‹ Pièces de théâtreChapitre 601 sur 1093 · JUNIA, STELLA, AQUILA · texte numérisé non relu

JUNIA, STELLA, AQUILA

' «TBIiLA.

Ua mère... me voilà I

JUNIA, se jetant dans ses bras.

Ma Stella, mon enfant,ma fille... oh! oui, c'estellel

Lui prenant les mains et la regardant.

Oh! laisse-moi le voir... Comme elle est grande et

[belle I

STELLA

Ma mère I

JUNIA

Laisse-moi loucher tes longs cheveux.

Veux-t« que je t'embrasse encor?

8i je le veux!

Toujours, toujours...

JUNIA

Enfant!... oh! que je suis heureuse!

STELLA

( Et moi donc! . .N'est-ce pas que l'absence est affreuse, Dis?

JUNIA

Ne m'en parle plus, j'ai retrouvé mon bien. STELLA, montrant Aquila àsamère.

Et lui, ma mère, et lui, ne lui dis-lu donc rien?

JUNIA, lui tendant la main.

Si!... sois le bien venu, fils aine de mon frère.

AQUILA, s'inclinant.

0 noble Junia !

JUNIA

Nomme-moi donc la mèrel

AQUILA

Ma mère, que ce nom m'est doux à prononcer I

JUNIA

Mon fils ne vient-il pas à son tourm'embrasserî

A Ucrai-voix en le retenant dan^ ses bras et lui montrant sa fille.

Aquila, suis-je donc aveugle en ma tendresse. Et n'est-elle point belle î

Oh ! comme une déesse l

JUNIA

Ma fille, un bon génie a protégé tes jours.

STELLA, lui montrant Aquila.

Ce bon génie est là, les protégeant toujours; Oh! si tu l'avais vu, pendant ce long voyage. Conduisant ma litière, écartant du passage L'obstacle, quel qu'il fût, sur mon chemin placél

JUNIA

II faisait son devoir de tendre fiancé, Et sa crainte veillait, prcvoyanlc et jalouse, Un peu iur mon cnl'ant, beaucoup sur son épou*4 Ab! voilà que ce ixiut te faitrougix... <yioja«i

MAGASIN THEATRAL

C'estbien, n enparlonsplus; asseyons-nous, parlons D'autrefois.

STELLA, s' asseyant C'est ma place...

JUMA

Oui, ta place chérie...

Attends.

Lui moDlrant un ouvrage d'aiguille commence' Reconnais-tu?

STELLA

Quoi?

Celte broderie?

STELLA

G« voile que pour toi...

/UMIA.

Vois, il a demeuré Cinq ans interrompu.

STELLA

Je te le finirai.

CXIA.

As-lu bien reconnu toute notre famille?

Notre vieille Géta, qui t'appelait sa fille, Cette bonne Phcebc, que tu nommais ta sœur. Et le chien peint au mur qui te faisait tant peur? Mais je parle toujours, vois-tu, c'est du délire... A toi... tu dois avoir cent choses à me dire... Je l'écoute, voyons.

STELLA

Oui, ma mère, j'ai là Un grand secret.

JUNIA

Vraiment... un secret, ma Stella!

Parle donc.

STELLA

Et d'abord, ô ma mère chérie, Mon nom n'est plus Stella, je m'appelle Marie.

JL'NIA.

Que dis-lu là, ma fille, cl d'où vient que le nom Que je t'avais choisi n'est plus le tien? STELLA, joignant les mains

Pardon!

JONIA.

Marie?

STELLA, avec religion.

Oh! c'est le nom d'une vierge sacrée.

JUNIA

Mais l'autre était celui...

STELLA, l'interrompant.

Qu'une mère adorée Me donna, je le sais; à ce titre, je veux Le conserver aussi; laisse-les-moi tous deux.

JLNIA.

Mais d'où vient?

STELLA

Le voici : cette tante si bonne, La mère d'Aquila, possédait à Narbonne Une maison d'hiver; mais elle avait, de plus, Dans CCS champs appelés les champs de Marins, Une villa d'été s'élcvant sur la plage : De grands pins la couvraient de fraîcheur et d'om- Silescieux la jour, mais qui, le soir venu, [brage.

Parlaient avec la mer un langage inconnu; Et moi, je me plaisais, quand de sa fraîche haleine La nuit assombrissait au loin l'humide plaine, A venir lentement au rivage m'asseoir.

