SCÈNE III
Les Mêmes , BILBOQUET , un panier sous le bras
et portant un chat dans une cage d'osier.
Aie des Saltimbanques.
BILBOQDET.
Voilà , voilà ce Bilboquet
Qui partout roui'
Sa boule I
Continuant Pair.
Tra la la la! vive la joie et les pommes de terre!
GRINGALET
J'en étais sûr!
ZÉPHIRINE
Bonjour, monsieur Bilboquet.
BILBOQUET
Bonjour, cher amour!
ATALA
Enfin nous allons déjeuner I
BILBOQUET
Oh ! vous, Atala , vous ne savez que manger.
ATALA
C'est une science que je n'ai pas apprise chea vous. Voyons ce qu'il y a dans le panier? BILBOQUET, tirant quelque chose du panier.
Voici pour deux sous de fromage d'Italie ; tâchez d'apaiser avec ça vos appétits frugivores
ATALA
Il n'y a que ça ?
BILBOQUET
Mes cnfans, les temps sontdurs; les entreprises dramatiques sont dans le marasme, et l'indifférence du public a tué l'art. 0 l'art l ô l'art I où se f(iiiie-t-il ce coquin-là?
i>L4GASIN THEATRAL.
GRINGALET
Et si la recette ne va pas ce matin , avec quoi dinerons-nous?
BILBOQUET
Misérable ! tu doutes de la providence ; tu es un athée! Et quand elle te laisserait mourir de faim, la providence, elle en a le droit, ça ne te regarde pas.
GRINGALET
Ça dépend des idées!
BILBOQDET.
Calme-toi. {Prenant ta cage où est le chat.\ Nous avons des ressources...
Qu'est-ce que c'est que ce particulier-là?
BILBOQUET
C'est un artiste : un camarade de Polichinelle, un pensionnaire de mon ami Cabochard. Car j'ai été le voir, ce saltimbanque, ce cher confrère, il n'est pas heureux non plus. Il avait formé une société en commandite pour l'extirpation des cors ; il avait méiue beaucoup d'actionnaires parmi les bottiers: mais cette entreprise péchait par sa base. Bref, Cabochard est en déconfiture; il a manqué...
ATALA
De combien manque-t-il7
BILBOQDET.
Il manque de tout... et le reste est pour ses créanciers. Aussi, moi j'ai répondu pour lui : j'ai engagé ma signature.
ATALA
Eh bien! c'est joli? et si on vous poursuit?
BILBOQUET
Si on me poursuit, je sais bien qu'est-ce qm sera attrapé ! Mais laissons ce discours ; j'ai à vousdiredes choses plus majores, des chosesqui... je vais vous conter ça. Moi je m'abstiens de nourriture; je n'ai pas plus faim que le jour de ma naissance.
ZÈPHIRINE.
C'est donc bien intéressant ce que vous avez à nous dire?
BILBOQDET.
C'est palpitant d'intérêt ; faites silence et prétez-moi vos ouïes. J'étais au marché des Innocens à marchander une énorme carpe que j'achèterai la semaine prochaine. Tout-à-coup, qu'est-ce que je vois? une Normande avec un grand bonnet, qui me regarde, me prend par le bras et qui me dit: Quoi, c'est vous? Je lui réponds: Oui, c'est moi! — Vous ne me remettez pas? — Jamais I — Regardez-moi donc, la nourrice! Je m'écrie à mon tour : Quoi , c'est vous î Elle me repond : Oui, c'est moi! Et elle ajoute cette phrase remplie de bon sens: J'ai bien des choses à vous dire. — Parlez , que je lui dis ; mais la rue n'est pas commode pour causer, entrons chez le marchand de vin. Elle adopte cette ouverture, et nons entrons. Elle fait venir du vin à quinze , des côtelettes aux cornichons un déjeuner de Bal-
thjuar!
Aie : Patrie, honneur.
Un' fois assis à ce joli repas, J'iuidis : Ma cher', mes oreilles sont prêtes. Parlez toujours, allez, u'vous gênez pas. Pendant c' temps-là je niangVai des côt'lettes. Elle a parlé deux heur's, sans contredit. Voilà pourquoi je n'ai plus d'appe'tit.
GRINGALET
Quel nourrice que c'était? est-ce que c'était l;i mienne î
BILBOQUET
Plus souvent! c'était celle de Zéphirine,quini'3 révélé une foule d'incidens. D'abord un monsieur bien mis, habit noir, qui s'est présenté chez elle et s'est informé de la petite fille ; aveu de cette femme mêlé de pleurs et de sanglots; départ de la nourrice pour Paris; recherche dans cette villedu nommé Bilboquet; rencontre inattendue avec ce dernier, non loin d'une carpe; enfin Bilboquet remet son adresse à la nourrice, et voilà la chose !
Eh bien! qu'est-ce que ça prouve?
BILBOQDET.
Ce que ça prouve? un monsieur bien mis qui cherche un enfant, ce que ça prouve? — Je m'en vais me promener aux Champs-Elysées.
ZÈPHIRINE.
Vous croyez que c'est mon pèreî
BILBOQUET
Oui, ma Zéphirine, l'habit noir, c'est ton illustre auteur! un père cousu de trésors, et j'attends sa visite d'une minute à l'autre.
ZÈPHIRINE.
Tiens, tiens! ça me fait un drôle d'effet t
BILBOQUET, émU.
Et à moi donc? hélas !
ZÈPHIRINE.
Vous soupirez?
BILBOQUET
Je vais peut-être me gêner pour soupirer... 0 ma pupille! ô mon élève ! il faudra me séparer de toi ; je sens une pleur dans mon œil.
ZÈPHIRINE.
Ma foi, ça ne me fait pas grand plaisir non plus ; ce père-là me fait presque peur; quand on n'a pas l'habitude d'en avoir... et puis, où va-t-il me conduire? dans le monde peut-être, où je ne serai guère à mon aise ; on dira toujours : Vous voyez bien cette petite femme qui fait de l'embarras? elle a été saltimbanque. Eh bien! oui, je l'ai été; après?
Alt de Joseph.
A peine au sortir de l'enfance.
Six ans tout au plus je comptais
Je suivis avec confiance
Ua saltimbanque ! et sans regreta.
Avec lui j'ai donc, à la ronde
Sauté toujours honnêtement!
Combien de femmes dans le monde \ ^^ ^^ chmur.
Ne pourraient pas en dire autant. ;
BILBOQDET
Musique du père Méhul!
LES SALTIMBANQUES
GRINGALET
C'est égal î ^ j'avais un père, moi, j'en serais pas fâché.
BILBOQOET.
J' crois ben, toi, tu n'as pas de cœur. Zéphirine, a nature te réclame ! je ne peux pas te refuser à la nature. Va mettre un bonnet; jeveuxteprésenlor à l'homme bien mis dans une attitude convenable. Toi, Gringalet, va l'occuper de tes équiliiies. Quanta moi, je vais passer mon frac, pour ( cevoir le père noble.
AlB de Gustave.
Les pèr's sont des amis Donnes par la nature :
Quel favorable augure , Quand ce père est bien misl ENSEMBLE.
Les pèr's , etc.
Ils sortent.