SCENE II
M-ae DE SERIGNY, ARTHUR, ensuite GIMBLET.
ARTHUR
Pardon , ma tante , c'est que j'ai promis,..
M"e DE SERIGNY.
Hein?... qu'est-ce que c'est?... qu'est-ce que tu as promis?... N'as-tu pas ton couvert ici?...
ARTHUR
Ce sont des amis qui m'attendent.
M"e DE SERIGNY.
Qui ça?... des tas de flâneurs, en gants beurre frais... figures idem...
ARTHUR, riant.
Ah! ma tante!... soyez tranquille, il n'y en a pas un qui soit mon ami de cœur. .. celui-là , je le cherche encore!...
M"e DE SERIGNY.
Cherche-le ailleurs... des bourreaux d'ar»ent qui jettent parla fenêtre ce qu'ils ont, et même ce qu'ils n'ont pas I . . . des grugeurs qui mangeraient jusqu'aux titres de leurs familles!... oh! je sais que tu fais comme eux... tu fais des dettes , et ça va si vite quand on n'a que ça à faire!...
ARTHUR
Dam! c'est que, voyez-vous, ma petite tante, c'est cher en diable !
Air : Que d'élaùlissemens nouveaux!
Raouts, soupers et cœtera I
M«ne Dï SERIGNY.
Et les danseuses !
ARTHUR
AU! ma tante , C'est Lors de pris... car l'Opéra • Cïiiuï , M»f de Seiigay, Ai thvu', Rçjc, Gifflblcti
MAGASIN THEATRAL
Est en hausse comme la renie.
Puis les paris... autre plaisir I Dn spe'cule comme à la Bourse Sur les clie\'aux (pii vont courir...
Mme jjE SERIGNT.
Et l'on se ruine à la course.
ARTHUR
Dam ! quelquefois...
M™*^ DE SERIGNY.
Prends garde! je ne suis pas bégueule, on le sait bien... moi, je pense comme je parle... j'ai promis à ta brave femme de mère, la sœur de mon second, de te donner ma fille... tu as ma parole, c'est comme si le notaire y avait passé I... mais à une condition, c'est que ta conduite...
AHTHCR.
Soyez donc tranquille, ma petite tante; que diable voulez-vous?... On a un titre, un rang, on ne peut pas vivre comme un clerc de notaire ; mais quand je serai marié...
jjme DE SERIGNY.
Gui; en attendant, monsieur co rtles plaisirs, on abuse de tout ; et quand on est ruiné , râpé et essoufflé comme un cheval d'omnibus , on se marie... comme c'est régalant pour une jeunesse!
ARTHUR
Eh bien! il ne faut pas attendre: mariez-nous tout de suite. Allons, ma petite tante, je serais si heureux d'être votre fils !
M°*« DE SERIGNY.
Et de palper les cent mille écus de dot, câlin 1... Eh bien ! j'y pousse au mariage, il faut en finir; c'estpour ça que jevaisce matinchez le ministre... cen'est guère amusant... mais je veux qu'il tienne sa promesse : dès qu'il t'aura attaché à une ambassade, en Suède ou en Russie... quelque part, ça m'est égal...
ARTHCR.
Comment, vous voulez toujours ?...
M'"* DE SERIGNY.
Oui, t' éloigner de Paris, des préteurs d'argent ; j'en ai assez payé comme ça !
Mais c'est fini!
GiMiîLET, apporlautle déjeuner^.
Il y a la un monsieur, un avoué, qui demande à parlera madame. [Cherchant.) Monsieur ...monsieur...
ARTHUR
Un avoué!
M™^ DE serigny!
Qu'esl-ce que c'est que ça? {Regardant Arthur .) Un avoué ! est-ce qu'il y a encore... quelque chose?
ARTHUR
Vous croyez? oh! à moins que cène soient des anciennes I
M™e DE SERIGNY.
Par exemple ! viens avec moi !
ARTHUR
Merci, ma tante, merci! J'ai une faim de loup.
M™e DE SERIGNY.
Un avoué!... ohl tu iras en Suède avec ta femme .
Elle sort par la porte du fonil à gauche de l'acteur. * GiniLlet, M'"= de Ssrignv, Arthur.
ARTHUR
Oh t en Suède 1 en Suède ! c'est ce que nous verrons... on peut se ranger à Paris aussi bien qu'ailleurs, et je me range...
GiMBLET, qui a servi le déjeuner sur le guéridon à droite.
Quel vin monsieur prendra-t-il? De l'ordinaire, v'ià le verre... du Bordeaux, v'ià le verre... ARTHUR, à la table.
Oui, je me range! Hein? quel vin? du vin de Champagne !...
GIUBLET.
Y'ià encore le verre...
.IRTHUR.
Oui, je me range... mais l'essentiel, c'est d'épouser... {A Gimblet qui allait sortir.) Ah! Gimblet, cet avoué qui demande ma tante, sais-tu sou nom?
GIHBLET.
C'est un grand sec et laid, qui a un nez rouge et des lunettes vertes; monsieur... monsieur...
ARTHUR
Durville ?
GIMBLET.
C'est ça.
Il sort, ARTHUR.
Durville! juste, ma tante va payer; oui, mais elle criera... Décidément, je ne déjeune pas ici; avec ça, on m'attend au café Anglais , je reviendrai quand la bourrasque sera passée... cette bonne tante!... {On entend une sonnette.) Sa sonnette! elle me fait appeler... Eh 1 vite!...
11 court au fond prendre son cliapeau,sa canne et ses gants
qui sont sur un fauteuil à gauche.
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