‹ Pièces de théâtreChapitre 23 sur 1069 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, BILBOQUET.

BILBOQUET, paraissant au fond.

Me voilà, me voilà triomphant!

GRINGALET

Not' maître!

ATALA

Par quel hasard?

ZÉPHIRINE

Par quel bonheur?

BILBOQUET

Voilà ! ouvrez les yeux, et écoutez Je récit du saltimbanque.

M'"^ RONDON.

On disait que vous étiez en prison?

LES SALTIMBANQUES

BILBOQUET

Jamais!... Le saltimbanque est l'homme de ^indépendance.

k"* rondon.

Mais le gendarme ?

BILBOQUET

Le gendarme est mon ami.

M™' ROXDON.

Mais enfin, expliquez-vous.

BILBOQUET

C'est la faute de Gringalet!... Il m'est arrivé ce qui peut arriver à tout le monde; à un pâtissier comme à un ministre... J'ai fait une boulette

M™= ROSDON

Contez-nous donc çal...

BILBOQUET

Je me pavanais sur la place de Lagny, entouré de mes artistes et d'une assemblée charmante!... Atala, que voici, venait de se livrer aux exercices de la femme sauvage!... Elle avait dévoré un pigeon cru, que vous nous ferez cuire pour notre dîner.

Il le tire de sa poche et le donoe à Mi"= Rondon. ATALâ.

A la crapaudine, s'il vous plaît.

BILBOQUET

Elle avait avalé une multitude de cailloux!... Tiens, Gringalet, serre-les pour demain. {Il les donne à Gringalet.) Zéphirine avait paru à son tour, elle avait sauté par-dessus trois hommes qui n'y avaient vu que du feu , enfin, je m'offre aux yeux d'un ""public idolâtre; et je lui propose d'arracher sans douleur toutes les dents qui voudront bien m'honorer de leur confiance... Un villageois s'approche et m'ouvre son palais, dont je trouve les meubles fort délabrés, je lui dis: Mon brave homme, je ne suis point venu dans cette contrée pour déplanter des racinesdebuis... Ceci rentre dans l'agriculture... Cependant je m'apprête à défricher sa mâchoire avec la pointe d'un sabre, comme je l'exécute journellement. A la vue du bancal, le villageois prend la fuite... 11 s'agissait de cinquante centimes, je dis à Gringalet : Rattrape-moi ce gaillard-là... Gringalet saisit un individu, le campe sur la chaise, et j'estiipe une molaire d'une entière blancheur... Le patient hurle... Je regarde, ce n'était plus mon villageois, c'était un jeune inconnu !... Son sang coule, on crie à l'assassin, je fais le moulinet avec mon bâton... Mêlée générale... La gendarmerie s'entrepose et m'empoigne au collet. Je vous avoue que dans le premier moment je me suis cru arrêté... Je l'étais en effet... Je crois même que j'allais en prison... lorsque dans une rue détournée, le brigadier, dont j'avais la veille dégraissé l'uniforme (unbienfait n'est jamais perdu), le brigadier me dit d'une voix qui n'appartient qu'à cette institution : Père Bilboquet, la politique étant étrangère à l'événement, je vous rends votre libre arbitre... Néanmoins à l'avenir ne vous trompez plus de dents, ou Jc vous y mets

dedans... Farceur de brigadier!... C'était un calembourg!... Je lui tape sur le ventre.

GRINGALET

Au calembourg?...

BILBOQUET

Non, au brigadier, et je vole vers cette auberge, avec pas un sou dans ma poche, et un garrick prodigieusement victime.

M™* RONDON.

C'est-à-dire en deux mots, que vous n'avez pas d'argent?

BILBOQUET

Les murs de Lagny me sont fatals, je retourne daas la capitale... Gringalet, va préparer la charrette.

M™* RONDON

Vous allez me payer votre dépense avant de partir !

BILBOQUET

Donnez-moi une plume, je vais vous faire une traite sur mon banquier.

M""= RONDON

De l'argent, ou je retiens vos effets !

BILBOQUET

Vous ne le feriez pas... ô ma belle hôtesse!....

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