Fuis , Lepidus, sans perdre un seul instant de plus»

LEPIDUS

Et pourquoi?

SABINUS

Ce barbier, ce n'est pas Bibulus, C'est quelque délateur qui, pour notre disgrâce, Aura pris aujourd'hui ses habits et sa place.

ANNIUS

Vois, tous ont déserté la maison du maudit,

LEPIDUS

Maistu prends peurà tort, mon cher, je n'ai rien dit.

ANNIUS

Rien dit ! ... tu viens d'en dire, en ce temps oii nou»

[sommes, Autant qu'il enfaudraitpourlamortdetroisbommef.

MAGASIN THEATRAL

LKFIDUS.

Je vous ai compromis?

SABIMDS.

Non, pas nous, mais bien toi.

LEPIDDS.

Par Castor! n'avons-nous à craindre que pour moi?

ANNIUS

Pour toi seul!

LEPIDUS

En ce cas..

sàbinus.

Fuis donci

LEPIDUS

Non pas, je reste.

ANNIUS

Oh! quel aveuglement misérable et funeste I

SABIMCS.

Songes-y, ce n'est pas seulement le trépas, Mais la torture!

LEPIDUS

Aussi ne l'attendrai-jepasl

ANNIUS

Alors tu va* donc fuir?

LEPIDUS

Que Jupiter m'en garde!

SABINUS

Je ne te comprends plus.

Moi! que je me hasarde A courir à travers les plaines et les bois , Chassé par des soldats comme un cerf aux abois. Ou, comme Marias, en mes terreurs nocturnes, A m'enlerrer vivant aux marais de Minturnesl Moi ! que j'aille, d'un jour pour retarder ma fin , Subir le froid, le chaud, et la soif et la faim , Oh! non pas!

ANNIUS

Cependant la torture ou la fuite..

LEPIDUS

N'est-il pas un moyen de tromper leur poursuite, Dis?

SABIMUl.

Je n'en connais pas.

LEPIDUS

Sabinus, sur mon sort Ton amitié l'aveugle; il en est un

AMNIUS

La mort, N'est-ce pas?

LEPIDUS

Allons donc I

SABINUS

Toi, mourir à ton ige?

Impossible.

Et pourquoi vivrais-je davantage?

L'homme ne compte pas par les temps accomplis, Frères, mais par les jours lumineux et remplis : J'ai vu dnns les plaisirs ma jeunesse ravie, Si bien que j'ai vf':ru toute une longue vie. Laissez-moi donc mourir, mes frères, il est temps; C'est un bionf.TJt des Dieux de mourir ii vinjjf ans,

Et de ne pas sentir de nos jeunes années Se sécher à nos fronts les couronnes fanées. Aujourd'hui pour jamais si je ferme les yeux. Je meurs candide et pur, croyant encore aux Dieux Au bonheur du foyer, à la douce patrie, A l'amour consolant, à l'amitié chérie; Tandis qu'en attendant, dépouillé de tout bien, Peut-être je mourrais ne croyant plus à rien. Puis, fidèle auditeur des paroles du maître. D'avance, .i ce moment, j'avais dû me soumettre, Et c'est bien! car plus tôt que je ne l'espérai La mort, qui vient à moi, me trouve préparé. D'ailleurs, qu'est cette mort tant crainte par les

[hommes?

Un voile entre Phœbus et la terre où nous sommes. Si le mal et le bien naissent du sentiment. Le sentiment éteint, l'homme, au même moment. Cesse de distinguer le plaisir delà peine. Il est libre, que d'or ou de fer fût sa chaîne, La mort n'a point de prise aux esprits résolus. Je suis, elle n'est pas; elle est, je ne suis plus.

ANNIUS

Lepidus?

SABINUS

Frère?

LEPIDUS

Assez.

Faisant signe à TesclaTe des bains. Esclave!

l'esclave.

Maître ?

LEPIDUS

Avance.

Dans une chambre, enfant, prépare-moi d'avand Un bain voluptueux, tiède et parfumé.

Où l'on puisse dormir d'un sommeil embaumé. Va.

L'esclave rentre.

SABINUS

Tu veux donc toujours?

LEPIDUS, fut passant au cou son collier d'or.

Cette chaîne est la tiennf C'est le don d'une jeune et belle Athénienne;

A Annius Ce poignard est à toi; quand tout te manquera, C'est un ami fidèle et qui te secourra. Maintenant, quittons-mous, car mon destin s'achèT< Le maître a dit : La mort estun sommeil sans révc Adieu, je vais mourir!

ANNIUS

0 Lepidus! un Dieu Bientôt te vengera.

LiPiDUs, sur le seuil des baim.

J'en ai l'espoir, adieu!

Il entre. Les deux amis se confondent dans la fouit

LSPBDPLB.

Un courrier! un courrier!

AFRANIU8, le regardant

Criant.

L'oncle de César. Pla»

CALIGULA

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