SCENE Xll
CHEVILLARl).
Je sais où elle est, la salle à manger... Je sais mieux que toi où elle est, la salle à manger... (Il sort par la deuxième porte.)
oc ocoo ooooococoooooooooooooooooooooooooooosooooooo
iiCÈmi XI.
ANTOINETTE, puis CIIAUDOREILLE.*
ANTOINETTE
Il me fait peur, cet homme-là!... et personne ne rentre... Ahl voici monsieur...
CHAUDOREILLE.
Antoinette, on a dû apporter un paquet?...
ANTOINETTE
Oui, monsieur... le v'ià... Dites donc, monsieur, est-ce que vous attendiez quelqu'un ?
CIIAUDOREILLE.
Personne!... Pourquoi m'adresses-tu cette interrogation ?
ANTOINETTE
C'est qu'il est venu une personne I
CHAUDOREILLE.
Une dame !...
ANTOINETTE
Non... un monsieur.
Quel est ce monsieur ?
ANTOINETTE
Un petit brun, qui est entré sans frapper... qui a la clé de la porte.
CHAUDOREILLE.
La clél...
ANTOINETTE
Et qui m'a demandé ù déjeûner...
CHAUDOREILLE.
Il avait faim !... c'est un voleur !...
ANTOINETTE
Ob! je crois que non... Il n'est pas mal mis —
CHAUDOREILLE.
Aujourd'hui, les scélérats se mettent fort bien !
ANTOINETTE
Il m'a dit qu'il voulait parler à madame.
CIIAUDOREILLE.
Et tu l'as mis dehors?...
ANTOINETTE
Ma foi, non... J'ai cru que c'était un de vos parens, et il est là qui déjeune.
CHAUDOREILLE.
Tu le laisses seul avec l'argenterie!...
Tiens! c'est vrai!... Vous m'elTiayez!...
(Etie va pour sortir.)
' AnloiiiclLC, Cliaudorcilli'.
RUE DE LA LUNE
OOOOC'OOOOOOOOOOOOCSOOOOOOO&COOOOOCOCOCOOOCOOSOOOOCOO
SCÉiNE Xif.
Les mêmes , CHEVILLARD. *
CHEVILLARD, à la porte de la salle à manger. Eh bien! la bonne... et du vin? Tu me prends donc pour un canard?...
CIIAUDOREILLE , à part.
Et ma robe de chambre!... il n'est pas généi CHEVILLARD, voyant Chaudoreille, et allant ù lui. Ah ! monsieur désire quelque chose?... Laisseznous, la bonne ! *
CHAUDOREILLE.
Non ! non ! elle n'est pas de trop !
CHEVILLARD
Si faill... va-t-en !... je déjeunerai plus lard.
CHAUDOREILLE, ù part.
Il la renvoie I...
ANTOINETTE , à part.
Ma foi! qu'ils s'expliquent!... (Elle sort.) CHEVILLARD.
Monsieur, donnez-vous donc la peine de vous asseoir...
(Il lui offre lui siège, en prend un et s'asseoit.) CHAUDOREILLE, s'asseyaut , et à part.
Il m'amuserait beaucoup si j'avais moins peur!
CHEVILLARD, à part.
Serait-ce un de mes créanciers qui aurait appris mon retour?
CHAUDOREILLE.
Monsieur...
CHEVILLARD
Monsieur...
CHAUDOREILLE, brusquement.
Monsieur!... (A part.) Non, ne le brusquons pas...
CHEVILLARD
Franchement, monsieur, est-ce qu'en venant ici, vous comptiez m'y trouver ?
CHAUDOREILLE.
Non, non... Je vous avoue que je ne m'attendais pas...
CHEVILLARD
C'est ce que je me disais... Arrivé de ce malin, personne ne peut encore savoir...
CIIAUDOREILLE.
Monsieur vient de voyager ?
CHEVILLARD
Oui, monsieur, j'ai fait un tour en Afrique. CHAUDOREILLE.
C'est fort curieux l'Afrique !... Je suis sur qu'on voit là-bas des choses (lu'on ne verrait i)as à Paris même en payant.
* Clieviilurd, Aiiloiiicllp, Chaudoreille.
* Anloiiiellc, Clieviilurd, Chaudoreille.
