NADÈJE , TRIM
NADËJB , à pari, ayant l'air occupé des robes. Il reste t
TRIM, se grattant l'oreille.
Ce n'est pas le tout... il faut encore... Ah ! bien ouil
NADÈJE, « part.
Mon Dieu! le cœur me bat... je ne voudrais pas lui parler la première.
TRI.M
Si elle pouvait m'adresser la parole, ça m'irait... J'ai le gosier sec comme une cartouclie
Il tousse.
NADËJE, se retouruani.
Ah! quelqu'un I... vous m'avez fait peur!
TRi.tl, diconicuanci.
Pardon, mamieUe; ce n'était pas mon inten-
tion... je... je... j'ai bien l'honneur de vous saluer !
Il s'en va.
NADÈJE, à part.
Ah! mon Dieu ! ( D'une voix tremblante. ) Monsieur Trim...
TRIM
Mademoiselle...
NADÈJE , l'examinant.
Il me semblait que vous aviez quelque chose h me dire.
TRIM
Oui, mamselle, je... {A part.) Du courage!... (Haut.) C'est-à-dire... c'est que je"n'ai pas l'ha bitude...
HADÈJB.
Approchez, ne craignez rien... oh ! je vous con nais...
TRIM
Vous êtes bien bonne, mamselle.
NADÈJE
J'ai entendu les officiers parler de vous à la table de mon père... je sais que vous êtes un brave garçon.
TRIM
Vous êtes bien bonne, mamselle. (A pan ) Voilà le cœur qui revient.
NADÈJE
Vous demeurez ici ?
TRIM , roulant son bonnet dans ses mains. Non, mamselle, je viens comme ça ranger chez mon lieutenant. . M. Louis... c'est M. Louis. NADÈJE , l'interrompant.
Comment, monsieur Trim... vous êtes son domestique... vous ! un soldat...
TRIM
Moi, mamselle ! son domest... Oh ! non... il ne le voudrait pas .. Moi, ça m'amuse; mais lui se fâcherait... je lui rends comme ça des petits .services d'amitié... parce que nous avons été élevés ensemble... mais gratis, gratis. {A part. ) Comme elle me regarde donc !
NADÈJE
A la bonne heure, monsieur vous... vous a|ipelez...
TRIM
Trim.
NADÈJE, avec hésitation.
Et pas d'autre nom?...
TRIM
Dam I je n'ai pas été le maître de choisir... c'est les anciens qui me l'ont donné... Trim, j'en aurais autant aimé un plus long... ça m'aurait grandi un peu... Napoléon, par exemple! fameux, celui-là... ou bien encore Louis... C'est un joli nom ça, mamselle, Louis! .l'en connais un.
NADÈJE
Mais il me semblait qu'on vous appelait quelquefois autrement.
TRIM , (I part.
Elle n'a pas saisi le mut d'ordre.
MAGASIN THEATRAL
NADfeJB.
Un nom de famille.
XRIM.
Je n'en ai pas, mamselle.
NADËJB, avec plus d'inlérlt.
\Ji! pas de famille t
TRIM
Enfant de troupe..- comme ce pauvre Louis... mais lui...
NADfeJK, continuant.
Cependant vous aviez une mère...
TBIM.
Dam : à ce que disaient les anciens... mais je ne l'ai jamais ni vue niconnue. [S'atieudrissant peu à peu. ] Parce qu'il parait que j'ai été abandonné... tout petit... Et quand j'ai été assez grand pour demander.. . Où est donc ma mère?... les anciens n'étaient plus là pour me répondre... Et puis elle... sans s'inquiéter de moi... elle m'avait laissé la avec le régiment... elle m'avait renié... elle se sera dit : Qu'il vive, qu'il meure, ça m'est bien égal... elle aurait peut-être autant aimé me voir... me voir comme les vieux... mais les bombes, ça passait par-dessus ma tête... je n'avais pas la taille. ..Et voilà, mamselle... [s'efforçant de rire) voila pourquoi je m'appelle Trim tout court... (Essuyant une larme, à pari.) Oh c'est bête!
NADËJE, émue.
Mais, monsieur Trim, il m'avait semblé vous avoir entendu nommer... le Brabançon...
TRIH.
Ah ! oui.
NADÈJE, vivement. C'est vous !...
TRIM
Toujours idem... à cause de ma mère, à ce que disaient encore les anciens... on l'appelait la Brabançonne, parce que c'était une Flamande. NADÈJK, se rapprochant.
Ah! vous voyez bien... Et personne n'a jamais veillé sur vous ?
TRIM
Personne... Ah! si fait... le père de Louis, un brave homme, parce que Louis, voyez-vous, mon lieutenant.,.
NADËJE.
Et pas d'autre?...
TRIM, à part.
Allons! elle ne veut pas emboiter le pas.
NADÈJE
Pas une femme qui ait pensé à vous, qui vous ait parlé?... vous ne vous rappelez pasT...
