SCÈNE VIII
OLIVIER, puis HECTOR.
OLIVIER
Je ne puis en revenir... je n'ose croire encore à tant de bonheur... cet amour que je lui cachais avec tant de soin, n'était pas un secret pour elle, elle m'a compris, deviné... et moi qui l'accusais de dureté, d'orgueil .. quand sa main me traçait ces mots pleins d'espoir et d'avenir!
HECTOR, en dehors.
Très bien !... ce sera superbe !
, OLIVIER
Voici Hector... comme il va partager ma joie... lui qui plaidait si bien ma cause tout-àl'heure.
HKCTon, à la cantonnade. ^1
îci, les mascarades tranquilles , les pacifiques dominos... là-bas, les quadrilles, les sarabandes... monseigneur le Cardinal est un habile maître des cérémonies !
Ah ! c'est le Cardinal lui-même !!
HECTOR
Qui a tout ordonné, composé... ce qui n'empêche pas le joyeux mmistre de faire préparer en même temps une petite exécution à mort, qui terminera gaîment la fête !
OLIVIER
Ociel 1 et pour qui.'
HECTOll.
Pour l'adversaire du Gascon Guébriac, que l'on veut décomrir à tout prix... Aussi, gare au coupable , ou même à l'innocent contre lequel il y aura quelques indices... M. de Laubardemont, le grand juge, en aura bientôt fait justice... ce qui n'empêchera pas le bal d'être charmant... ce ne sera qu'un danseur de moins , et voilà tout ! i
OLIVIER, gaîment.
Heureusement!., nous sommes là, toi et moi!..
LES MOUSQUETAIRES DE L.V REINE
HECTOR
Toi aussi ? pardieu ! je suis ravi que ton échec près de mademoiselle de Solange .. Je connais çà... ces grandes passions la ne durent pas... et tu ne peux pas te figurer le plaisir que tu me fais, le soulagement que jYprouve... vrai! ça m'inquiétait!
OMVIER.
Il n'y a pas de quoi, mon ami... je suis au comble du bonheur !
HECTOR
Ce que c'est que la philosophie !
OLIVIER
Mais du tout ! elle nous trompait tous deux.. Cette froideur, cette colore à mes aveux. . c'était une ruse .. tout cela cachait le plus tendre sentiment pour moi!
BKCTOR, vivement.
Et comment le sais-tu.'
OLIVIER
Elle me l'a fait dire. . . elle me l'a écrit !
Impossible I
HECTOR
OLIVIER
Lis donc ce billet, incrédule... cette simple ligne qui dit tant de choses en si peu de mots !
HECTOR, à part.
0 ciel ! {lisant) « Ce soir, à la fête, vous me reconnaîtrez à mon domino blanc. » Un rendez-vous... (à part) tout est perdu !
Un rendez-vous... le premier de ma vie... et avec elle, mon ami... conçois-tu mes transports... car maintenant, je puis te le dire, je n'aurais pu supporter la douleur de la perdre, je me serais tué !
HECTOR, avec émotion.
Comment.'
OLIVIER
Oui, oui... je me serais tué !.. c'est affreux, mais c'est ainsi... ma naissance, notre illustre nom... ma mère, ma mère elle-même... tout disparaissait, tout s'effaçait devant celte pas- .sion là, la première , l'unique de ma vie... mais à présent qu'elle m'aime, je i)uis tout oser... le Cardinal clu-rit sa nièce., j'irai me jeter à ses pieds .. mon titre, ma l'ortune.mon amour, ie toucheront peut-être. . et si Dieu m'accorde ce bonheur, je n'oublierai jamais avec quelle ;imitie toiit-a-l'heure encore tu parlais pour moi... lU unii comme loi , une femme comme elle, l'en deviendrais fou de joie , si ce n'élail déjîi faii... Adieu ! adieu! je vais mo préparer pour le bal !
{Il sort ) «j