Et, me penchant alors sur l'immense miroir, J'écoutais cette voix solennelle et sauvage Dont j'espérais toujours comprendre le langage; Puis, quand j'avaischerché long-temps, mon cœut

[jaloux Rappelant mon esprit à des pensers plus doux. J'interrogeais tout bas cette onde intelligente Qui rouie de Sagonte au golfe d'Agrigenle, Et je lui demandais si, passant à Bala, Ses (lots n'avaient point vu ma mère Junia!...

JDNIA.

Chère enfant!

STELLA

Une nuit qu'en cette solitude J'étais restée encor plus lard que d'habitude...

JUNIA

Comment t'exposais tu seule ainsi, ma Stella?

AQUiLA, souriant, 0 ma mère, jamais je n'étais loin!

STELLA, continuant.

Voilà Que je vois s'avancer, sans pilote cl sans rames, Une barque portanldeux hommes et deux femmes Et, spectacle inouï qui me ravit encor. Tous quatre avaient au front une auréole d'or D'où partaient des rayons de si vive lumière Que je fus obligée abaisser la paupière; Et, lorsque je rouvris les yeux avec eft'roi. Les voyageurs divins étaient auprès de moi. Un jour de chacun d'eux et dans toute sa gloire Je te raconterai la merveilleuse histoire, Et lu l'adoreras, j'espore; en ce moment. Ma mère, il le suffit de savoir seulement Que tousquatre vcnaienldu fond de la Syrie : Un édil les avait bannis de leur patrie. Et, se faisant bourreaux, des hommes irrités. Sans avirons, sans eau, sans pain cl garrottés, Sur une frêle barque échouée au rivage. Les avaient à la mer poussés dans un orage. Mais à peine l'esquif eut-il touché les flots. Qu'au cantique chanté par les saints matelots L'ouragan replia ses ailes frémissantes; Que la mer aplanit ses vagues mugissantes, Et qu'un soleil plus pur, reparaissant aux cieux Enveloppa l'esquif d'un cercle radieux!...

JONIA.

Mais c'était un prodige.

STELLA

Un miracle, ma mère.

Leursferstoinbèrcnt seuls, l'eau ressad'étrcamère Et deux fois chaque jour le bateau fui couvert D'une manne pareille à celle du désert : C'est ainsi que, poussés par une main céleste. Je les vis aj^ordcr.

JONIA

Oh ! dis vite le reste!

STKLLA.

A l'aube, trois d'entre aux quittèrent la maisons

CALIGULA

Marthe prit le chemm qui mène à Tarascon, Lazare et Maximin celui de MassiMe, Etccllcqui resta, c'était la plus jolie, Nous faisant appeler vers le milieu du jour, Demanda si les monts ou les bois d'alentour Cachaient quelque retraite inconnue et profonde Qui la pût séparer à tout jamais du monde. Aquila se souvint qu'il avait pénétré Dans un antre sauvage et de tous ignoré, Grotte creusée aux flancs de ces Alpes sublimes Où l'aigle fait son aire au-dessus des abimes. Il offrit cet asile, et dès le lendemain Tous deux, pour l'y guider, nous étions en chemin. Le soir du second jour nous touchâmes la base : Là, tombant à genoux dans une sainte extase, Elle pria long-temps, puis vers l'antre inconnu, Dénouant sa chaussure, elle marcha pied nu, Nos prières, nos cris restèrent sans réponses: Au milieu des cailloux, des épines, des ronces, Nous la vîmes monter, un bâton à la main, Et ce n'est qu'arrivée au terme du chemin, Qu'enfin elle tomba sans force et sans haleine...

JUMA

Comment la nommait-on, ma flUe?