TRIM
Oh! si, une fois... il y a long-temps. J'étais a Paris, a IKcolc Militaire, pasioin des Invalides, ce qui fait qu'entre les \ icux et les jeunes, il n'y a que la main... même que c'est elle, une belle dame, qui m'a empêché d'être tapin... (Moiuement de iyad<Ujc.) Mon Dieu, oui, j'étais pour paucr tapin ; le père Flamberge, le major, qui
n'était encore que tambour-mattre, voulait m'enrôler dans les tambours, parce qu'il prétendait que j'avais du goût pour la musique... et puis, l'espoir de monter un jour tambour-major, ça me bottait assez : on est en tête du régiment, on se carre, on se dandine, on fait de l'embarras, on est le maréchal de France des tambours! On est bien enfant, quand on est jeune!
MADÈJB,
Et ce fut celle dame, dites-vous, une grande dame...
TRIM
En personne. Elle était dans un fiacre superbe qui s'est arrêté à la grille. On me fit monter dans le carrosse; il me semble queje m'y vois encore , sur de beaux coussins... Elle a levé son voile pour m'embrasser, et sa petite dlle aussi, un amour de petite fille, qui me regardait avec de grands yeux, en jouant avec le gland de mon bonnet de police.
NADÈJE
Vous la reconnaîtriez?
TRIM
La grande dame! [Mouvement de Nadéje ^Ahl toul desuite. «Mon enfant, qu'elle m'a dit...» elle m'a appelé son enfant... «mon enfant, laisse là le tambour, sois soldat... conduis-toi bien, et on t'avancera, on fera de toi un bon officier.» C'est possible, ça viendra peut-être, on me poussera; en attendant, voilà dix-huit ans que je sers, et je ne suis encore qu'officier de guérite 1 NADÈJE, à part, émue.
Oh! mon Dieu! [Haut.) Et enfin, celte dame?
TRIM
Après deux tours de boulevard, toujours en carrosse, elle m'a embrassé encore, et la petite fille aussi... avec ses petites mains; elle ne voulait pas lâcher mon bonnet de police. Le fiacre s'est arrêté à la grille et je suis descendu... et deux jours après, mon capitaine, un vieuxqui estallé prendre son billet de logement la-haut, me dit : «Trim, tu as trois cents livres de rentes!» Ça m'a fait plaisir.
NADÈJB.
Ah ! vous voyez bien, elle avait tenu parole.
TRIM
Elle. . oh! oui, je le crois, c'était elle... aussi je ne l'ai jamais oubliée, ses traits ne sont pas sortis de ma mémoire ; ils sont là ; je crois la voir encore, je la vois .. et pourtant, elle n'est pas revenue, et la pension... depuis trois ans finie, disparue... ce qui ne m'empêche p.is de songer à elle souvent, bien souvent... et toutes les fois que j'y pense, je lui souhaite tous les biens, tous Ici bonheurs qu'elle mérite.
NADfcJK, 'iiff cntraiuement.
C'cU d'un brave garçon, d'un bon fils...
IRIM.
Mamselle, mamselle, ce que vous me dites là, je l'ai pensé quelquefois... Ma mère...
i>(Ai>ËJE, se reprenant.
Oh! je suppose... car enfin, quelle autre qu'une mère...
LES ENFANS DE TROUPE
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Une mère... une famille... oh! j'en mourrais... Mais non, je ne suis pas heureux, moi\ (Repre- , tiani sa fjaieie.) Allons donc! si fait! qu'est-ce , que je dis là? Je suis très heureux, il ne me nian- ' que rien... oh! si, pourtant.
NADËJE, vivement. \
Quoi donc? que vous manque-t-il?
TRIMt.
Ce qui me manque, mamselle, c'est de voir M. Louis, mon lieutenant, heureux aussi.
NADÈJE
Ah! ce jeune officier que j'ai vu quelquefois chez mon père.
TRIM, à part.
Elle a répondu à l'appel... bon 1 (Haut.) Un brave et honnête garçon , mais qui ne voudrait plus l'être... garçon. [A part.) Elle baisse les yeux, bon! {Haut.) Il est triste, il souffre... il aime quelqu'un sans rien dire... {Aj>art.) Ferme, coup sur coup! feu de (île!
NADÈJK.
Vous vous intéressez donc beaucoup à ce jeune homme ?
TRIM
Moi! oh! oui... je lui dois tout!... c'est pour moi un ami, un frère!
MADKje. avec intérêt.
Bien, monsieur Trim, bien !
TRIM, à part.
Feu de peloton ! Elle a dit : Bien! bon ! (Haut.) Oui, mademoiselle, il est malheureux, parce qu'il aime quelqu'un qui se marie.
TEIM.
Air : Le Voile de l'indifférence.
Il perd la télé, il n'aime qu'elle^ ti meurt d''amour... sans savoir là S't4 est aimé... c'est trist\ mamselle,.-.
NADÈGE-
A qui la faute ?. ,.