‹ Pièces de théâtreChapitre 147 sur 1069 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

BARON, BRANCHU, CLAQMANN.

BARON, avec un petit verre sur une assiette. Voilà, voilà ! deux petits verres d'excellent cognac; c'est préférable au vulnéraire , attendu que je n'en tiens pas.

CLAQMANN.

Si vous voulez que cela vous fasse du bien , il faut le prendre debout, ça descendra plus faci* lement.

BRANCHU

Il y a de l'idée dans cette boule-là. (// se lève, boit et se frotte le ventre.) Je sens déjà que mes jambes ont pris de la force. {En gesticulant , il donne un coup de pied à l'un et à l'autre.) J'ai les mouvemens parfaitement libres.

CLAQMANN, sc frottant la jambe.

Parfaitement.

Dites donc, dites donc, farceur!

BRANCUU.

Quoi?

BARON

Ah ! mon Dieu 1

BRANCHU

Qu'avez-vousî

BARON

Vous êtes porteur d'une physionomie que j'ai vue autre part.

BRANCHU

Ça se peut, c'est ma promenade favorite ; mais i\ votr«» tour, vous (^tes propriétaire d'un visage.

MAGASIN THEATRAL

BARON

Le même depuis cinquaute-neuf ans.

BUANCuu, se rappelant peu à peu.

Ahl

Eh!

BARON, croyant se rappeler aussi.

Claqmann ouvre la Iiouclie aux exclainalions BRASCHU.

Ce cher Baron !

BARON

Ce nigaud de Branchu t

BRANCHD.

Reconnu d'emblée! {Ils s'embrassent. À Claqtiann.) Merci, Alsacien... vous m'avez versé où j'avais affaire, c'est très-adroit de votre part.

CLAQMANN.

J'en suis enchantél mais faites-moi le plaisir de vous informer si l'on répare ma chaise de poste.

BARON

Le charron est après.

CLAQMANN.

C'est très urgent; j'ai pour aujourd'hui même une audience de monseigneur le ministre...

BARON

Monseigneur le ministre 1 il était peut-être ici cette nuit.

CLAQMANN.

Commentl son excellence...

BARON

Lui et bien d'autres.

CLAQMANN.

Mais vous recevez donc...

BARON

Tout ce que la cour a de mieux.

CLAQMANN.

La cour... de France?

BARON

Les gens de qualité adorent les Porcherons, ils ne sont bien que là.

CLAQMANN.

Les Porcherons... c'est ici les Porcherons? en effet, j'ai lu dans la Gazette de Viemie qu'en fait de plaisirs, au carnaval surtout, les grands seigneurs se faisaient peuple.

BARON

Cette nuit j'avais ici le vicomte de Chevreuse, le prince de Soubise, le môme qui a inventé les côtelettes .

CLAQMANN.

Diable! diable! ce gaillard-là a de belles connaissances.

BARON

Le duc de Fronsac, le comte de Saint-Germain, celui qui signe les lettres de cachet.

CLAQMANN.

Et ne l'avoir pas su !

BARON , mystérieusement.

Et il m'est arrivé do recevoir encore micu:^ que

ça, travesti, déguisé, incognito. {A Branchu.) mes affaires vont bien mieux que les tiennes, n'est-ce pas? car, malgré les prophéties de ta sorcière, tu n'as pas épousé de princesse.

CLAQMANN.

Épousé de princesse! avec qui suis-je?

BRANCnU.

Ma volonté n'y a jamais manqué. J'ai été voir à cet effet la reine d'Hongrie , l'idem de Prusse , l'autre de Suéde, toutes occupées, en possession d'un époux en parfaite santé.

CLAQMANN.

L'Allemagne contient une foule de jeunes princesses.

BRANCnU.

A qui le dites-vous ! il y en a des boisseaux j j'en ai vu quelques-unes de loin; de loin, ça va encore assez bien , mais quand on veut les voir de près, savoir seulement si elles sont chez elles, il y a là un tas de valets qui n'ont rien de commun avec la politesse.

CLAQMANN.

Mais, mon cher monsieur, on ne va pas cliez une princesse sans être gentilhomme.

BBANCnU.

Eh bien, mais je suis assez gentil, au dire de ma mère.

Tu es foui

CLAQMANN.

Oui, je crois que vous êtes...

BRANCHU , avec dédain.

Allemand , apprenez que la sorcière ne s'est jamais trompée; elle m'a prédit que j'épouserais une princesse, j'en épouserai une, laquelle? ah! voilà !

BARON

Tu ferais bien mieux de laisser là toutes ces balivernes.

BRANCHU

Balivernes! mais rappelez-vous donc que la prophétie doit s'accomplir avant mon vingtseptième printemps, et je n'en compte que vingtcinq, dont deux hivers.

AlB de M. Potier.

Un minois chiflonno ; J

Rend tout' chose possible...

Une femme est sensible Pour l'homme bieu tourne.

Quelqu' princess' s'éprendra de mes s^râces leijcres. On a bien vu des rois épouser des bergères Qui n'avaient pas mon minois cbillonné.

Mes yeux, ma I)Oucbe et mon coquin de nez.

BARON

Tu es fou, je te le répète; on s'est moqué de toi, jamais tu n'approcheras la plus petite princesse.

LA REINE DES BLANCHISSEUSES

BRANCnU.

Vous croyez ça; et moi je vous parie.., {On entend crier : Vive la reine ! ) Hein I

CLAQUANN.

Qu'est-ce que c'est que ça?

BRANCHU

Et vous?... (Nouveaux cris : Vive la reine!) On crie vive la reine en toutes lettres.

CLAQMANN.

Oui, oui, on crie vive la reine 1

BRANCHU

Donc , il y a une reine là; là, à deux doigts de moi.

BARON

Comment! est-ce qu'il croirait..,? :

BRANCHU

Ah 1 ahl je ne pourrai jamais en approcher une, et nous voici sous le même toit... Ah! père Baron!...

BARON, à part.

Fameuse la rencontre ! ne lui disons rien et laissons-le s'enfoncer.

BRANCnU.

Plus (le doute 1 c'est le destin qui me conduit par la main.

BARON

Prends garde de le perdre!

BRANCHU

C'est lui qui m's fait jeter dehors des différentes cours où je fus , c'est lui qui m'a fait offrir cinquante coups de bâton pour m'engager adroitement à retourner dans ma belle patrie !

CLAQMANN.

On vous offrit et vous acceptâtes?

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