‹ Pièces de théâtreChapitre 766 sur 1093 · CHANT · texte numérisé non relu

CHANT

Je suis un noble ambassadeur, Je suis le joli recruteur.

Oui, c'est ainsi que chaque belle En me voyant, jamais cruelle, A surnommé son beau vainqueur !

Et tout en clignant la prunelle, Dit au fond de son petit cœur :

Amour, amour au joli recruteur !

Kan plan! toujourK intleicible Dès qu'il s'agit d'enrôlement I

Kan plan ! quoique tris-sensible Sur l'article du sentiment!

Le beau recruteur à la guerre Est un vrai tigrp furirux; Mais c'est un amour de Cythire.

Dk9 qu'il voit briller de doux yeui; Oui, 100 cœur devient un cratère.

Pour les yeux noirs, comme pour les bleus. Aussi l'on dit, l'on demande en tous lieux ; Quel est donc ce monsieur?

Mais I c'est un noble ambassadeur,

C'est le joli recruteur!

Car c'est ainsi que toute belle En me voyant, etc.

SATURNIN, bas, à Rose. Il a beau dire, j( ne le trouve pas joli le moins du monde.

LhjoYEUx, à Saturnin. Eh ! mais, je re connais ce garçon-là 1... je l'ai vu l'anné dernipre en parcourant cette paisible vallée

SATURNIN. Et moi ifussi, je vous reconnai à présent. . c'est que, d'abord, j'avais la vu un peu troublée... vous vous appelez...

LEJOYEUX. Le capitame Lejoyeux... peti nom d'amour que m'ont conféré les belle* dont mon esprit jovial fait la conquête ç tous pays !

ROSE Et vous êtes recruteur ?

LEJOYEUX. Je le fus d'ahord, exclusivemeii et sans partage. .. mais maintenant c'est rao second état... un petit passe-temps, comiu qui dirait le dessert après le dîner... je eu mule, je suis avant tout captaine de milice chargé de par la loi et le roi de France, d'à mener sous ses drapeaux les (|uinze jouven ceaux que votre république lui doit chaqu année.. . chosi^ agréat>le • t facile, attendu qu ce pays e>t peuplé de beaux hommes. ., [mon trant Saturnin) à en juger par cet aimabl échantillon...

SATURNIN. Vous me flattez, recruteur., mais je n'ai pas de vocaiion, je vous le di en confidence... j'ai les nerfs trop sensibles. . je me ti'ouve mal au moindre coup de fu sil...

l'endormi. Oh ! oh! voilà qui est drôle

LEJOYEUX. Sergent l'Endormi, votre ré flexion est oiseuse et incongrue... ce mon sieur n'est pas drôle. .. il est poltron, voil tout... mais nous le guérirons de son infir mité... et à moins qu'il ne soit engagé dan les troupes légères de l'hyménée...

SATURNIN. Pas encore, capitaine. .. mai ça va se faire... je suis en pourparler... e dans huit jours...

LEJOYEUX. Ça fera juste huit jours tro) tard... je le regrette pour la beauté don vous feriez les délices... mais en qualité d célibainire , vous viendrez tremper vos joli doigts dans le chapeau de l'Endormi, qu représentera l'urne du destin... et si vou amenez un billet noir au lieu d'un blanc, vous ne le serez pus blanc!... ceci est un< petite ni(Hapliore, pour dire que vous vieidrez conqut^rir de la gloire dans noire 80 ciété. .. ainsi le veut la loi , dont je suis l séduisante image...

ROSE. Comment, monteur l« cipitaisf

LE VAL D'ANDORRE

is les jeunes gens du pays vont tirer au t , sans exception ?

I loYEUX. Sans exception, ravissante vil- I' ! Attention, seruent l'Endormi, et ne iilez pas tout dei>out sur vos vilaines , comme une grue sur son toit... ou • certain oiseau de nuit, dont vous pos- (/. le pfjysique et le moral...

/iiNDORMi. Ecoutez donc, capitaine... je < harassé; depuis huit jours que nous cirons de village en village... je ne serais fàrhé de voyager dans la comp:'gnie d'un val...

.EJOYEUX. Vos vœux seront satisfaits, l'Enini.. . dès demain, vous voyageiczen comnie d'un cheval... que je ^iionterai... et s me suivrez à pied, 'e plus vile possible. .. s il ne s'agit pas de vous procurer en ce nent les douceurs de la vie, que je vous digue. .. je vous confie le soin d'aller faire :re le rappel dans ce hameau, et de con- • au tirage de la milice tous !es habitants :e canton, en âge de laisser leurs jambes leurs bras au service du roi! (.1 l' Enmi.) F*ar le flanc droit, sergent l'Endor- .. faites avancer vos hommes... c'est ici se fera le tirage. [L'Endormi syrlpar la ite. )

\TURNIN. Mais c'est odieux, ça... et si se révoltait !...

EJOYEUX. Alors, je dirais deux mots à ma jpagnie qui me suit. .. et fori e resterait à )i. .. mais ça se passera en douceur, mon Ire ami. . . et vuque je portesur mon cœur, s cette pancane, les noms de tous vos les compntriotes, pas un ne voudra manr à son petit devoir de cil yen d'Andorre. .. s, le premier... ainsi donc, et comme le aîchissement se fait aUendre dans celte ne hos. iialièr»'... nous allons au cliiiret lus voisin, boire à votre bonne chance...

ATURNIN. Au billet blanc ?

.EJOYEUX. Non pas... au billet noir... car ous révélerai un jour le bonheur ineffable t vous jouirez sous les drnpeaux du roi... lez, jeune tourtereau, et apprêtez-vous à brer le dieu Bacchus, le digne patron des ruteurs...

.ATURNtN. Eh bien I oui, j'y consens , et ^rand cœur... [A Rose, à part.) Je vas le ier si bien, qu'il ne reconnaîtra plus la cour de ses billets !

-EJOYEUX, à Rose. Aurevoir, ma belle, et le cœur vous en dit, rappelez-vous ma nson. ..

I Oui , voilà, oui, voilà, le joli recruteur ! {.Lejoyeux s'éloigne en emmenant Saturnin.)

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