‹ Pièces de théâtreChapitre 904 sur 1093 · CHESTER, MERCADET · texte numérisé non relu

CHESTER, MERCADET

MERCADET. Usant en marchant.

« En revenant à Montmorency, la grosse Aglaé

se pavanait sur son âne, lorsque l'animal, sen- « tant l'écurie, se mit à prendre le galop... L'é-

cuyère perdit l'équilibre et alla rouler sur le ga- « zon , dans un désordre tellement pittoresque... » {S' interrompant.) Ah! ah! ah! j'aurais voulu voir cette culbute ! Hi ! hi! hi !... CHESTER, riant.

lïilhi! hiM

MERCADET, Vapefcùvaut.

Oh! le papa Chester!... {Il cache son livre.)

CHESTER

Il parait, mon cher Mercadet, que votre lecture est désopilante?

MERCADET

C'est un livre d'histoire que je me propose de faire étudier à mon élève !

CHESTER

Une histoire qui vous faisait pouffer?

MERCADET

C'est qu'il y est question d'âne de Montmo* rency.

CHESTER

Ah oui!... une princesse?

Justement!... En Angleterre, vous avez Anne de Boulen, et en France nous avons Anne de Montmorency!

CHESTER

Ça doit ôtre fort gai!... et je désire que mon newu participe à celle réjouissance... L'avezvous vu ce malin ?

MERCADET

Pas encore !

CHESTER

Il s'est enfermé dans son pavillon pour travailler !

MERCADET

Il étudie les conjugaisons!... Ce jeune homme sera un jour l'honneur de l'Angleterre !

CHESTER

Je ne vous cache pas qu'il m'inquiète beaucoup.

MERCADET

Sous quel point de vue?

CHESTER

Avez -VOUS remarqué que, depuis quelque temps, il était un peu?...

MERCADET

Je ne vous l'ai pas dit; mais je me suis aperçu tout de suite qu'il était un peu...

Et vous en avez conclu ?

MERCADET

Dame! j'ai pensé qu'avec de la tisane!...

CHESTER

De la tisane parce qu'il est amoureux?

MERCADET

Amoureux ?

MERCADET

De sa cousine!... Vous ne le saviez pas?

MERCADET

Je ne le croyais qu'enrhumé! {Dans ce moment Edouard sort doucement du pavillon et se sauve par le fond.)

CHESTER

Amoureux, mon cher, et d'une force qui mé fait frémir!

L'ACADÉMICIEN DE POMOISE,

MEnC.\T)ET.

Au fait, sa cousine est fort piquante!... Jeune, gracieuse, ingénue...

CBESTER.

Mercadet...cet amour me déplaît... il me vexe. •• il me contrecarre:... Mais mon neveu se rit de mes réprimandes, et je me suis dit, dans mon gros bon sens : il n'y a que Mercadet qui puisse éliminer de son cœur cette folle inclination !

MERCADET

Nous rélimineronsî... Je vous promets de Textirper jusqu'à la racine !

CHESTER

Vous aurez du mal !... Le gaillard a les passions vivaces !

MERCADET

Vous ai-je développé quelquefois mes théories politiques et religieuses?

CHESTEU.

Jamais !

MERCADET

Si je vous les eusse développées, vous sauriez que rien ne m'est plus facile que d'opérer ce défrichement.

CnESTER.

0 Mercadet! vous ravivez ma confiance, et si vous réussissez... quel dommage qu'un philosophe comme vous méprise la fortune !

MERCADET

Je la méprise, c'est vrai!., mais je n'attends qu'une occasion pour lui rendre mon estime.

CIIESTER.

Eh bien! je double vos appointements, les guinées, les bank-noles, les livres sterling!., vous roulerez là-dessus!..

Généreux Anglais, je n'ai rien à vous refuser!...

Air: Vn somfjre désespoir me mine (Mari fidèle. Gymnase.)

Cette passion que j'observe Me ferait obstacle plus tard ; 11 faut l'attaquer sans réserve.

MKKCADET.

Soyez tranquille à cet égard !

Si d'abord je n'ai pas la chance De l'extirper et d'eu finir, Je suis sur, par mon éloquence.

De pouvoir gu moins l'endormir.

CIIESTER, parlé.

Je m'en rapporte a vous.

ENSEMBLE

Je vais l'attaquer sans réserve , Soyez tranquille a cet égard.

CUESTER.

Cette passion, que j'observe.

Me ferait obstacle plus tard ; 11 faut l'attaquer sans réserve.

N'ayez, mon cher, aucun égard.

{Chester sort.)

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