‹ Pièces de théâtreChapitre 181 sur 1069 · TRANQUILLE, MADELON · texte numérisé non relu

TRANQUILLE, MADELON

TRANQUILLE. Oui, mamzellc, c'est moimême, ou plutôt l'ombre de moi-même !.. vous me voyez à présent... mais quand je serai maigri... j'aurai l'air d'un vrai squelette...

MADELON. Il me semblait que tu ne devais plus me reparler.

TRANQUILLE. C'est bien toujours mon intention.

MADELON. Vraiment!

TRANQUILLE. Aussi, cn trouvant à mon doigt, cette bague d'argent que vous m'avez donnée, je me suis dit: Allons lui rendre; ca s'ra une bonne occasion de lui montrer que je ne veux plus la voir.

MADELON. Et comment as-tu découvert mon logement ?

TRANQUILLE. En cherchant donc? voilà trois jours que je m'abîme les jambes. ..que je m'éreinte, quoi... pour venir vous dire que je ne vous aime plus; que vous pouvez en aimer un autre... deux autres...

trois autres... si vous voulez... Ah!..

MADELON. Pourquoi pas dix tout de suite.

TRANQUILLE. Dix aussi.

MADELON, dpai-t. Pauvre garçon!. .il dit qu'il ne m'aime plus.

TRANQUILLE. Et maintenant que vous savez ma façon de penser... voilà votre anneau... je n'en veux plus... {Il s'assied.) Adieu...

MADELON. Et moi, je veux que tu le gardes.

TRANQUILLE. Et si jc uc le voulais pas? Ah!..

Il remet l'nnneau i> son doigt sans y faire »U€Dtion,

MADELON FBIQUBT.

MADELON. Je serais curieuse de voir ça. Allons, voyons... ne fais plus tes gros yeux... et causons comme une paire d'amis...

Elle prend une chaise et s'assied à distance de lui.

TRANQUILLE. Je ne peux pas être une paire d'amis avec vous...

MApELON. Pourquoi cela?

TRibjQUiLLE. Puisque vous m'avez trahi... puisqu'on vous a trouvée avec un soldat... qui n'était pas un vrai soldat,

MADELON. Ils ne savent ce qu'ils disent. . . ni toi non plus... raconte-moi un peu ce qu'il y a de nouveau chez ma tante.

TRANQUILLE. Ce qu'il y a de nouveau?

(À Madelon.) approchez-vous.

MMDELON. 11 me semble que tu peux bien t' approcher toi.

TRANQUILLE. Ahîoui... [IL s' approche.) D'abord, moi, j'ai été comme un fou...

j'ai batlu la campagne j'avais perdu la tête .. c'est drôle comme le sentiment vous fait dire des bêtises. . .

MADELON. Tu es gentil comme tout...

et qu'est-ce qu'on dit de moi ?..

TRANQUILLE. De Yous!.. Ics Cent z'horreurs de la vie...

MADELON. Ah! bah!..

TRANQUILLE.' Vous savez bien la grosse Agathe, qui manque de se marier, toutes les fois qu'il passe un régiment... Elle dit que vous vous êtes ensauvée avec un tambour-major... et puis la petite Fanchette.

MADELON. Qu'est-ce que c'est que ça la petite Fanchette?

TRANQUILLE. Faites donccomme si vous ne la connaissiez pas... un petit louchon qui louche.

MADELON. Qui boite.

TRANQUILLE. Qui louche et qui boite...

Eh bien ! elle dit que vous avez ensorcelé , je ne sais combien d'imbéciles sans me compter...

MADELON. Le quartier est si triste... ça les amuse. Et ma tante?..

TRANQUILLE. La tante Poitevin... ah!., elle vous en veut joliment... à vous!., et à cette vilaine sauterelle de Philidor...

MADELON. Elle a bien raison d'en vouloir à ce méchant danseur... c'est lui qui est cause de tout ce grabuge là...

TRANQUILLE. Elle est si fort en colère contre lui qu'elle va l'épouser de force... à cause qu'il l'a menacée de montrer un tas de lettres qu'elle a été assez bête pour lui écrire. . . En v'ià encore une qu'est bête ! . . écrire à un homme des lettres... et par la poste encore... il faut qu'elle soit timbrée...

MADELON. Ma pauvre bonne feoiniie de

tante, si on pouvait empêcher ce mariagelu. ..

TRANQUILLE. Voulez-vous que j'aille assommer votre oncle futur... came ferait du bien d'éreinter quelqu'un..! ça me calmerait les nerfs...

MADELON. Non, monsieur... non; ce que je veux de vous... c'est que vous soyiez raisonnable, que vous ne vous mettiez pas martel en tête... et que vous ayez en moi, la confiance que je mérite...

TRANQUILLE c'est plus fort que moi, quand le fantassin de l'autre jour, me trotte dans la tête, ça me fait des éblouissemens.

MADELON. Mais, tu sais bien que c'est toi que j'aime...

TRANQUILLE. Hein?., qu'est-ce que vous avez dit... répétez. . j'ai pas entendu?

MADELON. Je n'épouserai jamais que mon bon ami Tranquille...

TRANQUILLE. O ma Madelon... ma Madelon... vous me mettez hors de moi...

avec des paroles comme cclles-lù, vous me feriez aller à Orléans en trois-quarls-d'heure j'ai confiance, je jure d'avoir confiance !.. je le jure sur les cendres de mon père, qui aura soixante dix ans à Paques-fleuries... Pourquoi donc, que vous mettez votre mantelet?

MADELON. Pour sortir.

TRANQUILLE. Et VOUS allez?..

MADELON. Je te le dirai ù mon retour.

TRANQUILLE. Oh! mon Dieu... si je vous le demandais, c'était seulement pour le savoir... pas pour autre chose... j'ai confiance. Yous ne serez pas long-temps?..

MADELON. Ne t'inquiète pas... [A part.) Si je pouvais ravoir les letlresdc ma tante... ne t'ennuie pas trop mon gros jouflîu... Elle lui tape gaîment sur la joue , et sort en riant.

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