‹ Pièces de théâtreChapitre 412 sur 1069 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

SALOBION, K'E.MH , jetant son chapeau.

SALOMON, à part. Oh! oh! Pistol a bien fait de se sauver, il y a de l'orage.

KCAN. Salomon!

SALOMON. Blaître? -ti'-ii-'uj

KEAN. Etends sur ce parquet urië pcfàti de lion... une peau de tigre... un tapis... ce que tu voudras, peu m'importe...

SALOMON. Que voulez-vous faire?

KEAN. Des culbutes.

SALOMON, stupéfait. Des culbutes ?''.'

KEAN. J'ai commencé par-là sur la place de Dublin... et je vois bien que je serai forcé de reprendre mon premier métier. Fais afficher aux quatre coins de Londres que le paillasse Kean fera des tours de souplesse dans Begent-Street et dans Saint-James, à la condition qu'il lui sera payé cinq guinées par fenêtre , et alors huit joins ine suffiront pour faire une fortune royale , car tout le monde voudra voir couuueut Hamlet marche sm* les mains, et comment Othello fait le saut de carpe en arrière... Tandis que dans ce

théâtre maudit il me faudra, Shak-

spear aidant, des années, et encore, au train dont j'y vais, plus j'y passerai d'années, plus j'y ferai de dettes, pour amasser de quoi aller mourir, dans une misère honnête, au fond de quelque village du Devonshire, entre un morceau de bœuf salé et un pot de bière. Oh ! la gloixe! le génie! l'art! l'art! squelette efflanqué, vampire mourant de faim, à qui nous jetons un manteau d'or sur les

KEAM.

rpaules , et que nous adorons comme. un . Dieu! Je puis encore être ta victime... mais je ne serai plus ta dupe, va !

SALOllO\. Qu'y a-t-il, maître?

K.EA\. Il y a, que mon hôtel est cerné par les at(orneys, et que j'ai vécu toute la journée dans ma voiture , après avoir passé une nuit à la taverne... ce qui me met dans une merveilleuse disposition pour être sifflé ce soir... et tout cela pour un misérable billet de 400 livres sterling. Viens donc encore me dire que je suis le premier acteur de l'Angleterre, et que tu ne changerais pas ma place contre celle (du prince de Galles... vil flatteur!..

S VLOMO^J. Mais aussi c'est votre faute... . si vous vouliez avoir de l'ordre.

RE.W. Avoir de l'ordre I... c'est cela, et le génie, qu'est-ce qu'il deviendra pendant que j'aurai de Tordre?., avec une ^Vie agitée et remplie comme la mienne , ai-je le temps de calculer minute par minute et livre par livre ce que je dois dépenser de jours ou dissiper d'argent? Oh ! si Dieu m'avait donné cette honorable faculté, je serais à cette heure marchand de draps dans la Cité et non marchand de vers à Covent-Gardcn et à Drury-Lane.

SALOMON. IMais il me semble, maître, pour en revenir à ces 400 livres sterling, que vous pourriez , sur la recette de ce soir... ■• '^ '•,.,. .

KEA!V. La recette est-efté à nioi?.. elle est à ces braves, gens, et tu veux qiie je leur fasse payer le service que je leur rends? ceci est un conseil de laquais, monsieur Salomon,

S.\LOMO\. Mais vous ne, m'ayez pas . compris, maître., dans frcû$ ou' quatre joui's vous leur lendriez ..

RE\N. C'est cela, n'est-ce pas?., j'emprunterai à des sakiiubanques... .moi ,

Kean... Allons donc! .

■'il'""' u SALOMO\. Pardon, maître., pardoti !

KEAN. C'est bien... c'est bien! allez repasser mon rôle, entendez-vous, drôle! et prenez garde que je n'en oublie im seul mot.

SALOMON. Oui, maître.

KEAN. Ou sans cela, tu auras affaire à moi.... mon bon Salomon.,. mon vieux

camarade... mon seul ami.

S.ALOMON. Allons, allons, il paraît que l'orage est passé.

KEAN. Eh! sans doute, ne suis-je pas Prospero le magicien?... ne puis-je pas , en étendant. ma baguette, faire le calme ou la tempête... évoquer Caliban ou Ariel? Va-l'en, Caliban, j'attends Ariel'.

SAKOMON. Oh! c'est autre chose, que ne disiez-vous cela tout de suite?... Je me

sajuvCj maître , je me sariye ,{Re^(i(Uini ,) A propos, maître, n'oubliez pas que ,p,ou3 jouons six actes ce soir.

(11 sort.)

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