‹ Pièces de théâtreChapitre 762 sur 1093 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les Mêmes, THÉRÉSA, sortant de la ferme, et parlant aux Villageois.

THÉRÉSA. Qu'est-ce que je vois là!...

Qu'est-ce que vous faites ici? Nos moissonneurs les bras croisés... quand il y a encore deux bonnes heures de travail... mais allez donc... [Les Villageois s' éloignent en faisant un signe d'adieu à Stéphan). Et Rose, où

LE VAL D'ANDORRE

est-elle? (L'apercevant.) Ah! vousvoici enfin, c'est bien heureux... sans cesse à courir les champs... une paresseuse, une coquette...

STÉPHAN. Il paraît (|ue le temps est à l'orage, ma belle fermière.

THÉRÉSA, voyant Slcphan et se radoucissant. Ah ! c'est vous, monsieur Stéphan... je ne vous avais pas aperçu... je suis charmée de \ousvoir !...

ROSE, à part. Comme elle s'adoucit tout à coup!

THÉHÉSA, à'Stéphan. Je suis un peu vive. .. mais ça ne part pas du cœur. .. c'est connu... Ah! mon Dieu! comme vous avez chaud!... Comme vous avez l'air fatigué.'...

STÉPHAN. Il y a de quoi... depuis ce malin que je suis h la poursuite d'un maudit chamois... avait-il des jambes, ce gaillardlà!... franchissant les rochers et ies précipices... sautant les torrents et les fondrières... sans aucun égard pour moi... par bonheur, mes balles allaient encore plus vite que lui... et maintenant, il se repose... à la broche de monsieur le syndic d'Andorre , qui me l'a bien payé trois bons écus... voilà une belle matinée !..

THÉRÉSA, à Sicpkan. Mais asseyez-vous donc... Rose, servez à monsieur Stéphan de notre bon vin de la côte... du plus \ieux, entendez-vous !...

ROSE, sortant. Elle n'est aimable comme ça que pour lui !...

STÉPHAN. Vous me gâtez , madame Théfésa!

THÉRÉSA. c'est tout simple... n'êtes-vous pas un ami, un voisin!... et puis, vous avez besoin de reprendre des forces... vous faites un état si pénible...

STÉPHAN. Il le faut bien... je n'ai que mon fusil pour faire vivre ma mère... une bonne et sainte femme, dont je suis le seul appui... aussi, j'aimerais mieux mourir (juc de la quitter jamais!...

THÉRÉSA. Kt pourtant, si ce qu'on dit est vrai... ce malheur-là pourrait bien vous arriver !...

STÉPHAN, vivement. Et que dit-on ?...

THÉRÉSA. On parle de milice dans le pays,.., d'une levée extraordinaire au nom du roi Louis XV...

STÉPHAN. Au nom du roi!'

ROSE, jetant un cri. O ciel!

.iAr,(,>UES. C'est son droit... Le pays d'Andorre relevé du roi de France... Nous avons quinze hommes à lui fournir par an, en Uuups de guerre... lit c'est citte année le tour de notre liami au.

THÈi'.ÉSA, à part. Ouelleidée!

iKC.ovhiiyàSicpliati. V'Ai bien, mon brave chasseur, te voila luui pâle.-., des fumaies à

la bonne heure.... mais toi, est-ce que t

aurais peur?.. .

STÉPHAN, Peur, Jacques?... Je ne sais p; ce que c'est!... Élevé au milieu de notre rii( nature des Pyrénées , j'ai souvent vu

mort de près tantôt suspendu au boi

d'un abîme, ou roulant au fond d'un préc pice... la guerre ne doii pas être plus e frayante que ça... D'ailleurs, s'il s'agissait < défendre nos montagnes, notre chère p; trie.... notre liberté.... j'y courrais av( bonheur, avec transport!... mais servir ch' d'autres comme un mercenaire — abandoi ner pour cela ma mère !... Ah! voilà ce q m'ôterait la force et le courage !

THÉRÉSA. Calmez-vous, Stéphan.... 1 recruteurs ne sont pas encore ici.. .. et, ( tout cas, si vous le vouliez bien. .. il y aur; peut-être un moyen de leur échapper...

STÉPHAN. El lequel?

THÉRÉSA', hésitant. Un mariage , p exemple... Les hommes mariés sont exenip de droit.

ROSE, à part. Ah ! mon Dieu !

STÉPHAN. C'est ma foi vrai; je n'y soi geais pas... {Tendant son verre à Rose lîose, verse à la santé de ma future... I bien! comme tu trembles!... Est-ce que ne souhaiterais pas de prospérité à madan Stéphan ?

THÉRÉSA, prenant la bouteille des mai.

de Rose et versant à Stéphan en trembla aussi. Elle est si gauche !

STi.PHAN. >e la grondez pas, madame Th résa. .. {Riant.) Mais, pour se marier, il fa une femme!... et qui est-ce qui voudrait i moi?... Un pauvre diable dont la fortune ( au bout du fusil..,, et une fortune qui cou toujours... comme mon chamois de ce mati

THÉRÉSA. Qu'importe!.. Avec du coura.; et un bon cœur...

JACQUES, à part. Je crois qu'il est teni que je me mCle de la conversation. .. {Haut

(jeriainement comme dit la fermière, i

bon cœur... un joli garçon...

THÉRÉSA. Cane nuit pas au mariage, pè Jacques.

JACcjUES. Au contraire.... ça arrange mariée, madame Thérésa. Mais il faut Stéphan, au roi de nos chasseurs, une hor jièle liancée, modeste et sage, dont le cœi n'ait |ias encore parlé... dont il soit le pr

mier amour n'est-ce pas, madame Th<

résa ?

THÉRÉSA, troublée. Sans doute.

JACQUES , continuant. Une fiancée q n'ait jamais rien eu à se reprocher...

THÉRÉSA, à part. O ciel!

JACQUES, de même. Et qui puisse toi avouer a son mari..,, le présent comvû» passé.

LE VAL D'ANDORRE

STÉPHAN. Je le crois bien !

THÉRÉSA, à part. Que veut-il dire!

JACQUES, à Siéphan. (^est que, vois-tu, 1011 garçon, il y a plus d'une belle fille, à m i)remicr âgi\ qui se laisse prendre aux iscours d'un .■•éducieur. . .

ïHÉKÉSA, à part. Je meurs d'effroi!

JXCOVES, continuant. Puis, bientôt apn' s, enn.^nt 'es larmes, les regrets... Mais il est o[i tard, et l'on ne doit plus songer à faire

bonheur d'un honnête homme.. . mênio land on serait belle et riche comme madame liérésa!

STÉPHAN. Vousavezraison, père Jacques. ..

)oiiueur et la vertu chez sa femme avant ut!

THÉRÉSA, bas auChevrier, avec émotion.

cques, vous savez mon secret!

JACQUES. Peut-être!

THÉRÉSA. Vous voulez douc me perdre ?

JACQUES. Dieu m'en garde !

THÉRÉSA, de même. Vous vous tairez, )rs?

JACQUES, de même. Quant à ça, ma belle mière, ça dépend de vous.

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