‹ Pièces de théâtreChapitre 190 sur 1069 · MADELON, M"= POITEVIN · texte numérisé non relu

MADELON, M"= POITEVIN

jpc POITEVIN. Ah! Madelon, tu es un ange! tu es mon sauveur... A quel être j'allais me sacrifier... Et tu n'as pas craint de te compi''ometlre?

MADELON. Que voulez-vous? quand il s'agit d'obliger, je n'y regarde pas de si près , et puis je n'ai été si hardie que parce que vous étiez là... Voilà connue il nefaut jamais juger sur les apparenc^es. .. Allez , \ous et Tranquille, vous avez bien mal apprécié la pauvre Madelon; elle vaut mieux que vous ne le croyiez.

jjmc POITEVIN. À propos do Tranquille, il est bien tardif à revenir.

MADELON. Il reviendra quand ça lui fera plaisir... quand le grand air l'aura un peu calmé, quoique, pour me faire peur, monsieur m'ait annoncé qu'il allait faire un coup de sa têle...

Tranquille pavait; il est en mililairc, avec un liabit

beaucoup trop grand pour sa taille ; il est un

peu dans les vignes.

SCKNE XIV.

Les Mêmes, TRANQUILLE.

TRANQUILLE. Le voilà, mamzelle, le coup de ma tête.

MADELON, riant. Ah! la drùle de mascarade,

M""" POITEVIN. Qu'est-ce que ça veut dire, ce dcguiscment-là?

TRANQUILLE. Je ne suis point déguisé, la laute : c'est mon habit de tous les jours.

LE MAGASIN THEATRAL

MADELON. Comment, tu aurais fait la sottise de t'eng-ager.

TRANQUILLE. Et pour de bon, encore...

MADELON. Allons donc; ce n'est pas possible, tu n'es pas assez bête pour ça!...

TRANQUILLE, se fâchant. Comment , je ne suis pas assez bête pour ça... Apprenez que si, mamzelle ; apprenez, mamzelle qu'en sortant d'ici je voulais me noyer...

MADELON. Toi!..

M"^ POITEVIN. Te neyer ?

TRANQUILLE. Oui, me noyer... mais j'ai réfléchi que je ne savais pas nager.

MADELON. A la bonne heure; si tu réfléchissais toujours comme ça.

TRANQUILLE. J'ai rencontré un bel homme qui m'a l'ait entrer dans un superbe cabaret du quai de la Ferraille pour me consoler.

MADEi.ON. Quelque mauvais garnement de racoleur.

TRANQUILLE. Je lui ai dit mes malheurs, ça lui a rappelé les siens... là dessus nous buvons du blanc, du rouge, , du blanc, du rouge, du blanc. ..

MADELON. Ça se voit...

TRANQUILLE. Si bien que le bel homme m'a dit en confidence que le roi Louis XV serait excessivement flatté de m'avoir à son service pour faire la chasse aux Nègres, et me faire dévorer par les antropophages, à quatre sou? par jour de paie.

MADELON. Que tu es bête.

TRANQUILLE. Pour lors... j'ai endossé cet habit qui m'ira très bien, quand je serai engraissé... et de chapelier que j'étais ce matin, me voilà maintenant guerrier de mon état...

MADELON. Te voilà !.. te voilà... ce que tu as toujours été.,, un étourdi... une tête sans cervelle... q»n agit sans réflexion... je vous demande un peu... quelle idée... se noyer... et pourquoi?..

TRANQUILLE. Pour me venger de vous...

je me disais : quand on me repêchera aux filets de Saint-Cloud... nous verrons la mine qu'elle fera, la Jiadelon,

M"' POITEVIN. Mais malheureux... situ Ja connaissais... si tu savais la vérité... tu te transporterais à ses genoux.

TRANQUILLE. Quoi!., je...

MADELON. Ma tante , il ne mérite pas qu'on la lui dise... c'est un jaloux... un méfiant... et si je n'en devais pas souffrir. .. je le laisserais volontiers partir... aimez donc ça... soyez-lui donc fidèle pour qu'il aille s'engager.

TRANQUILLE. Mais je...

M"" POITEVIN. Tais-toi... lu devrais rcner à cent pieds sous terre...

TRANQUILLE. Si je...

MADELON. Si tu crois que je vas rester comme ça les bras croisés à t'altendre, à me morfondre pendant huit ans... m'exposer à coiffer Sainte-Catherine, si tu ne revenais pas... non^ non... il faut que tu trouves un moyen de te sortir de là...

TRANQUILLE. Quand je le...

M"" POITEVIN. Désalte , désalte, c'est si tôt fait... désalle.

TRANQUILLE. Que je déserte... je ne déserterai jamais.

MADELON. Non, non... ma tante!... je l'aime trop pour lui conseiller une mauvaise action... mais comment faire?., à qui s'adresser pour casser cet engagement. .. huit ans!., je n'y pourrais pas tenir... moi d'abord. Ah! oui... il n'y a qu'elle qui puisse nous tirer d'embarras...

Elle entre dans la chambre à côlé.

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