SOSTHÈNE , ZÉPHIRINE
sosTHÈNE, tenant im mouchoir sur sa joue La voilà ! c'est elle!
ZÉPHIRINE
Il a surtout un air bête qui prévient en sa faveur.
SOSTHÈNE
Elle est seule, abordons-la.
Il s'avance.
ZÉPHIRINE
Ahl c'est lui!.-
SOSTHÈNE
0 ma demoiselle ! voilà un C'est lui qui me fait bien plaisir! ce C'est lui prouve beaucoup de choses... quand on dit C'est lui, c'est comme si on disait... je crois même que c'est plus fort.
ZÉPHIRINE
Je conviens, monsieur, que malgré moi je vous ai remarqué ; il l'a bien fallu, vous êtes toujours là, au premier rang... vous me fixez sans cesse.
SOSTHÈNE
Oh! c'est VOUS qui me fixez
ZÉPHIRINE
Moi I par exemple !
Je prends le mot dans un autre sens.
ZÉPHIRINE
C'est égal! ce n'est pas une raison pour venir comme ça... car enfin, monsieur, qui êtes-vous 7 quelles sont vos vues?
SOSTHÈNE
C'est juste. Soslhène Ducantal, fils d'un riche capitaliste qui a de l'aisance.
ZÉPHIRINE
Mais pourquoi donc vous cachez- vous la figure?
SOSTHÈNE
Ce n'est rien! une légère fluxion... une dent qu'on m'a dérobée...
ZÉPHIRINE
0 ciel!... quoi, monsieur, c'est vous qui toutà-l'heure...
SOSTHÈNE
Oui, mademoiselle; c'est moi qui tout-à-I'heure.. . c'est à moi que M. Bilboquet vient d'arracher une molaire avec accompagnement de gencive et de clarinette
ZÉPHIRINE
Pauvre jeune homme I
LES SALTIMBANQUES
Est-ee que c'est bien enflé?
ZÉPHIRINE
Mais non 1 ce n'est pas sensible.
SOSTHÊNE.
Ohl si fait, ça l'est beaucoup... Que ne l'êtcsvous; autanti que nel'es-tu autant, ma Zépbirinel
ZÉPHIRINE
Monsieur, qu'est-ce que c'est que ce ton-là, et à qui croyez-vous parler ?
SOSTHÈNE
Mademoiselle, je n'ai qu'un mot à vous dire : Je n'avais jamais aimé avant cette fois-ci; je vous ai vue à Meaux par hasard, et je me suis dit : C'est fini, je n'irai pas en voir d'autres. Malheureusement j'étais avec mon papa... un père que j'ai et qui voulait m'emmener je ne sais où... ça me gênait, et je l'ai lâché sur la foire pendant qu'il regardait les bêtes où il me cherche peutêtre encore. J'ai quitté Meaux, je suis venu àLagny ^ votre poursuite, et je peux me vanter d'avoir fait plusieurs singeries dans le but de votre connaissance... d'abord, j'ai détérioré mes vêtemens pour les faire dégraisser par votre papa...
ZEPHIJIINE.
Ce n'est pas mon père, monsieur, c'est mon tuteur.
SOSTHÈNE
Soit! par votre tuteur. J'ai les poches pleines de rouleaux d'eau de Cologne, de boites d'opiat et de pierres à détacher... encore pour séduire votre papa.
ZÉPHIRINE
C'est mon tuteur, monsieur
SOSTHÈNE
SoitI votre tuteur. Et quand vous faisiez la quête, Zéphirine, combien de pièces plus ou moins blanches j'ai versées dans votre tasse 1... et la récompense de tout ça, vous le voyez... tandis que je vous admirais la bouche béante et les mains sur mes poches... vous savez le reste.
ZÉPHIRINE
Mais enfin , monsieur, que voulez-vous que j'y fasse ?
SOSTHÈNE
Que j'y fasse? que j'y f...? mais tout, mais tout, Zéphirine, car à présent je suis décidé à vous offrir... voyons, qu'est-ce qu'on pourrait bien vous offrir?
ZÉPHIRINE
Monsieur, ce n'est pas l'intérêt... avant tout il faut se connaître... Mais à présent retirez-vous, car si on nous trouvait ensemble...
r.Ue le repousse.
SOSTHÈNE se recule et se trouve à sa gauche. Non, non, je ne m'en irai pas comme ça... au surplus j'éprouve le besoin de tomber à vos genoux {il tombe à genoux), et j'y tombe.
ZÉPHIRINE
Mais finissez donc I relevez-vous.
SOSTHÈNE
Jamais!
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