CAMILLE, EDOUARD
CAMILLE, d part en entrant par la gauche."
Ah! c'est lui!.. Il n'est pas mal du tout!.
EDOUARD, à part. Oh! la jolie personne ! un instant !.. modérons-nOus !.. soyons quaker!.. {Haut.) Je te salue, ma sœur! Est-ce toi qui as nom, Camille?
CAMILLE. Oui, mon frère!..
EDOUARD. Alors, je suis Jérémy Ben- Anderson, fils de Ned-Anderson qui dût le jour à Samuel-Anderson.
CAMILLE. Je le Sais, mon frère.
EDOUARD. Pour te voir, ma sœur, je suis venu tout exprès de ]Sew-Yorck.
CAMILLE. Tu dois-être bien fatigué?
Elle semble se soutenir à peine.
EDOUARD. Mais toi-même, tu parais l'être aussi ?
CAMILLE. On nous fait lever de si bonne heure!
EDOUARD. Tant mieux! On vous apprend donc à être actives, à devenir bonnes femmes de ménage.
CAMILLE. Oh! je t'en réponds.
EDOUARD. Comme je veux causer longtemps avec toi, asseyons-nous. Qu'en distu, ma sœur?
CAMILLE. Bien volontiers.
EDOUARD. Tiens! mets-toi dans ce fauteuil, et moi sur cette chaise.
Il va en prendre une.
CAMILLE, s^asseyaîit dans le grand fauteuil d gauche. On est bien comme ça-
ÈDOLATiD , se plaçant à côté d' elle. Voyons, ma petite sœur, parlons avec confiance; je n'ai qu'un désir, celui de te plaire.
CAMILLE. Oh! je t'en prie, donne-moi ce tabouret.
EDOUARD , se levant vivement. Avec plaisir. (// va chercher le tabouret qu'il lui place sous les pieds et se rasseoit.) Tu ne me connais pas encore, mais tu verras que je ferai tout pour rendre ma femme heureuse,
CAMILLE, regardant autour cC elle. Où est donc le coussin de mon père?
EDOUARD, se levant vivement et le lui apportant. Le voilà ! le voilà !.. [Se rasseyant.) Est-il rien qui approche plus du bonheur céleste...
CAMILLE, Cinten'ompant. Que le bras de
* A leur seconde entrée , les jeunes filles ont une robe blanche montante et très cou te du bas, des brodequins noir--, des mitaines en soie de même cuuleur, un petit chapeau de paille avec des rubans bruns, et des cheveux tombant sur les côtés, à l'Anglaise,
LES SF.PT PÉCHÉS CAPITAUX
ce fauteuil est dur... Tiens, donne-moi l'autre coussin?
EDOUARD, se lecant ; il place le coussin sons le bra^: de Camille et se rasseo't. Je disais donc : Est-il rien qui approche plus du bonheur céleste que deux cœurs qui se comprennent bien... n'est-ce pas?..
CAMILLE. Ah! qu'il fait chaud! qu'il fait chaud! (Lui monlrant un érentail qui est sur une chaise. ) Tiens, frère, donne-moi donc cet éventail...
EDOUARD, courant et apportant réventail.
■Voilà , ma petite sœur.
CAMILLE , prenant réventail avec nonchalance.) On n'a même pas la force...
EDOUARD, lui reprenant réventail. Eh bien! donne. . je veux moi-même...
CAMILLE. Oh ! non !
EDOUARD, agitant l'éventail. Si... si...
pendant que nous causerons...
CAMILLE, lentement. Tu disais donc, mon frère ? .
EDOUARD. Oui, je disais... que ce qu'il me faut à moi simple quaker, c'est une compagne prévoyante qui songe pour son mari aux soins terrestres, et qui dans son amour, se plaise à veiller sur lui.
CAJnLLE, nonchalamment. Parle toujours, mon frère!..
ÉDOUABD, avec feu.
Air : On dit que je suis sans malice. Ah ! oui, nous allons nous entendre , Ton père me veut bien pour gendre, Dis, pour inarî que tu me veux Eh ! quoi donc tu baisses les yeux?
Ah! lève-les, je t'en supplie; La regardant.
Que vois je ? e' quelle est ma folie ?.. Je croyais qu'elle les baissait La paresseuse les fermait! ..
CAMILLE, en dormaiit. Papa j'obéirai.
EDOUARD. Dieu me pardonne, je crois qu'elle rêve... si jamais j'épouse celle-là...
Air : C'est un péché que la paresse.
Affreux péché que la paresse , Peut-on ainsi dans la jeunesse Se livrer à tant de mollesse...
Est-ce pour ça Que Dieu nous créa?
Ah ! quel triste partage Si , dans mon ménage , Femme sans couiage Toujours s'ommeiliail, A ma vive tendresse En baillant sans cesse, Elle répondrait,..
CAMILLE, dormant. Ah! bien non.,, laisse-moi dormir...
EDOrABD.
Affreux péché que la paresse, etc.