‹ Pièces de théâtreChapitre 902 sur 1093 · EDOUARD, CHESTER · texte numérisé non relu

EDOUARD, CHESTER

CHESTER, entrant.

Goddam!.. je suis fort surpris !

EDOUARD, à part.

Ciel ! mon oncle !

CHESTER

Monsieur, que faites-vous là perché comme un lorticulteur en fonctions?

EDOUARD

Moi, mon oncle ..

CHESTER

Oui, vous, mon oncle... c'est-à-dire vous, mon aeveu !

EDOUARD

Mon Dieu, j'examinais l'état de ce feuillage !

CHESTER

Je trouve cette occupaLion extrêmement frivole ! {Àpart.) Je crois plutôt qu'il examinait... {Haut.) Monsieur, j'ai à vous adresser une allocution !

EDOUARD

Je vous écoule, mon oncle!..

CHESTER

Descendez, s'il vous plaît!.. Je serais obligé de vous parler en l'air, ce qui n'entre nullement dans mes vues.

Volontiers, mon oncle!.. {Il descend et va porter l'échelle de l'autre côté du théâtre *.) CHESTER, à part.

Couvrons mes traits du masque de la bonhommie !.. {Haut.) Tu sais, mon cher Edouard, quel est mon faible pour loi!.. Tu es l'espoir de ma race, tu es mon unique héritier.

EDOUARD

Je vous eu prie, mon oncle, ne parlons pas de ça!

CHESTER

C'est une belle fortune que lu auras là, mon garçon!.. On ne trouverait pas, dans la cité rie Londres, beaucoup de particuliers plus cossus que moi!., et pouriant je me suis enrichi en fabricant des manches de couteaux... Il est vrai quo je faisais de grands manches pour de grands couteaux!., c'était un grand commerce!., et mes manches ont eu le plus grand succès... môme outre-Manche !

EDOUARD

Cela fait honneur à votre esprit.

CHESTER

De l'esprit ?.. fi donc !.. Je n'ai jamais voulu en avoir !..

L'ACADÉMICIEN DE PONTOISE

Air : Pairie, honneur, etc.

Je n'ai, mon chor, je n'ai qu'un gros bon sens, le ne suis pas un Platon, nn Sénoquc, Je ne vais point clierehcr mes arguments, Dans les bouquins d'une bibliothi^que, Le meilleur livre anglais, grec ou latin, A moins d'esprit qu'unc'livre sterling !

Et c'est à ce gros bon sens que je dois mes chàieaux, mes laquai;^, mes équipages !..

ÉDOUAUD.

Enfin, vous êtes arrivé au but, tous vos vœux sont comblés !

CIIESTER.

Non, pas tous!.. J'en forme encore un... je n'en forme qu'un.... mais je le forme !

EDOUARD

Que diable peut-il vous manquer?

en ESTER.

Je ne suis pas gentleman !

EDOUARD

Gentleman !.. comment, vous, mon oncle... un ancien négociant, vous auriez la faiblesse?..

CIIESTER.

Mon ami, je n'ai jamais méprisé la noblesse, moi... je n'ai pas do préjugés !.. et si le Ciel m'eût créé marquis .. Ah! Dieu ! quel marquis j'aurais fait!..

Oh! oui!..

CIIESTER.

Connais-tu rien de mieux qu'un blason^ des armoiries... trois poissons sur un champ de gueules?

EDOUARD

C'est très joli !.. mais, jusqu'à présent, vous vous êtes bien passé de poisson.

CIIESTER.

Que veux-tu ? j'en jn-rds l'appéliL, ça finira par abréger mon existence de plusieurs jours !

ÉDOUAUD.

C'est un malheur, mais qu'y faire?

CIIESTER.

Qu'y faire?.. Je saurais bien qu'y faire, si lu voulais !

EDOUARD

Moi, comment ça?

CIIESTER,

As-lu observe quoiqucfois la vie privée des mérinos ?

EDOUARD

Ma foi non !

eu ESTER.

C'est par le croisement des races ipu' ce bétail soutient sa .«plcndeur !.. cette mélhodo luo sourit, cl j'ai envie de l'adopter!

EDOUARD

Vous, mon oncle, vous voulez. w

CIIESTER.

Pas moi, mon garçon, pas moi !... mais toA es l'espoir de ma race ! Je le mitonne une 4li tiène extrêmement distinguée !

EDOUARD

Par sa figura?

CHESTER

Non, par ses a'i'eux !.. Elle a des aieux de toi beauté !

EDOUARD

Merci, mon oncle!... mais si je prends u femme, je tiendrai à la choisir moi-même !

CHESTER

Rien ne t'empêche de choisir celle-là !

EDOUARD

Si fait!.. J'ai d'autres idées!

CHESTER

Exprime-les î

EDOUARD

C'est inutile.

Je les connais! je les sais par cœur!.. Ta fasciné par ta cousine.

EDOUARD

Eh bien ! quand cela serait ?

CHESTER

Goddam!.. mais je n'hésiterais pas à réprin cette tendance par les moyens les plus... Prenc y garde... vois-tu ! j

EDOUARD

Bah ! le vérilablo amour triomphe de tous

obstacles?

CHESTER. •,

Et les Grandes Indes!... Triomphe donc ( Grandes Indes!... Je 1' y enverrai, mon ami... r y enverrai!

EDOUARD

J'en serai quille pour la suivre!

CHESTER

Petit rebelle!... voilà donc le fruit de mes bif laits!... Moi, qui t'ai élevé comme un prince' qui t'ai donné un précepteur pour te formçç 1|« prit et le c(eur. .. à domicile!

EDOUARD. f

Mon précepteur est un une , qui se moqi^ vous et de moi !

CHESTER

C'est faux !.. Il est vrai que c'est un Français mais un Français grave!... un sage, un aca4^ cien !

EDOUARD

Lui, académicien!... Mercadel?

CHESTER

II m'a dit qu'il était de 1 académie de Pontoiie et je le croirais assez à la manière dont il le mo Ire sa langue.

EDOUARD

Laissez donc, c'est un farceur!

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