‹ Pièces de théâtreChapitre 943 sur 1093 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

M"* DE NOCE, LE CHEVALIER DE MATI- GNON, plusieurs DAME3.

m"* de noce, aux dames qui l'entourent. Mon Dieu , mesdames , est-ce que la présentation ne finit pas?.. Voyezdonc... (Tout le monde fait un mouvement vers le fond ; elle se rapproche brusquement du bord de la scène, et lit un billet qu'elle tenait caché. « Vous êtes trop belle , Césanne , pour être ainsi jalouse : Diane de Noailles est ma cousine , et ce titre autorise certaines privautés, qui vous ont alarmée... l'amitié seule me rapprochait d'elle, tandis que vous... MATIGNON , entre en riant. * Ah! ah ! ah !.. la singulière chose !.. m"' de nogé, cachant sa lettre.

Ah!., c'est lui!

MATIGNON, s'éventant Quelle chaleur!., quelle cohue!.. Toute la eour est là... n faut se réfugier ici , chez madame de NoaUl&s , dans les appartemens de la Duchesse

• Ualiguon , M"' de Noc*.

NoT». Les panoiinages sont iiiicrilsen tête de chaque eccne comme lit djiventl'étre lu tliéâtre, le premier ti'iit la gaucliu du tiicclulvur. Le« cbiiigemeiit s««( iudiqtiés par des ootci.

"^ de Bourgogne, pour respirer un peu... (Saluant.) Mesdames... Ah! mademoiselle de Noce...

m"* de NOCÉ , lui faisant un signe qui le retient. Vous sortez de chez le roi, M. le Chevalier... Qu'y fait-on ?

MATIGNON

On y étouffe... voilà ce qu'il y a de plus clair.

m"» de kocé.

Mais la cérémonie ?

MATIGNON

Magnifique.

m"* de NOCÉ.

La présentation ?

MATIGNON

Très drôle, ma parole d'honneur!.. Oh! moi, je m'y attendais... Ce matin, j'étais à Paris, h Saint-Roch , où ce mariage a été célébré ; et quand les jeunes éponx sont partis pour Versailles , où la Duchesse de Noailles , votre sévère gouvernante, devait les présenter au roi... Je n'y ai pas tenu... j'ai voulu être ici, pour jouir de l'effet

m"* de NOCÉ , avec un dépit , qu'elle cherche à déguiser.

C'est tout simple... vous avez voulu assist t^ triomphe de votre jolie cousine, M"* D'

^onilIo<!, h ior encore filli' «l'iiomiour, comme i.oiis, lie M"' la Durlicssc de l5<!iirgogne , et iuijouiii"liiii , si licrc sans doute de son nouveau liiie... Duchesse de Fionsac!

MATIGNON

Vous pourriez dire : Duchesse de Richelieu... Car le vieiLX Duc a obtenu de Louis XIV que son fils prendrait ce nom tiis à présent. m"'i:)E Noci-.

raison déplus, pour que la nouvelle Duchesse fûllGiilelicre.

MATIGNON

11 n'y avait pas de quoi, je vous assure... A peine si on la remai'quait... Les regards étaient ailleurs.

m'-* denocé.

Sur le roi?

îilieux que ça.

MATIGNON

M'" DE NOCK.

Snr madame de l\Iaintenon?

MATIGNOiX

Jlieux que ça.

m"* DE NOCE.

Mais, enfin?..

MATIGNON, riant.

Sur le marié !.. Figurez- vous... ah î ah ! ah !.. fiçiiirez-vous un pmit bonhomme, haut comme mon cpée, perché bravement sur ses talons rouges, ots'avanrant sous les regards du grand joi,avec rinliépidilé d'un vieux courtisan... lui, un colosse de quinze ans!.. Mais, ce n'est pas ioiit...*'^yous savez que le Duc de Chartres et quelques jeunes seigneurs ont adopté, depuis peu , la manie extravagante de poudrer à blanc jeuj' chevelui'e... mode bizarre, qui ne prendra 'jamais... Eh bien! Fdchelieu s'est mis au rang des novateurs !.. ce qui lui donne un ridicule de plus*.., «Aussi, il fallait entendre les quoli!)eis yjui commençaient à circuler, au milieu des chuchottemensetdes rires étoufl'és. — Kh! mais, disait M"' de Villars, voilà un mari qui sort de nourrice!— rai'bleu!lui répliquait Gontaut, la vieille Duchesse de Noailles est dans son emploi: elle 4'iait gouvernante des jeunes filles... elle va prendre les petits garçons en sevrage — Certai- -nenient, ajoutait gravement M""* de Mouchy , ! avec ce mari-là. M"* de Noailles conscrverason ! liirededlled'honncur... (Riant.) Je.lecroisbien... | il pari après la présentation , avec son gouvcr- ] iiour... (A part.) Bon voyage!.. j

m"* de nocé.

