SCÈNE VIII
Les mêmes, KÉROUAN, ALY.
KCROCAN, sortant de la tente avec Aly.
Mon géoéral I
Ah ! bonjour/Kérouan... Georges, n'oublie pas que nous partons après les courses... Va donner les ordres néccssaires...(Georgcssori. — A Kérouan.) As-tu bien entraîné, commo ils disent à Paris, les poneys de Ion marquis de Monléclain ?... Je le dis qu'ils ne valent pas mes petits bretons... Tu verras, lu verras...
RÉKOUAN.
Il s'agit bien de tes petits bretons et de mes petits poneys... Il s'agit de ce gaillard-là...
LE GÉiVÉRAL.
Ce gaillard-là?... un chasseur d'Afrique... ton
petit Christophe !...
ALY
Merci de m'avoir reconnu, général.
kÉrodan, montrant le galon de sous-olBcier, la blessure et la croix.
Et ça, général?... Et ça? et ça?...
LE général.
Ahl diable... c'est bien... très bien!...
KÉROL'AN.
J'étais ben sur qu'il se battrait en vrai Breton... Il servait sons les ordres de M. de Monlcclain... Ah 1 les Moiiléclain, c'est du sang de vieille race. LE GÉNÉRAL, avec humeur.
Oui-da '....Vieille race qui s'est ralliée à la dynastie de 1830.
KÉROITAN.
C'est vrai... et ça, je l'avoue, ça me flatterait
plus s'il l'avait gagnée en servant les autres...
maisenCn... , ,
LE GENERAL
C'est-à-dire que ça vaudrait la peine de s'en
vanter, s'il l'avait gagnée du temps... du temps
de l'autre...
ALY, à part.
Bon!... on va m'aplalir entre l'autre et les autres..ll parait que ça n'est pas'changé depuis si^ ans. KAROIÏAN, s'animant.
Ah! dame ! quand nous nous battions dans le Bocage, c'était pour la bonne cause...
LE GÉNÉRAL, (le inOmn.
Quand nous entrions à Vienne, à Berlin, à Moscou, c'était de la bonne guerre.
ALY
Pardon, excuse, général... c'est la faute A papa, si je ne suis pas né dans le bon temps. Que voulez-vous? nous faisons ce qu'on nous donne à faire... en attendant mieux.
LE GÉNÉRAL
Je i:c dis pas ça pour loi, n)ou garçon... -Mciis voisin, toutes ces croix, tous ces colonels, tous M.' généraux d'à-présenl... ça me luit pilié...
Qu'est-ce que c'est qu'une poignée d'Arabes à chasser, lorsque nous avions l'Europe à combattre... Des escarmouches... des surprises... des combats de tirailleurs... comme la méchante petite guerre qu'on faisait dans ce pays-ci... KÉROUAN, vivement.
Il n'est pas moins vrai que lu as été battu plus d'une fois avec tous les bleus.
LE GÉNÉRAL, de môme.
Parce qu'on épargnait des populations rebelles et aveuglées par le fanatisme.
KÉROCAN.
Oui-da I en brûlant les villages, en massacrant les prêtres, en fusillant les prisonniers. LE GÉNÉRAL.
Tu n'as pas le droit de dire ça, Kérouan; on t'a épargné, ce me semble, quoique ce fût une guerre de brigands.
KÉROUAN
Parmi lesquels il y en a eu qui t'ont ramassé sur le champ de bataille, lorsque lu étais abandonné par les tiens.
LLCILE.
Mon père... mon père...
LE GÉNÉRAL
Bien, bien!... Prenant la main de Kérouan.) C'est vrai, Kérouan, et je ne l'ai pas oublié quand il l'a fallu... Mais, du moins, dans ce temps-là, et sous Napoléon, on se battait...
ALY', allant au général.
Pardon, général... est-ce que vous croyez (|u'on s'embrasse en Algérie?
KÉROUAN
Et sous Gallielineau, on s'élançait sur les batteries, le sabre au poing, on s'attaquait corps à corps. ...
(Montéclain parait avec ses amis ; il dit un mot à un jockey, qui disparaît.) ALY, à son ptre.
Est-ce que vous croyez que les Arabes m'ont envoyé ce coup de sabre-là par la poste?...
KÉROUAN
C'est égal, il n'y a de vraie croix que la croix
de Saint-Louis.
LE GÉNÉRAL
Il n'y a de bonnes croix que celles données par l'cmpcrenr.