‹ Pièces de théâtreChapitre 179 sur 1069 · MADELON, GUIMARD · texte numérisé non relu

MADELON, GUIMARD

GUIMARD. Que je t'embrasse donc , ma chère petite.

MADELON, surprise et contente J'étais bien sûre qu'elle ne m'oublierait pas...

GUIMARD. Moi, t'oublier... au surplus, çaurait été ta faute... étourdie!., qut part de chez sa tante sans donner son adresse, sans dire où elle va... il a fallu que le hasard fut plus aimable que toi. .. tout à l'heure, j'étais dans ma dormeuse avec le colonel... nous passions dans cette rue pour aller chez son bijoutier... tout à coup il lève les yeux. ..et jetant un cri de surprise; il me montre du doigt, ton nom écrit en grosses lettres... je descends de voiture.. .il continue sa route, et moi, je viens embrasser ma chère... ma bonne Madelon...

MADELON. C'est pourtant vrai... je n'ai donné mon adresse à personne... Dam!..

j'étais si ahurie!., dans ces momens-là. .. on ne pense à rien...

GUIMARD. Ahl.. quel service tu m'as rendu.

MADELON. Tant mieux. . . ton prince ne s'est pas douté...

GUIMARD. Lui!., est-ce qu'il se doute de rien!., il est venu chez moi. ..il a eu la simplicité de me raconter sa visite chez ta tante... je lui ai fait une scène!., j'ai crié à ravir... j'ai eu des momens superbes !.. j'ai voulu pleurer, je n'ai pas pu... alors, j'ai eu des attaques de nerfs... le prince était dans un état... j'ai eu pitié de lui, et j'ai pardonné...

MADELON. Ah ! ça les princes sont donc aussi... comme les autres...

GUIMARD, déclamant.

oLes mortels sont égaux... ce n'est pas la naissance...

Mais n'en disons pas de mal, il est si bon!., je ne sais pas ce qu'il aurait donné pour m'appaiser. Demandez-moi ce que vous voudrez, disait-il , en me pressant les mains, et foi de gentilhomme je vous l'ac corde...

MADELON. Et tu lui as demandé...

GUIMARD. Rien encore. . . je veux réfléchir...

MADELON. Tu as peut-être eu tort... les premiers momens sont toujours les meilleurs.

GUIMARD. Oh! le prince est de parole.,, aussi, je serais désolée qu'une indiscrétion vînt lui apprendre la vérité... Tu me promets bien...

MADELON. Foi de Madelon, il ne la saura jamais par moi.

GUIMARD. Ah ça, après ton dévoûment, je serais un monstre d'ingratitude, si je ne cherchais pas à te rendre la plus heureuse petite femme... j'ai pensé à ton avenir... il faut que tu sois des nôtres... je veux te faire émanciper...

MADELON, riant. Je suis bien déjà assez émancipée comme ça...

GUIMARD. Tu as de la taille... de la figure... avant huit jours, tu seras inscrite sur le catalogue des danseuses...

MADELON. Moi, encataloguée... Ah! par exemple!..

Air nouveau de M. Ch. Tolbecque.

Non , je suis blanchisseuse ; Mais ma foi, j'aime mieux ça

LE MAGASIN THÉATRAI.

Que d'être danseuse Danseuse de l'Opéra I

Quoi , lu veux que je débute, J'aim' la dans% mais pour de bon..i On ne craint pas une chute Avec un rigaudon.

Oui, je suis blanclùsseuse, etc.

J' sais bien , grâce à ta gentillesse, Qu' ducs et marquis sont sous tes lois, QuVqu'ça m' fait à moi, pauvr' jeunesse, Qui n' veux me marier qu'une fois. bis. Oui , je suis blanchisseuse, etc.

GUIMARD. Mais tu es folle, ma chère...

regarde-toi donc dans ton miroir... Hein?

MADELON, se regardant. Oui, je suis gentille!., je ne dis pas le contraire... si je voulais m'en donner la peine, je mettrais quelques têtes de grands seigneurs à l'envers.

GUIMARD. Et lu voudrais me faire croire que tu préférerais celte petite mansarde à l'éclat d'un riche appartement.

MADELON. Deux petites pièces bien propres, une demi-douzaine de fers à repasser, des pratiques qui me paient bien, et du charbon qui ne fume pas, voilà tout ce qu'il me faut.

GUIMARD. Bah! bah! j'en ai converti bien d'autres qui faisaient comme toi les récalcitrantes, et qui après avoir été l'honneur de la couture, la gloire de la lingerie, ont fini par faire les délices de la diplomatie; il n'y a pas à répliquer je t'enlève ce soir... tu dîneras avec moi...

MADELON. Avec toi... moi!..

GUIMARD. Nous serons seules... en petit comité... je reviens te prendre dans deux heures... et nous ne nous quitterons plus, que je n'aie assuré ton bonheur..

Air : Ce n'est pas cela.

Je veux me charger

De te ranger Sous notre bannière.

Satisfaire Tous ses déeirs Est-il d'autres plaisirs !

ENSEMBLE

Je veux me charger, etc.

MADELON

Tu veux te charger

De me ranger Sous votre bannière.

Simple ouvrière, Mon seul désir E»t dans un modeste afcnir.

Ciiiwar'horf.

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