SCÈNE IL
BRIGITTE, URSULE, entrant par une des portet du fond, URSULE, la saluant.
Ave, ma sœur!
BRIGITTE, lui rendant son salut.
Ave, sœur Ursule ! vous voici levée de bon matin, et avant le son de cloche!
URSULE
J'avais à parler à sœur Angèle.
BRIGITTE
A notre jeune abbesseî
URSULE
Ah ! abbesse... elle ne l'est pas encore.
BRIGITTE
Aujourd'hui même... dès qu'elle aura pris le voile.
URSULE
Si elle le prend!
BRIGITTE, à part.
Ah! mon Dieu!... (Haut.) Et qui s'y opposera?...
URSULE
Moi, peut-être! car on n'a pas idée d'une injuf-
LE DOMINO NOIR
tice pareille ! parce qu'Angèle d'Olivarès est cousine de la reine, on la nomme à la plus riche abbaye de Madrid, avant l'âge et avant qu'elle fi'ait prononcé ses vœux!
BRIGITTE
On a bien autrefois nommé colonel d'un réginent votre frère, don Antonio de Mellos, qui l'avait alors que douze ans !
URSULE
Un régiment, c'est diflérent... c'est plus aisé à onduire.
BRIGITTE
Que des nonnes?
URSULE
Oui, mademoiselle.
BRIGITTE
Je crois bien, si elles sont comme vous, qui les toujours en rébellion I
URSULE
C'est que l'injustice me révolte, et je ne vois i-dedans que l'intérêt du ciel et du couvent.
BRIGITTE
Et le désir d'être abbesse.
URSULE
Quand ce serait... j'y ai des droits... ma faillie est aussi noble que celle des d'Olivarès, et li plus de religion, de tête et de fermeté que eur Angèle, qui ne commande ù personne et isse parler tout le monde.
BRIGITTE
On le voit bien.
URSULE
Mais patience; j'ai aussi des parents à la cour... s protecteurs qui saisiront toutes les occasions, aujourd'hui même... il peut se présenter telles rconstances.
BRIGITTE, à part.
Est-ce qu'elle saurait quelque chose?
SULE, remontant le théâtre et se dirigeant vers
l'appartement de l'abbesse.
Et je veux voir sœur Angèle.
iGiTTE, se mettant devant elle et l'arrêtant. Pourquoi cela?
URSULE
Eh! mais... pour la féliciter de la riche sucssion qu'elle vient de faire; le duc d'Olivarès, n grand-oncle, vient de lui laisser, dit-on, la us belle fortune d'Espagne.
BRIGITTE
La belle avance! pour faire vœu de pauvreté.
URSULE
D'autres en profiteront... et dès qu'elle aura énoncé ses vœux, toutes ces richesses-là iront <on seul parent, lord Elfort, un Anglais, un rétique... ça se trouve bien, et je lui en vais re mon compliment.
BRIGITTE, l'arrêtant.
Impossible !
URSULE
Est-ce qu'elle n'est pas dans sa cellule?
BRIGITTE
Si vraiment!
URSULE
Alors on peut entrer ?
BRIGITTE
Elle ne reçoit personne... elle est indisposés.
URSULE
Encore!... c'est déjà, à ce que vous nous avez dit, ce qui l'a empêchée d'aller hier à la messe de minuit.
BRIGITTE
Oui, vraiment, elle a la migraine.
URSULE
Comme les grandes dames!
BRIGITTE
Oui, mademoiselle.
URSULE
Ici, au couvent... c'est bien mondain... Et ss migraine lui permettra-t-elle d'assister aux matines?
BRIGITTE
Je le présume.
URSULE
En vérité ! elle daignera prier avec nous.
BRIGITTE
Et pour vous.
URSULE
À. quoi bon?
BRIGITTE
Pour que le ciel vous rende plus gracieuse et plus aimable.
URSULE
Les prières de l'abbesse n'y feront rien.
Pourquoi donc?... il y a des abbesses qui ont fait des miracles.
URSULE
C'est trop fort! vous me manquez de respect.
BRIGITTE
C'est vous plutôt.
URSULE
C'est impossible... une petite pensionnaire...
BRIGITTE
Qui du moins n'est ni envieuse ni ambitieuse ..
URSULE
Mais qui est raisonneuse et impertinente.
BRIGITTE
Ma sœur...
URSULE
Ma chère sœur... [On frappe à laporti à droite du spectateur.) Qui vient là? et qui peu' frîpper de si bon matin à celte porte qui duj.iie ur le jardin ?
BRiGi iTE, à part.
Si c'était elle !
URSULK.
C'est d'autant plus singulier, qu'hier je voua ai vue prendre la clef dans la pansterie... Ouvrez donc... ouvrez vite.
Et pourquoi ?
URSULE
Pour voir... pour savoir.
BRIGITTE, Ù part.
Est-elle curieuse!... [Haut.) Moi, je n'ai rien...
st
MAGASIN THEATRAL
je n'ai pas de clef .. je l'ai remise dans la pane- Icrie avec les autres... elle doit y #tre encore.
URSULE
Je Tsii la prendre, et je reviens... car il y a quelque chose...
Elle sort en courant par la porte du fond.