SCÈNE
CHAMBÉRY. DUMONCEL.
CHAMBKllY.
Eh ! bonjour , cher ami .. j'attendais votre présence avec l'impatience la plus vive... Où donc avez-vous ûmél
DUMONCEL.
Vous allez vous moquer de moi : j'ai rencontré des compatriotes... des Francs-Comtois, deux maîtres de forges... ils n'ont pas voulu me quitter, et j'ai dîné avec eux , chez un modeste restaurateur.
CDAMEÉRV.
Pourquoi ne pas les avoir amenés ?..
DUMONCEL.
Ah! monsieur le baron , je n'aurais pas osé... leur costume simple, leurs façons un peu grossières...
CHAMBÉRY
Est-ce que vous plaisantez? Des industriels n'ont besoin d'autre recommandation que Icui- talent et leur capacité... Est-ce que je suis un aristocrate, moi , baron de l'Empire , qui ai conquis ma noblesse à la pointe de mon épée !
DUMONCEL.
Je sais combien vous êtes bon !.. vous me le prouvez tous les jours , à.moi , que vous connaissez depuis si peu de temps. Arrivé du fond de ma province , combien j'aurais été dépaysé , désorienté dans ce Paris, où je ne connais personne... Vous vous êtes fait mon guide , mon mentor , vous avez voulu absolument que je vinsse loger chez vous , dans votre hôtel... et depuis deux mois, nous ne nous sommes pas quittés deux heures !
CHAMBÉRY
C'est ainsi que j'ai appris, à vous connaître... ame ardente, caractère loyal... trop franc peutêtre... Ah! dam! le défaut d'expérience... Prenez garde aux mauvaises liaisons... Paris fourmille d'intrigans!
DUMONCEL.
Je vous ai rencontré, et j'en .suis bien heureux!..
CUAMI5ÉKY.
Ah ! ça, mon ami, il est temps que je vous initie à ce vaste projet de défrichement des Landes, dont je vous ai déjà communiqué le plan...
DUMONCEL.
Vous m'en avez parlé légèrement.
CHAMRtUY.
Vous n'aviez pas encore ma confiance ; maintenant que je vous connais depuis deux grands mois, que j'ai pris des renseignemens sur vos antécédens... oui, mon ami... pardonnez-moi cette prudence, je connais les hommes , et je m'en méfie. Il faut donc vous dire que l'affaire s'entame avec un capital de trois millions, et qu'il ne tient qu'à vous de tripler "votre fortune.
DUMONCEL.
Elle est bien suffisante , je n'ai pas d'ambition.
Vous avez tort: vous possédez des talens, vous êtes responsable envers la société de l'emploi que vous en ferez. Riche capitaliste, vous devez appuyer de vos fonds une honorable industrie. En vous enrichissant , vous aurez bien mérité d'une population tout entière... Vous allez créer une contrée nouvelle où votre nom sera en vénération , et vous serez compté parmi les bienfaiteurs de l'humanité.
Air : En vùrité, je vons le dis. (Béral.)
C'est au bien de l'humanité Quo nous consacrons notre vie, Nous autres, qui dans l'industrie Dépensons noire aclivité.
Quel est le but qu'on se propose ?
Je vous le dis, en vérité, Nous ne voulons pas autre chose Que le bien de l'humanité.
DUMONCEL.
Sous ce point de vue , j'accepte... on est toujours sûr de me convaincre , quand on s'adresse à mon coeur.
CHAMBÉRY
Je ras.semble aujourd'hui les principaux membres de l'association ; nous signons ce soir ; et si cela vous convient... Vous avez votre fortune en portefeuille, n'est-ce pas?
DUMONCEL.
Oui , puisque j'ai vendu mes forges , réalisé tout l'héritage de mon père... mais le notaire qui m'a fait mon remboursentpnt a voulu garder les fonds.
Parbleu , je le crois bien ; ces messieurs font valoir pour eux l'argent de leurs cliens !
DUMONCEL.
Il me disait : Prenez garde aux fripons... comme vous...
CHAMBÉRY
Hein?
DUMONCEL.
Comme vous me le disiez tout à l'heure.
CHAMBÉRY
En effet , mon ami , ne laissez pas vos capitaux entre ses mains... retirez-les bien vite ; aujourd'hui, ce soir, n'ayez confiance qu'en vous-même? ^
DUMONCEL.
Et en mes amis. Aussi , mon cher Chambéry , je veux vous consulter sur une autre affaire... Je désire me marier...