LE MARQUIS DE RUFFO, LE COMTE DE BELLAMONTE, MICHELEMMA
Jecnes Seigneurs, Masques; Deux Femmes masquées^ et qui semblent éviter la poursuite du marquis de Ruffo iortent de la foule.
LA première dame. Le voilà encore.
LA DEUXIÈME DAME. Pour la dumièrc fois , seigneur , je vous défends de nous suivre ainsi.
RUFFO, à part. Plus de toute (Haut.) J'avais besoin d'entendre encore ta voix ma jolie Vénitienne. Maintenant presse bien ton masque sur ton visage , peu m'importe, je te connais.
LA PREMIÈRE DAME. Oh ! mOU DicU.
ROFFO. Et toi aussi... car l'une de vous porte une bague qu'hier encore j'ai vue au doigt delà charmante femme du provéditeur Ordénégo... l'autre...
LA PREMIÈRE DAME. Oh! par pitié! seigneur, ne me nommez pas ici.
RUFFO, baissant la voix. Est-ce avec la permission du grave sénateur Zéno que vous êtes ici, madame?
LA DEUXIÈME DAME. Oh! parlez plus bas et sur votre honneur promcltcz-nous le secret... Depuis huit jours il n'est bruit dans Venise que de la fêle brilianle dcThéodoia. A la faveur de ce déguisement, ù l'ombre dece masque, nousavons yodIu voir ce pa-
lais de la nouvelle Armide, nous avons voulu assister à ses enchantemens... vous nous avez reconnues, ri^arquis; d'un mot vous pouvez nous perdre : mais ce mot vous ne le direz pas.
RUFFO. Je me tairai, quoi qu'il m'en coûte, mais vous mepcrmellezd'êire pour toute la nuit votre cavalier servant?..
LA PREMIÈRE DAME. Oh! c'est inulilc...
quelques iTiinntes encore et nous partons, ne nous faites pas remarquer... quitteznous.
RUFFO. Vous le voulez... j'obéis... adieu, madame... comptez sur ma discrétion.
LA PREMIÈRE DAME. Comptez sur noire reconnaissance.
Elles se perdent dans la foule.
RUFFO, les regardant s'éloigner. Nobles prudes, voilà un secret que je vous ferai payer cher! Ah! Michelemma!.. Michelemma.
MICHELEMMA. Motiseigiicur.. .
LE MARQUIS. Est-cc quc tu as toujours l'ordre de me fuir ?
MICHELEMMA. Est-CC qUC VOUS aVCZ tOU-
jours le courage de me parler?
LE MARQUIS. Vcux-tu mc dire de quel sabbat tu avais ramené le sorcier qui te donnait le bras...
MICHELEMMA. Je ne le connais pas plus que vous.
BELLAMONTE. MichcIemma. . .
MICHELEMMA. .Monseigneur...
BELLAMONTE. Est-ce que ta maîtresse a l'habitude de ne pas paraître aux bals qu'elle donne?
MICHELEMMA. Est-cc què VOUS avcz l'habitude de venir aux bals où l'on ne vous invite pas?
BELLAMONTE. Mais tout cc quc Venise a de jeunes gens de figure et de noblesse est invité ici de droit.
RUFFO, s'' approchant. Aux réponses de la camérière on devine que les affaires du comte de Bellamonte vont mal avec la maîtresse.
BELLAMONTE. Et c'cst uu malheur pour lequel le marquis de Ruffo doit éprouver une grande symphatie.