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SCÈNE XVI ET DERNIÈRE

BEAUSÉJOUR, MARIANE, ARNOILD, PAIL; R.WMOND.

Oui, d'un acteur nouveau la famille s'augmente : C'est un Crispin de plus qu'ici je vous présente. Et de ce joyeux Cid je suis fier, j'en conviens :

Son premier coup d'épéc égale tous les miens, (d lieauséjour.)

En te quittant, plus vif cent fois que de coutume , Je monte dans ma loge et je prends mon costume. Je n'eus, pour m'en vêtir, besoin que d'un moment. Sur le ihéâtre alors je descends promptenient , Tout plein d'une colore ii peine retenue, Et j'entends une voix qui m'était bien connue. C'était celle d'Arnould : on finissait le Deuil. Dieu! quel étonnement, et bientôt quel orgueil ! Sa figure, son jeu, tout était a merveille, Et ses inflexions enchantaient mon oreille. C'était d'un naturel et d'un comique... enfin, K'y pouvant plus tenir, sans attendre la fin, Pour embrasser mon fils d'un seul bond je m'élance. Il se fait dans la salle un moment de silence; Puis on me reconnaît, et le public alors Rit, et fait éclater les plus bruyants transports. C'est, j'en dois convenir, ma plus belle soirée : Aussi l'àme de joie et d'orgueil enivrée J'ai cru devoir, après ce triomphe flatteur. Offrira vos regards l'heureux triomphateur Dans le même costume oii, radieux de gloire, Il vient de remporter sa première victoire.

RAYMOND

Ce drôle nous avait trompés indignement. Moi, pardonner les torts d'un pareil garnement !

Non, non, il ne doit pas s'attendre ii ma clémence.

ARS0UI.D , passant près de Raymond.

Est-ce votre leçon, grand-père, qui commence? Le manteau , c'est ainsi qu'il doit être porté? Et le chapeau? voyez.

RAYMOND

Un peu plus de côté ; Les deux mains sur l'épée et la ceinture haute... Qu'est-ce que je fais donc? mais aussi c'est ma faute. Avec un tel haljit puis-jc le scrmoner? Non, Crispin comme lui, je dois lui pardonner. {H embrasse Arnould.)

Cher Arnould !

PAUL , à Arnould en montrant Mariane.

Ce portrait... maintenant tout s'explique.

BEAUSÉJOUR *

Désolé de troubler ce bonheur domestique. Mais je tiens mon Crispin et l'emmène avec moi.

PAUL

Tu ne le peux : il est comédien du roi. Pars tout seul, cher ami : mais la campagne faite, Reviens ici ; Guérin va prendre sa retraite : Toi seul avec succès pourras le remplacer. Et cela vaut un peu la peine d'y penser.

BEAUSÉJOUR

Si j'étais sûr...

PAUL

Mon fils qui connaît ton niéi ile T'appuiera comme moi.

ARNOULD

De votre réussite

D'avance je rcponds.

BEAUSÉJOUR

Nous en reparlerons.

MARI.VNE **

Et mon pardon, ii moi, mon tuteur?

Nous verrons.

Pour l'avoir secondé je dois, dans ma colère, T'infligcr, Mariane, un châlimeul sévère, Et pour cela je veux, pas encore aujourd'hui. Mais dans cinq ou six mois, te marier î» lui.

AHNOii.D, « Mariane.

Croiras-tu désormais, cousine, à mes présages?

RAYMOND, bas à Arnould.

Arnould, souviens-toi bien de jouer mes ouvrages.

* Mariane, Paul, Teauséjour, Arnould, Raymond. ** Mariane, Paul, Arnould. Raymond, Beauséjour.

Si la lecture est quelquefois funeste aux ouvrages de ihéàtre, c'est surtout k ceux qui ont été représentés d'une façon sniicricure. Il peut donc être malheureux pour rami)ur-]iroprc d'un écrivain dramatique d'avoir trouvé d'excellents interprètes , et ce malheur m'est arrivé. On mmiireiid que je ne dois, ni ne veux parler de moi : je ne m'étais d'ailleurs réservé qu'une faible jiart dans l'exécution, et les craintes de l'auteur ont nui sans doute au comédien. Mais ceux qui m'entouraient ont dignement fnil leur devoir; ils ont jo>ié leurs rôles nonseulemcnl en gens de talent, mois en bons camarades , en amis chauds et dévoués. Je les en remercie de cœur; j« suis aussi heureux de leur succès que du mien. Quelle que soit la grandeur des pertes récemment essuyées par la Comédie Française, le public a pu voir que sur celle noble scène il reste encore autre chose que des souvenir^.

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