‹ Pièces de théâtreChapitre 8 sur 1093 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ORSINl, seul, appuyé contre la fenêtre.

(On entend le tonnerre cl l'cii voit les éclairs.) La belle nuit pour une croie à la Tout ! Le ciel est noir, la pluie tombe, la ville dort! le fleuve gro.ssit comme pour aller au-devant dos cadavres... C'est un beau temps pour aimer: au dehors le bruit delà foudre, au dedans le clioo des verres et les baisers et les propos d'amour... Étrange concert où Dieu et Satan font chacun leur partie ! (On entend des éclats de rire.) Ricz , jeunes fou.s, riez donc; moi, j'attends; vous avez encore une heure à riie, et moi une heure à attendre comme j'ai attendu hici', coininej'altrndrai demain. Quelle inexorable condition ! parcequ'ils sont entiés ici , il faut qu'ils meurent 1 parceque leurs yeiix ont vu ce «pt'iis ne devaient pas voir, il faut que leurs yeux s'cfeifjnctit! |)arceque leurs lèvri'S ont reçu et donné des baisers qu'elle.-» ne devaient ni recevoir ni dormer, il faut q-ie leurs lèvres se taisiuit pour ne se rouvrir, comme accusatrices, que devant le trùnc de Dieu!... Mais aussi, malheur 1 malheur cent fois mi'rité à ces imprudenli qui se lèvent au premitr appel d'un amour nocturnel présomptueux! (|uicioicnt que cela Mt une chose toute simple que de venir la nuit, par l'orale qui gronde , les yeux bandés , dniis

celle vieille tour de Nesle,pour y trouver trois femmes jeunes et belles, leur dire: Je t'aime, et s'enivrer de vin, de caresses et de voluptés avec elles.

L'N CRIECR DR NUIT, en dehors.

Il est deux heures, la pluie tombe, tout est tranquille. Parisiens, dormez.

ORSlNI.

Deux heures déjà!

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