Et votre pauvre cousine...

MATIGNON

On voyait bien qu'elle était confuse , humilier; do tenir la main de ce bambin... Loistiuc le roi adressa la parole an polit Duc...

m'" de noce.

Ouil.aissa les yeux, comme lui écolier, et mordit ses manchettes?,.

MATIGNON

Ah ! bien , oui !.. Le petit faquin releva latiMo, *e rampa snr la hanche, et je crois. Dieu n'c pardcmne, qu'il allait réponfire à Louis MV... r>'y,\:\t\ Viîiars et moi, pris toril-à-ronp d'un li.nrire cl ellraycs d'un regard de M»* de Maintenoii,

Cf f'ftr «frt «urptini* , •■ lacliic , f.lâtrft <lti rî'r it l\icl'rlitu.

LF.S PHEMIÉnES AHMES DF niCllELIKU.

nous avons cherché notre salut dani la fuite!.. m"" de N(^Ê.

Et pourquoi donc cela?.. Le petit Duc est fort bien... vif et badin.

MATIGNON

Vous le connaissez?..

m"^ de nocé.

Je l'ai vu qnelquefois... quand j'accompagnaiî 1\I°" de Bourgogne à la promenade.

MATIGNON

Eh bien !..vouschangerezd'avistoutti l'heure... Car , en sortant de chez le roi , il va venir par ici, pour être présenté à M"* la Duchesse de Bour« gogne,.. (Riant.) C'est le jour des présentations J)uilcsques... N'est-ce pas ce matin que le Baron de Belle-Chasse intro;iuil sa femme à la Cour?.. Une ti-dcvai;t marchande , M"* Patin , qu'il a épousée pour ses écus, comme elle dit... C'est la iroisième bourgillonne qui vient se décrasser ici , depuis un mois.

AiB : T)i.- saminciller cncor , ma chère.

Ces marcliandcs . laides ou belles, De salin , vcionrset rubans , In nous fournissant des dentelles , Foni leur fortune à nos dépens :

l'uis, celle à qui vient la richesse, Tandis que la nôtre s'en va, Ayant gagné l'argent de la noblesse, • Achète un noble avec cet argent-là.

(S'approrliaiit de SI"' dp Nocé , qui est restée rêicuse à droite, r| lui parlant bas, pendaitl que les autres dames sVloiçiicnC au fond.)

Eh mais! Césarinc, vous ne riez pas!., u quoi pensez- vous donc ?

m"' de nocé.

A votre nouveau cousin, à ce petit Duc de F.ichelieu.

MATIGNON

Comment cela?

m"' de nocé.

Oui, Chevalier... je ne vous le cache pas... j'espérais qu'il saurait défendre son bien... et que le mariage de M"* de Noailles mettrait un terme à de certaines prétentions... (Mmurant le billet qu'elle lisait.) que VOUS nicz en vain... Mais vous avez raison, c'est un enfant dont il n'y a rien à craindre...

MATIGNON, à part- Elle devine tout !

m'" de Nor.É.

Dont sa femme rougit déji»...

MATIGNON, a part.

C'est sur quoi j'ai c«)mpte.

m'" de nocé.

Vous on ferez vqtre jouet...

MA-UiGNON, à pa:i.

Je n'y manquer?i pas.

kl" DE NOCE.

Bientôt, les moyens les plus (îirecLs...

MATIGNON, à pari.

Ce sont les niciilcurs.

m"* de Nor.É.

Feut-être une lettre, comme à moi...

MATIGNON, .'i part, niaiss'oubliant.

C'est déjà fait !

m"' de nocé.

Vous dites?..

MATIGNON

. Que vo'ji; r.v"2 tort <!'.-:ie ialnuse, que \ê

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