SCÈNE X
THÉODORA, GIOVANNL
THÉODORA. Dieu leur donne le bonhe.ir ! GIOVANNI. Et à nous le courage...
THÉODORA, pleurant. Oh ! oui... ah ! mon Dieu!
GIOVANNI. Qu'as-tu ?
THÉODORA. Pardon... cet ordre qui est à ta ceinture... et que j'ai touché de la main...
GIOVANNI. Ecoute, Théodora... c"est une misérable et sanglante exi.-tance que la mienne : crois-moi, avant que je n'ouvre cet ordre... cet ordre qui t'épouvante... Nos enfans ne sont poiiU encore loin... rejoins-les.
THÉODORA. Nos «iifaiis accomplissent leur destinée... accf^mpllssons la nôtre.
GIOVANNI. C'est bien, alors... {Il ouvre l'ordre.) Ah!
- THEODORA. Qu'y a-t-il ?
GIOVANNI. Va-l'en, Théodora... vat'en... peut-être esl-il temps encore...
Luidgi...
Appelant avec désespoir.
THÉODORA. Oii ! il est trop loin maintenant. (Se retournant. ) 'Et la gondole du Conseil e.^i trop près.
GIOVANNI. Oh! mais, j'ai mal lu. [Il relit encore.) >iais c'est atroce... Oh! Bellamonte ! Bellamonte !
THÉODORA. Qu'y a-t-ii encore une fois?
qu'ya-t-il !
GIOVANNI. Il y a que tu as insulté cet homme... que tu l'as appelé lâche et infènie... que tu lui as jeté ton masque à la fignrc, et que cet homme se venge comme 1:11 lâche et comme un infâme.
THÉODORA. Et comment cela?
GIOVANNI. Lis.
THÉODORA. Le conseil a condamné à mon l'incendiaire Théodorora...
GIOVANNI. Je t'avais bien dit de partir, Téodora...
THÉODORA. Oh! grâce, grâce!
Le Bravo et Tliéodora se regardent épouvantés,
THÉODORA. Qu'ai-je dit?., grâce... oh!
n'écoute pas ce cri du sang, ce cri d'une
femme... Giovanni, Covauni, son'^e à
Ion père.
GIOVANNI. Moi?., jamais! jamais !
THÉODORA. Mais ton père, ils le tueront. GIOVANNI. Eh bien! s'ils le tuent, je pourrai mourir...
ïtiËODORA; GioyauDi,..
GIOVANNI. Que ce tribunal de sang fasse ce qu'il voudra... qu'il tue mon père, qu'il me tue... mais moi... moi, une deuxième fois lever le poignard surtoi? impossil)le; jamai?! jamais!..
THÉODORA. Ilsapprochent... écoute, Giovanni... il faut mieux que ce soit moi qui meure... vois-lu; moi je guis falii^uéede la vie... lasse de tout!., mon existance n'est nécessaire à personne... Dieu a choisi celte expiation, plus douloureuse, mais plus courte... ce que Dieu a fait est bien fait.
GIOVANNI. Ce n'est pas l'œuvre de Dieu, Théodora, c'est l'œuvre des démons et des l)ommes. .. Tribunal de meurtre... oh! tu m'as mis ce poignard à la main et tu m'as dit : Frappe... je frapperai...
THÉODOBA. Que dis-tu ?
GIOVANNI. Je puis pénétrer au milieu de vous, misérables, frapper jusqu'à ce que mon bras se lasse; me baigner j'usqu'aux genoux dans votre sang détesté puis alors, mon père mourra... je mourrai... mais au moins vengeance! vengeance!
TBÉODORA, l'arrêtant dans ses hras. Taistoi... tais-toi, s'ils l'entendaient," mon Dieu ! car le voilà... Giovanni, Giovanni, au nom du ciel... ton père... un pauvre \itillard insensé qui a peur de la mort comme un enfant... ton père... oh! tu veux qu'on le traîne à l'éhafaud par ses cheveux blancs.
GIOVANNI. Grâce à ton tour, Théodora...
grâce! grâce ! ou tu me rendras fou.
THÉODORA. Tu as cu lou cxpialion en ce monde, laisse-moi la mienne. Dieu veut que mon sang rachète celui d'un vieillard et lave mes fautes... laisse-moi, femme impure, laisse-moi m'offrir en sacrifice, pui que Dieu le veut bien.
GIOVANNI. Désespoir!..
THÉODORA. La gondole s'est arrêtée...
Ils sont là... là... Oh ! que puis-je te donner en échange de tant d'amour, Giovanni... en «change de tant d'amour... qui sacrifie tout? [Se jetant dans ses bras.) Je ne puis te donner que ma vie. {Lui arracliant son poignvrd et se frappant elle-même.) Puisque tu veux pas la prendre...
Ici paraît le sbire.
G\OY k^m, Jetant un cri. Théodora, qu'aslu fait?