RUE DE LA LUNE
CHEAIILARD,
Mais oui !... Quand ce ne sérail que l'Atlas!... J'ai \u l'Atlas!
CHAIIDOREILLE.
Oli! je connais l'Atlas... J'en ai un dans mon cabinet... relié en maroquin.
CHF.VILLARD.
Celui que j'ai vu ne ressemble en rien à ceux qui sont reliés.
CHACDOREILLE.
Je le crois, monsieur, la ressemblance esl une eliosc si difficile à attraper... (Un silence.)
cnEViLLARD, se l(»vant.
Monsieur, votre conversation esl pleine de charme, mais je craindrais de vous retenir plus long-lemps.
(Il emporte à droite le siège <lc Chaudoreille, qui s'est levé ; celui-ci place la cliaisc de Chevillard à gauche, aprùs toutefois qu'ils se sont salués comme pour se dire adieu. Ils s'asseyent, et prennent sur la table, devant laquelle ils sont, l'un un journal, l'autre un li\rc; ils se tournent le dos. Après un silence ils se retournent, et, s'apcrcevant, ils se lèvent spontanément.) *
TOUS DEUX. Ah ! ça, monsieur, à qui...
CHEVILLARD, finissant.
A qui ai-je l'avantage de parler, s'il vous plaîl? CHAUDOREILLE.
Vous l'ignorez?...
CHEVILLAf.D.
Puisque je vous le demande...
CHAUDOREILLE.
Il me semble pourtant bien exlraordinairc...
CHEVILLARD
Monsieur... ceci esl évasif... Qui êtes vous! jene vous connais pas... Il y a comme ça un las de vagabonds qui se faufdenl chez autrui.
CHALDOREILLE.
Vagabond ! vagabond vous-même... Je suis chez moi .'...
CHEVILL.VRD.
Vous diles, monsieur ?...
CHAUDOREILLE.
.Se suis chez niui!....
CHEVILLARD
Quel aplomb! Volronom, monsieur? votre nom ? Seriez-vous Chaudoreille?,.
CHAUDOREILLE.
J'étais sûr que vous le saviez... El vous allez me dire à votre tour...
CHEVILLARD
Ah! tu es Chaudoreille !
Ne me tutoyez pas... Je vous inlerdis cette locu- Hon.
'ChauJoreilIc, Clievillard.
CHEVILLARD
Je veux l'insulter... voilà mon plan!
CHAUDOREILLE.
J'en cherche la cause !
CHEVILLARD
Je suis le mari.
CHAUDOREILLE.
De qui?
CHEVILLARD
De ta victime.
CHAUDOREILLE.
Laquelle?
CHEVILLARD
Zénobic!
CHAUDOREILLE, à part.
La gilelièrel
CHEVILLARD
Tu as frémi I
CHAUDOREILLE, ù part.
Qu'est-ce qui a pu lui dire?...
'CHEVILLARD
Je veux l'insulter.
Comment vous êtes le mari?...
CHEVILLARD
De Zénolie, que lu as détournée !. .. De Zénobie, la femme que j'aime le plus, après moi!
CllAlDOREILLE.
Intéressant voyageur, on vous a fait des rapports fallacieux... Je vous jure que voUe épouse...
CHEVILLARD
Tu mens... Je veux l'insulter J CH.\UDOREILLE.
La colère vous égare, mon cher monsieur Zénobie !
CHEVILLARD
Je veux t'insulter, mais les paroles me manquent. Je ne liouve que des choses faibles, et je voudrais du fort , du très fort!... Oh ! j'y suis !... liens! (Il lui donne un coup de poing.)
CHAUDOREILLE.
Un coup de poing! me boxer chez moi ! CHEVILLARD,
Chez toi ! lu oses dire chez loi!. . Parce que l paies le loyer, parce que lu as fourni les meubles Mais je les briserai les meubles! Voilà le cas qi j'en fais de les meubles. *
(Il renverse des fauteuils...) CHAUDOREILLE.
Monsieur, vous me crispez les fibres, savezvous?...
Je le donne un quart d'heure pour déménager.
CHAUDOREILLE.
Je commence à bouillir énormémenl, savezvous?...
* Cli'villaril, CliauJoreille.