‹ Pièces de théâtreChapitre 596 sur 1069 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

SALFIÉRI, LE BRAVO.

LE BRAVO , reculant. Malédiction ! un homme ici!..

SALFIÉRI. Eh! qu'y a-t-il d'étonnant, quand cet homme c'est moi ?..

LE BRAVO. C'est vrai... j'avais oublie que tu savais comment te faire ouvrir cette porte mais où est la jeune fille?

SALFIÉRI. Elle est là...

LE BRAVO , la main sur son poignard. Lui as-tu dit qui j'étais?

SALFIÉRI. Si elle te connaissait, seraîtelle encore ici ?

LE BRAVO. Bien... maintenant, que veuxlu?

SALFIÉRI. Maintenant... je veux cette jeune fille qui est là.

LE BRAVO. Qu'est-ce que lu as dit, malheureux?

SALFIÉRI. Ecoule... Si j'avais voulu l'enlever en ton absence , je le pouvais. .. mais c'pût été mal payer ta confiance et ton hospitalité... j'ai attendu Ion retour.. .

LE BRAVO. Espérant que je t'accorderai celte demande insensée?

SALFIÉRI. L'espérant...

LE BRAVO. Tu t'es trompé... Celte jeune fille est à moi : je ne la rendrai à personne.

SALFIÉRI. Pas même à sa mère.. .

SALFîÉRi. Que dis-tu ? à sa mère !... elle n'en a pas...

SALFIÉRI. Elle en a une, et je la quitte.. . et je viens, en son nom, te la demander... Je ne savais pas qu'elle fût ici. . . j'accourais pour te dire: Aide-moi... toi qui connais lout ce qui se passe à Venise, aide-moi à rendre une fille à sa mère... J'ai trouvé ici cette enfant... Elle m'a raconté la mort de Mafféo... elle m'a dit comment tu l'avais adoptée... et alors j'ai reconnu que celle que je cherchais c'était elle.. .

LE BUAvo. Et tu me la demandes au nom de sa mère!. .

SALFIÉRI. Au nom d'une mère en larmes, qui s'est traînée à mes pieds en criant ! Grâce à Dieu !. .

LE BRAVO. C'est bien sacré... unemère.

SALFIÉRI, Oui, oui... c'est sacré... une mère a des droits sur son enfant que nul ne peut lui ravir; car son enfant lui a été donné par Dieu... Celle-là surtout paraît tant aimersa fille !..

LE BRAVO. Et quelle est-elle... où demeure-l-elle?. .

SALFIERI. Dans le palais qui fait le coin de la Piazzetta, en face de la colonne du

LE BBATO. Mais te palais est à Théodora !

sALFiÉBi. Oui , c'est cela.. . c'est cela.. . ce Dom est bien celui qui se trouvait au bas du billet qu'elle m'a écrit... Sa mère se nomme Tlitodora.. .

lE BRAVO. Et elle veut qu'on lui rende sa fille?

SALFiÉRi. Elle la demande à genoux...

LE BRAVO. Ab ! cela ne m'étonne plus : Tbéodora redemande sa fille... la courtisane veut son élève... il faut qu'elle lègue à Venise une héritière qui la remplace... dans sa renommée et dans son infamie...

SALFiERi. Que dis-tu?

LE BRAVO. Et tu t'es chargé de reconduire nne enfant aussi pure à une mère aussi perdue ?

SALFIÉBI. Mais je ne sais rien de tout cela , moi...

LE BRAVO. Tu ne sais pas qu'il n'y a que deux réputations à Venise, dont l'une puisse balancer l'autre... et que l'une est celle de la courtisane et l'autre celle du Bravo?..

SALFiÉRi. Mon Dieu!

LE BUAvo. Ah! Théodora!.. ame perdue... ame damné!., ah! lu veux ta fille pour l'entraîner avec toi dans l'abîme!., tu veux cet ange pour lui arracher son auréole , pour le plonger dans ton enfer!., et lorsque Dieu, dans un instant de pitié pour une si belle et si douce créature., la tire de tes mains... au lieu de bénir ce Dieu... juste une fois... tu demandes qu'on te la ramène!,. N'a-t-elle pas demandé cela m'as-tu dit?..

SALFIÉRI. Oui.

LE BRAVO. Eh bien! c'est bon... je la lui ramènerai, moi.

SALFIÉRI. Ce n'est pas à toi, mais ù moi qu'elle a dit...

LE BRAVO. Elle t'a dit de retrouver sa fille. .i va lui dire qu'elle est retrouvée... va lui dire qu'avant demain malin on la lui ramènera... et que, si cette enfant veut rester près d'elle, personne ne s'y opposera...

SALFIÉRI. Mais si, contre toute probabilité cette enfant ne voulait pas rester près de sa mère. .. que deviendrait-elle?..

LE BRAVO. Il y a trois cents monastères à Venise.,, elle choisira celui où elle voudra que je lui paie une dot de reine ..

SALFIÉRI. Eh ! si je n'adopte pas tous ces projets.,, si je veux la ravoir tout de suite, moi... car cette jeune fille, c'est Violetta... Violetla que j'aime et que je cherchais.

LE BRAVO. Pour 611 faire ta maîtresse, n'est-ce pas ? car le noble Salfiéri voudrait-il donner son nom ù la fille d'une courtisane ?

SALFIÉRI. Après sa mère, j'ai seul des droits sur cette enfant, et si je veux les faire valoir?..

LE BRAVO. Alors je te dirai ce qu'hier tu me disais, ù pareille heure: Nous sommes deux... jeunes tous deux... forts tous deux., braves tous deux, je le crois... et chacun de nous a un poignard à sa ceinture... Ecoute: je me suis fié à toi... fie-toi à moi... je t'ai tendu la main... tends-moi la tienne.

SALFIÉRI. Avant tout, je ponrrai moimême, quand je le voudrai, consulter celte enfant sur sa volonté. ..

LE BRAVO. Très-bien.

SALFIÉRI. Et la volonté de cette enfant sera suivie?

LE BRAVO. En tous poînls...

SALFIÉRI. Voilà ma main...

LE BRAVO. Maintenant, retourne auprès de Théodora: ne devait-elle pas donner une fête cette nuit ?

SALFIÉRI. Oui... mais la perte de sa fille...

LE BRAVO. Eh bien ! va lui dire qu'elle peut donner sa fête... car sa fille est retrouvée.. .

SALFIÉRI. Je me fieàtoi... mais songe... LE BRAVO. Lorsque hier tu t'es présenté ici , à cette même heure. .. tu m'as dit qu'avec un mot je pouvait te tuer... eh bien ! un mot aussi à mon tour, peut m'être mortel... Si jeté trompe... porteaux Conseil des Dix ce masque et ce poignard... accuse-moi de les avoir quittés une heure... et tout sera dit...

SALFIÉRI. C'est bien...

LE BRAVO. Adieu !

SALFIÉRI. Adieu!

11 sort.

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