SCÈNE IV
POLIVET, CHAMBERY.
(Chambéry se pose en face de Polivel, et se croise les bras. Polivet en fait autant et le lolse du regard.)
POLIVET, d'un ton canaille.
Ah ! monsieur mange du melon sans moi ! c'est
gentil, c'est drôle, c'est caressant.
CHAMBÉnV.
Chut!
POLIVET, continuant.
Je suis associé avec monsieur depuis un temps infini ; nous avons toujours travaillé ensemble , et de compte à demi : monsieur trouve une belle affaire, et sans me rien dire , monsieur travaille le jobard à lui tout seul?
CHAMBÉnV.
Chut donc !
POLIVET, avec dignité mêlée d'émolion.
Ah! Dodolphe , vous vous comportez d'une manière bien malpropre à mon égard !
CUAMBÉBY.
Enfin, que veux-tu? que demandes- lu?...
qu'est-ce qui t'amène?
POLIVET.
Ce qui m'amène, ingrat? je vais t'en faire l'exposition. Il y a deux mois environ, mon ami Chambéry a rencontré en diligence, sur la grande route, le nommé Paul Dumoncel, riche héritier, qui quittait ses forges de la Franche-Comté pour se faire déniaiser à Paris. Voilà mon Chambéry , homme plein de moyens, qui nous entortille le petit forgeron, en s'instituant baron de Chambéry... bien! .. CU.4MBÉKV, y part.
Comment a-t-il découvert!..
POLIVET.
Arrivé dans la capitale des beaux-arts, le baron, force son ami à mettre pied à terre dans son hôtel. Qu'est-ce que son hôtel, s'il vous plait?... un appartement garni, loué mille francs par mois, sous le nom de Paul Dumoncel , le lofard en question... très bien !..
CHAMBÉRY, à part.
D'où sait-il tout cela?...
POLIVET.
On prend un las de domestiques , on se donne une belle voilure à deux bêles ; on s'applique des dîners succulens : tout cela porté sur le compte du susdit Pau! Dumoncel, déjà nommé... parfait!
CHAMBÉRY, à part.
Il n'ignore rien.
POLIVET.
Un beau jour, quand la farce sera jouée, quand le dindon sera plumé, on lui présentera le mémoire des frais ; et alors la mèche sera éventée : mais •comme il faut songer à l'avenir, mon ami le baron se dit : dans un « parte fort adroit : « Marions le jeune homme. Donnons^- lui pour compagne la jeune Olympe , en lui cachant qu'elle est issue de la mère Picpus , ex-portière , ru(f de la Grande Truanderie...»
CHAMBÉRY, à part Il est sorcier !
POLIVET.
«Celte jeune artiste m'adore, continue de se dire dans son à parle rcxccllenl Chambéry, elle m'est complètement dévouée, et quand mon règne sera fini son empire commencera , autre replumagc du dindon. » Délicieux ! tout ça me parait ravissant, et je me félicite d'avoir fré(iuenté un homme d'esprit, qui de\ rait cire député, ambassadeur , ou membre de rinslilul... section des sciences morales !
CH.4.MBÉRY.
Mais enfin!...
Enfin, voilà pourquoi ton cher Polivet s'appelle aujourd'hui Ernest de Présalé , et vient te dire en te pressant dans ses bras : T'as du nanan... m'en faut... t'as découvert un bon oiseau, j'en veux pied ou aile.
Air : Vaudeville de Fanchon.
Le monde , il faut qu'on l'croie , N'est vraiment qu'un jeu d'oie,
R'nouv'lé des Grecs ,
Comme les échecs.
Moi, Grec , je me résume • Une oie à rien n'est bonne ici , Que quand nol' main la plume , Plumons donc notre ami.
CHAMBÉRY, à part.
11 me lient... jouons serré. (Haut.) Tiens, Polivet, il faut que je t'ouvre mon cœur.
POLIVET.
Ouvre, mon garçon.
CHAMBÉRY
J'avais là, comme un poids sur la conscience •