‹ Pièces de théâtreChapitre 567 sur 1069 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LA VICOMTESSE, (l'abord seule , ensuite EUGENE.

LA VICOMTESSE , à plusieurs doîiiestiques. Allez , et n'oubliez rien de ce que j'ai dit... L'ennuyeuse chose qu'une soirée pour une maîtresse de maison qui est seule ; à peine ai-je eu le tems d'achever ma toilette , et si cet excellent Eugène ne m'avait aidée dans mes invitations et mes préparatifs, je ne sais comment je nr'eu serais tirée..... mais il avait promis d'être ici le premier.

UN DOMESTIQUE, <j,'aiao«fa/2^. M. Eugène d'Hervilly.

LA VICOMTESSE , saluant. Monsieur...

EUGÈNE, lui rendant son salut. Madame.. . (Le domestique sort.)

LA VICOMTESSE , changeant de manières.

Ah ! vous voilà... {Se coiffant d'une main et donnant Vautre à baiser.) Vous êtes cliarmant et d'une exactitude qui ferait honneur à un algébriste ; c'est beau pour un poète.

EUGÈNE. Il y a des circonstances où Tt-xactitude n'est pas une vertu bien surprenante.

LA VICOMTESSE. Vrai?... tant mieux...

Ma toilette est-elle de vôtre goût ?

EUGÈNE. Charmante!

LA VICOMTESSE. Flatteur I . . . Reconnaissez-vous cette robe ?

EUGÈNE. Cette robe?..

LA VICOMTESSE. Oublieux I... c'est celle que j'avais la première fois que je vous vis...

EUGÈNE. Ah! oui, chez...

(II cherche.)

LA VICOMTESSE, apec impatience. Chez

M™" Amédée de Vais il n'y a que les

femmes pour avoir ce genre de mémoire.. . ce devrait être le beau jour, le grand jour de votre existence... Vous rappelez-vous cette dame qui ne nous a pas quittés des yeux?

EUGÈNE. Oui, madame de Camps.. . cette prude... dQi>t on heurte toujours le pied ,

et qui , lorsqu'on lui fait des excuses , fait semblant de ne pas comprendre, et répond : Oui , monsieur , pour la première contredanse.

LA VICOMTESSE. A propos , je l'ai vue depuis que vous m'avez quittée , et je me suis disputée avec elle , oh ! mais disputée à m'enrouer.

EUGÈNE. Ah! bon Dieu! et sur quoi donc?

LA VICOMTESSE. Sm* la littérature.....

Vous savez que je ne parle plus que litté ratm'e. . . c'est vi'aiment à me compromettre... C'est votre faute cependant.. .Si voufme rendiez en amour ce que je risque pouï vous , au moins...

EUGÈNE. Comment? est-ce que je ng vous aimerais pas comme vous voulez être aimée .^

LA VICOMTESSE. Il le demande!.....

Quand j'ai vu un poète s'occuper de moi , j'ai été enchantée ; je me suis dit : Oh ! je vais trouver une ame ardente, une tête passionnée, des émotions nouvelles et profondes. Pas du tout , vous m'avez aimée

comme aurait fait un agent de change

Voulez-vous me dire oii vous prenez ces scènes de feu qui vous ont fait réussir au théâtre? car, vous avez beau dire , c'est là qu'est le succès de vos pièces , et non dans l'historique , les mœurs , la couleur locale que sais-je moi? Oh ! je vous en

veux mortellement de ni'avoir trompée...

et de rire encore.

EUGÈNE. Ecoutez... moi aussi, madame, j'ai cherché partout cet amour délirant dont vous parlez moi aussi je l'ai demandé à toutes les femmes... Dix fois j'ai été sur le point de l'obtenir d'elles... mais pour les unes je ne faisais pas assez bien le nœud de ma cravate ; pour les autres , je sautais trop en dansant et pas assez en valsant... une dernière allait m'aimer à l'adoration , lorsqu'elle s'est aperçue que je ne dansais pas le galop... bref, il m'a toujours échappé au moment où je croyais être sur de l'avoir inspix-é... C'est le révc de l'ame tant qu'elle est jeune et naïve..,,» Tout le monde a fait ce rêve peur le f 3ir

Jg 1.1: MAGAii-N THEATKAl

s'cviinouir icuteiaeat; j'ai commence ainsi que les autres , et fini comme eux ; j'ai accepté de la vie ce qu'elle donne , et l'ai tenue quitte de ce qu'elle promet ; j'ai usé cinq ou six ans à chercher cet amour idéal au milieu de notre société élégante et rieuse , et j'ai terminé ma recherche par le mot impossible.

LA VICOMTESSE. Impossible ! Voyez

comme aime Antony... voilà comme j'aurais voulu être aimée..

EUGÈNE. Oh I c'est autre chose ; prenez-y garde , madame ; lui amour comme celui d' Antony vous tuerait du moment où vous ne le trouveriez pas ridicule ; vous n'êtes pas , comme madame d'Hervey, une femme au teint pâle , au yeux tristes , à la bouche

sévère Votre teint est rosé, vos yeux

sont pétillans , votre bouche est rieuse... de violentes passions détruiraient tout cela, et ce serait dommage ; vous , bâtie de fleurs et de gaze, vous voulez aimer et êtie aimée d'amour ; ah ! prenez-y gaide , madame !

LA VICOMTESSE. Maisvous m'effrayez!. ..

Au fait, peut-être cela vaut-il mieux comme cela est.

EUGÈNE , aoec gaîté. Eh ! sans doute ; vous commandez mie robe , vous me dites que vous m'aimez, vous allez au bal , vous revenez avec la migraine ; le tems se passe, Totie cœur reste libre , votre tête est folle; et, si vous avez à vous plaindre d'une chose, c'est de ce que la vie est si courte et les jours si longs. .

LA VICOMTESSE. Sileucc , fou que vous êtes, voilà du monde qui nous arrive.

LE DOMESTIQUE. IM""" de Camps.

LA VICOMTESSE. Votre antipathie.

EUGÈNE. Jel'avoue... méchante et prude.

LA VICOMTESSE. Chut ! {A M"^ de

Camps. ) Ah! venez donc...

Page 1