LV. CrfSlMIS ET LA GRISETTE
ROBINCAU. Je ne vois pas li cavorne dans iniil ça.
FIFIXE. Atlends donc : alors l'Espa^ïiiol, qui étail allé dans la ralcstiiie ]ioi'cc (jii'd avaic ses raisons, revient loul-à-coiii) par une galerie souterraine, armé de pieil en cap, dont il connaît les détours ; tu jn.o,es de la surprise : il empoisonne sa temme qui avait eu plusieurs amans , avec de mauvais champignons , et se fiisant reconnaître de la princesse en levant sa visière , qui est sa fille, lui fait épouser le Sf|uelette. HeinI c'est joliment iiU' , et moi : ce qui me plaît là-dedans, c'est qu'on y vante particulièrement les douceurs du mariaîje.
liOBl\EAU. Aïel ne me tire donc pas les cheveux.
FlFiMi. En parlant de ça, il faudra pourtant en finir nous deux... D'abord, je suis dans une fausse position, moi... les mauvaises langues jasent sur mon coiupte ; et puis, c'est si gentil , l'iiyménée , c'est le vrai bonheur 1
ROBIXCAU. Aie ! tu me fais mal avec ton vrai bonheur I
FiFi\K. Ahl ces hommes, ça ne comprend pas le sentiment I au lieu de te mettre des papillotes , je devrais t'arracher les cheveux les uns après les autres.
ROBi.\EAU. Fifine, je t'assure que l'année prochaine on ne se mariera plus... on va proposer là-deâsus une loi aux pairs... Dis donc, et le fer, je parie qu'il est rouge.
FlFliVE. Je vais le cherciier, ne bougez pas.
(Elle sort.)
ROBiNEAU. Elle prend bien son temps pour me parler de l'épouser ; et ma riche comtesse donc I j'ai peur de ne pas trouver au bal le temps de lui déclarer tous mes feux... Elle ne sera peut-èlre pas seule chez elle ; si je lui écrivais !.. ah I la bonne idée , c'est ça. . un poulet , je le lui glisserai dans ua galop. ( I! on rni/cà une tahh'.) Et puis moi j'ai un style brûlant, c'est du Jean-Jacqui s îout pur... hum, c'est ça... ( // écr:t. ) Com;ae les idées coulent de source'... « Et ce soir, au bal , il vous en » dira plus !.. . »
( Fifliie laisse lonibi-r son fer dans la coulisse.)
FJFIM: , eiiliikiil avec ie.Jer. Allons, vile I il n'est pas trop chaud.
ROBI\EAU, emfiurmsc , i:ache sa lettre commencée dans lu cmafe île la ha^uiroise. Ah! Uieu! déjàl.. (llaut.jTon fer m'a l'air rouge, chère amie, prends bien garde de me brûler, je t'en prie.
FIFI.\E. Soyez tranquille!... C'est un agneau quand il a peur.
ROBINEAU. Fiûue, tu me fais enrager...
c'est égal , si je devenais riche comme Alfred ..
FiFî\E. Ah ' nous verrions de belles choses, Il est-ce pas?
K031m:\l. Je t'achèterais un superbe magasin de moles, je te louerai une jolie maison de campagne.
FIFINE. Tu y mettrais des lapins, cntends-tu , parce que j'aime beaucoup la gibelotte.
RaBi.\E\U. On y mettra ce qu'il faudra. Oii ! lu m'aimerais bien mieux, si j'étais millionnaire.
FiFi\E. Pourijuoi ? tu n'en aurais pas les yeux plus grands.
nOBîNEAU. Méchante I ils le sont assez pour vous admirer.
IIFIXE. Vous êtes coiffé, monsieur, mais je n'en peux })lus, moi ; c'est fatigant de vous faire beau... j'aurais bien besoin de me rafraîchir. Voyons donc s'il y a encore du chocolat.
rObixe vu , se le^'jrit iuoemrnt pour l'emjiêi her dt- prendre la carafe. A part. Ah ! mon Dieul et ma lettre... ( Haut. ) INon, non, Fifine, il n'y a plus rien, j'ai tout bu; laissez donc cela.
FiFiXE. Eli ben! qu'est-ce qu'il a donc? quelle précipitation I
BOBiNEAU. Vous allez casser cette carafe.
FIFIXE. Que vois-je. un papier dedans!
ahl ceci n'est pas clair : est-ce que c'est votre boîte à lettres, ça?
(Klle prend le papier.)
ROBIXEAU. Fifine, ce n'est rien du tout; laissez donc , c'est vni vaudeville que j'ai commencé.
FIFIXE. .Ah ! vous faites des vaudevilles? je veux les lire , moi. {Elle Ut. ) « Croyez, » ma aine la cointe.'îSe , à l'ardetir de ma » flamme. »
R0i5ixi:AU. C'est le jeune premier qui dit cela...
FIFINE, lisant. « Robineau n'a pas été » insensible à vos charmes... il désire for- » mer un nœud solid;', et ce soir au bal, » il vous en dua plus... »
BOBINE \l', vlaut s.^s papil'oiles , à fiarl. Si je pouvais (iler. ..
FIFINE. Ah! monstie I scélérat! infcàme!
ROitlXExu. Filiiie, je vous prie de ménager vos expressions...
FiFiXE. C'est pour cela qu'il disait tant de mal du maiiage .. Eh bien 1 je veux que tu m épouses tout de suite.
ROBi NE Ml. Vous allez commencerpar me rendre ma clei.
FiFiNE. Pour la donner à voli'e comtesse^ n'est-ce pas T
LE MAGASIPÇ THEAXitAI..
ROBiiVEAU. Pourquoi pas, si ça me fait plaisir?
FiFL\E. Tenez, la voilà , votre clef...
(Elle la luiji'tlc dans les jriini)cs.)
ROBl.\î:ALi, rsquhniit le Coup. 3Icrci .'... lîuni ! qiiMle esi douce I
FIFINE, /j/f un/lit rts'assc, ^;///. Goinment, monsieur-, vous voulez nie quitter pour luie comtesse?... vous en aimez une auire ?
ROBliVE.\u. Fifme, que voulez-vous, les circonstances.., il y va de ma fortune, de mon avenir, vous concevez que je ne puis pas refuser un si beau parti.
FlFl\E. Ahl cestatVicux, j'en mourrai...
j'en aurai un éi ysipèle.
ROBINEAU. Diable ' mais c'est qu'elle commence à m'attendrir; il est temps que le sapin arrive...