‹ Pièces de théâtreChapitre 498 sur 1069 · SCENE PREMIKUE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIKUE

L4 DUCHESSE DE MONTSOREL, MUe DE VAUDREY.

LA DUCHESSK.

Ahl VOUS m'avez attendue, combien vous êtes bonne !

m"<^ de VAUDREY.

Qu'avez-vous, Louise? Depuis douze ans que nous pleurons ensemble, voici le premier momeni où je vous vois joyeuse : et pour qui vous connaît, il y a de quoi trembler.

LA DUCUKSSK.

11 faut que cette joie s'épanche, et vous, qui

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avez épousé mes angoisses, pouvez seule comprendre le délire que me cause une lueur d'espérance.

m"« de vaddrey.

Seriez-vous sur les traces de votre fils?

LA UUCUESSE.

Retrouve!

m"« de vaudrev.

Impossible! Kt s'il n'existe plus, à quelle horrible torture vous êtes-vous condamnée?

LA DUCUESSE.

Un enfant mort a une tombe dans le cœur de sa mère; mais l'ecifant qu'on nous a dérobé, il y existe, ma tante.

m"« de vaudrev.

Si l'on vous entendait?

la duchesse.

Eh I que m'importe! je commence une nouvelle vie, et me sens pleine de force pour résister à la tjrannie dcmonsieurde Montsorel.

M"e DK VAUDREV.

Après vingt-deux années de larmes, sur quel événement peut se fonder cette espérance?

LA DCCUESSE.

C'est plus qu'une espérance! Apiès la réception du roi, je suis allée chez l'ambassadeur d'Espagne, qui devait nous présenter l'une à l'autre, madame de Chrisloval et moi : j'ai vu, là, un jeune homme qui me ressemble, qui a ma voix! Comprenez-vous? Si je suis rentrée si tard, c'est que j'étais clouée dans ce salon, je n'en ai pu ^ortir que quand // est parti.

M"« DB VAUDREV.

Et sur ce faible indice, vous vous exaltez ainsi I

LA DUCUESSE.

Pour une mère, une révélation n'est-elle pas le plus grand des témoignages? A son aspect, il m'a passé comme une flamme devant les yeux, ses regards ont ranimé ma vie, et je me suis sentie heureuse. Enlin, s'il n'était pas mon Uls, ce serait une passion insensée !

m"' de vaudrey.

Vous vous serez perdue!

LA DUCUESSE.

Oui, peut-être! Ou a dû nous observer: une force irié.'ijlible m'entraînait, je ne voyais que lui, je voulais qu'il me parlât, et il m'a parlé, et j'ai su son âge : i!a \ ingt-trois ans, l'âge de Fernand !

m"'' de VAUDREV.

Mais le duc était là?

LA DUCUESSE.

Ai-je pu songer à mon mari? J écoutais ce jeune homme, qui parlait à Inès. Je crois qu'ils s'aiment.

Bs'i'^ DE VAlDKliY.

lues, la prétendue de votre (ils le marquis? Et pensez-vous que le duc n'ait pas été frappé de cet accueil fait à un rival de sou lils?

LA DUCUESSE.

Vous avez raison, et j'aperçois maintenant à quels dangers Fernand est exposé. JUais je ne veux pas ^ous retenir davantage, je vous parlerais

deluijusqu'au jour. Vous le verrez. Je lui ai dit de venir à l'heure où monsieur de Montsorel va chez le roi, et nous le questionnerons sur son enfance.

m"" de VAUDREY.

Vous ne pourrez dormir, calmez-vous, de grâce. Et d'abord renvoyons Félicité, qui n'est pas accoutumée à veiller.

Elle sonne.

FÉLICITÉ, enlrant.

Monsieur le duc rentre avec monsieur le marquis.

La DUCUESSE.

Je vous ai déjà dit, Félicité, de ne jamais m'instruire de ce qui se passe chez monsieur. Allez.

M"e DE VAUDREY.

Je n'ose vous enlever une illusion qui vous donne tant de bonheur; mais quand je mesure la hauteur à laquelle vous vous élevez, je crains une chute horrible : en tombant de trop haut, l'âme se brise aussi bien que le corps, et laissez-moi vous le dire, je tremble pour vous.

LA DUCUESSE.

Vous craignez mon désespoir, et moi, je crains ma joie.

iw'le DE VAUDREY, reijardani la Duchesse sortir.

Si elle se trompe, elle peut devenir folle. LA DUCUESSE, revenant.

Ma tante, Fernand se nomme Raoul de Frescas.

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