STELLA

Madeleine, Ma mère! Celte femme, insensible aux douleurs. Avait pourtant, parmi les parfums et les fleurs, Au sein des voluptés parle ciel condamnées, Dissipé le trésor de ses jeunes années. Mais dans ses faux plaisirs le malheur apparut: Son frère bien-aimé, malgré ses soins, mourut. Pour la première fois, la prière à la bouche, Elle veillait auprès delà funèbre couche, Pleurant et gémissant, lorsqu'elle apprit soudain D'un homme nommé Jean, qui venait du Jourdain, Qu'allait bientôt passer, allant à Samarie, Celui qu'on appelait Jésus, fils de Marie, Prophète vénéré, que le peuple, en tout lieu, Suivait avec amour, en criant: Gloire à Dieu! Car cet homme, puissant à briser les obstacles, Comptait depuis long-temps ses jours par des mi- Madeleine était faible : elle alla vers le port, [racles. Et tombant à genoux , cria : Mon frère est mort!... Mort!... et si cependant vous vouliez, sa paupière. Quoique close à jamais, reverrait la lumière ; Car votre voix commande aux mers, aux aquilons, A la vie, à la mort!... Jésus lui dit: Allons. Ils vinrent; ô douleur! déjà des mains fidèles Avaient enseveli les dépouilles mortelles. Madeleine en pleurant tendit au ciel les bras! Mais le Sauveur lui dit: Femme, ne pleure pas. Et, marchant aussitôtvers le sépulcre avare Où pour l'éternité s'était couché Lazare, Jésus, devant le peuple immobile d'effroi. Dit, étendant la main: Lazare, lève-toi!... A peine eut retenti cette voix tutélaire. Que, brisant de son frontle marbre tumulaire, Lazare, obéissant au cri qui l'appela, Se dressa dans sa tombe, en disant: Me voilà. Alors, à ce spectacle, éperdue, hors d'haleine, Joyeuse et repentante à la foie, Madeleine

Courut vers sa maison, et prenant au hasard Uji vase précieux plein de baume et de nard, EMe le versa tout aux genoux du prophète, Puis, jusque dans la poudre humiliant sa tète, En murmurant tout bas de pénibles aveux. Elle essuya ses pieds avec ses beaux cheveux... Mais, prenant en pitié cette grande détresse, Le Sauveur releva la sainte pécheresse.

Disant: Il te sera par un Dieu désarmé Beaucoup remis, ô femme, ayant beaucoup aimé ..

JUNIA

Sans doute on éleva des autels à cet homme?

STELLA

Ma mère, il fut traîné chez le préteur de Rome, Car il disait tout haut que le faible et le fort Sont égaux devant Dieu comme devant la mort; Et lorsqu'il ne pouvait, par d'ouvertes paroles, Exprimer sa pensée, alors ses paraboles [peur! Poursuivaient les puisisans... les puissans eurent Ils dirent que c'était un prophète trompeur! Sa mort fut résolue, et sur leurinsistaiicf Un juge se trouva qui rendit la sentence : Mais aux regards des Juifs, au Calvaire assemblés, Tandis que les bourreaux, parla haine aveuglés, Croyaient clouer ses bras contre une croix immonde, Mamère! ils étendaientses deux mainssur le monde. Voilà l'homme divin dont j'ai reçu la loi :

Se mettant à genoux.

Si j'ai failli, ma mère, alors pardonne-moi.

JUMA

Sa loi ne défend pas que l'on aime sa mère?

STELLA

Elle en fait un devoir et pieux et sévère

JUNIA

Toute loi qui prescrit le respect et l'amour

Pour ceux à qui l'on doit la lumière du jour,

0 ma fille, crois-moi, c'est une loi de l'ame.

Ton culte n'a donc rien que je redoute ou blâme,

Et notre Panthéon est assez spacieux

Pour recevoir un Dieu de plus parmi nos Dieux!

Sans doute que mon fils a la même croyance?

AQUlLÀ.

Non, ma mère.

JUNIA

Etpourquoi?

STELLA, sotiriattt.

C'est que dans ma science

Etant mal assurée encor, je n'ose point,

O ma mère, presser Aquila sur ce point:

Car ce n'est qu'en partant que j'ai senti moi-même

Couler sur mes cheveux l'eau sainte du baptême.

Son tour viendra sans doute, en ma foi je l'attends;

Et Dieu m'inspirera q.uand il en sera temps.

Phœbc entre.

JUMA

Que nous veux-tu, Phœbé?

PHGEBÉ.

Maîtresse, à notre porta D'hommes et de chevaux s'arrête une cohorte.

JUMA, se levant.

Quelque noble romain, qui nous vient par hasard Saluer en passant.

MAGASIN THEATRAL

AQCiLA, qui a regardé.

Ma mère, c'est César î...

STELLA

0ht je sors!

JCNIA.

Et pourquoi, Stella î c'est presque un frère.

STELLA

Mais OD le dit tnéchant?

itmx. Non.

STELLA

PTimporte, ma mère.

JUSIA.

Pour moi, je ne puis croire à cette cruauté.

AQUILA

Vous l'ayez nourri, vous.

STELLA

Il vient de ce côté.

JcniA.

Allez donc, mes enfans.

Aijuila et Stella sortent.

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