CHESTER, MERCADET
MERCADET. Usant en marchant.
« En revenant à Montmorency, la grosse Aglaé
se pavanait sur son âne, lorsque l'animal, sen- « tant l'écurie, se mit à prendre le galop... L'é-
cuyère perdit l'équilibre et alla rouler sur le ga- « zon , dans un désordre tellement pittoresque... » {S' interrompant.) Ah! ah! ah! j'aurais voulu voir cette culbute ! Hi ! hi! hi !... CHESTER, riant.
lïilhi! hiM
MERCADET, Vapefcùvaut.
Oh! le papa Chester!... {Il cache son livre.)
CHESTER
Il parait, mon cher Mercadet, que votre lecture est désopilante?
MERCADET
C'est un livre d'histoire que je me propose de faire étudier à mon élève !
CHESTER
Une histoire qui vous faisait pouffer?
MERCADET
C'est qu'il y est question d'âne de Montmo* rency.
CHESTER
Ah oui!... une princesse?
Justement!... En Angleterre, vous avez Anne de Boulen, et en France nous avons Anne de Montmorency!
CHESTER
Ça doit ôtre fort gai!... et je désire que mon newu participe à celle réjouissance... L'avezvous vu ce malin ?
MERCADET
Pas encore !
CHESTER
Il s'est enfermé dans son pavillon pour travailler !
MERCADET
Il étudie les conjugaisons!... Ce jeune homme sera un jour l'honneur de l'Angleterre !
CHESTER
Je ne vous cache pas qu'il m'inquiète beaucoup.
MERCADET
Sous quel point de vue?
CHESTER
Avez -VOUS remarqué que, depuis quelque temps, il était un peu?...
MERCADET
Je ne vous l'ai pas dit; mais je me suis aperçu tout de suite qu'il était un peu...
Et vous en avez conclu ?
MERCADET
Dame! j'ai pensé qu'avec de la tisane!...
CHESTER
De la tisane parce qu'il est amoureux?
MERCADET
Amoureux ?
MERCADET
De sa cousine!... Vous ne le saviez pas?
MERCADET
Je ne le croyais qu'enrhumé! {Dans ce moment Edouard sort doucement du pavillon et se sauve par le fond.)
CHESTER
Amoureux, mon cher, et d'une force qui mé fait frémir!
L'ACADÉMICIEN DE POMOISE,
MEnC.\T)ET.
Au fait, sa cousine est fort piquante!... Jeune, gracieuse, ingénue...
CBESTER.
Mercadet...cet amour me déplaît... il me vexe. •• il me contrecarre:... Mais mon neveu se rit de mes réprimandes, et je me suis dit, dans mon gros bon sens : il n'y a que Mercadet qui puisse éliminer de son cœur cette folle inclination !
MERCADET
Nous rélimineronsî... Je vous promets de Textirper jusqu'à la racine !
CHESTER
Vous aurez du mal !... Le gaillard a les passions vivaces !
MERCADET
Vous ai-je développé quelquefois mes théories politiques et religieuses?
CHESTEU.
Jamais !
MERCADET
Si je vous les eusse développées, vous sauriez que rien ne m'est plus facile que d'opérer ce défrichement.
CnESTER.
0 Mercadet! vous ravivez ma confiance, et si vous réussissez... quel dommage qu'un philosophe comme vous méprise la fortune !
MERCADET
Je la méprise, c'est vrai!., mais je n'attends qu'une occasion pour lui rendre mon estime.
CIIESTER.
Eh bien! je double vos appointements, les guinées, les bank-noles, les livres sterling!., vous roulerez là-dessus!..
Généreux Anglais, je n'ai rien à vous refuser!...
Air: Vn somfjre désespoir me mine (Mari fidèle. Gymnase.)
Cette passion que j'observe Me ferait obstacle plus tard ; 11 faut l'attaquer sans réserve.
MKKCADET.
Soyez tranquille à cet égard !
Si d'abord je n'ai pas la chance De l'extirper et d'eu finir, Je suis sur, par mon éloquence.
De pouvoir gu moins l'endormir.
CIIESTER, parlé.
Je m'en rapporte a vous.
ENSEMBLE
Je vais l'attaquer sans réserve , Soyez tranquille a cet égard.
CUESTER.
Cette passion, que j'observe.
Me ferait obstacle plus tard ; 11 faut l'attaquer sans réserve.
N'ayez, mon cher, aucun égard.
{Chester sort.)