‹ Pièces de théâtreChapitre 620 sur 1069 · ADRIEN, JULIE · texte numérisé non relu

ADRIEN, JULIE

JULIE. Ah! c'est vous, monsieur Adrien!

ADUiEN. Moi-même , mademoiselle

Julie.

JULIE, ^icc iniéiêl. On ne vous a pas vu hier de la journée.

ADUIEN. J'étais occupé de mes préparatifs de départ.

JULIE , surprise. Vous partez?

ADRIEN , aoec un peu d'efjort. Oui , mademoiselle.

JULIE, vivement. Eh! mon Dieu! quel motif a pu vous décider à quitter si promptement... un pays que vous trouviez charmant?..

ADRIEN. Ah ! ce pays n'a rien perdu de ses charmes pour moi!., mais j'ai compris la leçon indirecte que votre père m'a donnée l'autre soir, et j'ai senti que pour vous obtenir, il fallait vous mériter!

JULIE , cherchant à cacher sa joie. IMoi . ADRIEN, tii'ec chaleur, abandon. Julie, du premier jour où je vous ai vue, je me suis dit : voilà la femme que j'ai rêvée!., je n'ai point étourdi vos oreilles de l'aveu d'un auvour que votre cœur avait deviné... mes reyards , attachés sur les vôtres, vous portaient mes plus secrètes pensées... dans ces longues soirées où nos entretiens changeaient souvent de nature et d'objet , vos opinions , si ingénieusement exprimées , reproduisaient toutes les miennes, nos goûts , nos préventions , nos sympathies étaient toujours les mêmes, et cet accord de sentimens vous rendait encore plus chère à mon cœur!., je me laissais aller au plaisir de vous aimer, sans songer que les jours s'écoulaient rapidement, que des devoirs importans m'appelaient loiu de

JULIE , étonnée. Des devoirs importans ! ADRIEN. Je suis orphelin, vous le sa- ■çez!..

JULIE. Pauvre Adrien !

ADRIEN. Né à Saint-Domingue, je n'ai pas connu mon père , il était repassé en Europe quelque temps avant ma naissance. Dans sa position , ma mère n'avait pu le suivre. Pendant trois ans elle supporta l'absence de son époux , sans se plaindre. Il promettait toujours de reve-

nir dans la colonie. Mais, mon père étant resté plusieurs mois sans écrire , l'inquiétude de ma mère devint extrême, sa santé s'altéra ; désespérée, elle fit ses adieux à sa famille, et s'embarqua pour la France. Hélas ! j'eus le malheur de la perdre dans la traversée. Je restai abandonné aux mains d'un domestique, que nous n'aimions point et que je craignais beaucoup ; mais c'était le seul qui nous eût suivi. A notre arrivée en France, il me plaça dans une pension sous le nom d'Adrien., et , comme je lui exprimais le désir de voir mon père, il me répondit qu'il fallait Y renoncer, que j'étais orphelin, quti înon père était mort... qu'il avait déposé chez un notaire une somme sufiisantc pour mon éducation, et qu'une fois cette éducation terminée., je ne devais compter que sur moi-même... En effet, tous les ans ma pension a été régulièrement payée par une main inconnue. Le jour où je sortis du collège de Navarre, le principal me remit un bon de deux mille écus sur M. Lacour, fermier général, en me donnant à entendre que cet argent était destiné à payer mes livres et mes frais d'étude à l'Ecole de Médecine de Montpellier, et que le double de cette somme me serait compté le jour où la faculté m'accorderait le grade de docteur... Je me mis en route. Admis à l'école, je m'appliquai à mériter l'estime et la protection de mes chefs... et je n'aurais point quitté le Languedoc , si je n'avais reçu il y a trois mois, une lettre qui semblait devoir changer toute mon existence. JULIE. Ah !.. et ceite lettre ?..

ADRIEN. La voici ; l'écriture m'en est inconnue. On m'invitait à me rendre en toute hâte à Paris. Le seaet de ma naissance devait m'y être révélé par un notaire auquel il avait été confié sous la foi du serment... Plein d'espoir, je prends congé de la faculté ; je pars, j'arrive, je coursa l'adresse qu'on m'a indiquée... le notaire venait de motuir !

JULIE. Quel malheur!

ADRIEN. Ah ! cette nouvelle me fit un mal!., depuis long-temps, j'étais résigné à mon sort., il ne me restait plus aucun souvenir de mes premières années... et cette lettre était venue réveiller en moi des espérances!.. Qui sait? ce misérable domestique a peut-être abusé mon père!..

il m'a peut-être aussi trompé !.. mon père existe peut-être encore!..

JULIE. Et il ne vous reste pas quclqu'idée de son nom?

ADRIEN. Je n'avais pas quatre ans

LA DUCHESSE DE LA VAD3AL1ERE

quand je perdis ma mère!.. Certes, je suis bieu sur de lui avoir entendu prononcer le nom de sou époux... mais...

vous concevez... quel souvenir un enfant de quatre ans peut-il avoir conservé?..

Ah 1 Julie, c'est surtout pour vous que je regrette...

JULIE. Je ne vols pas ce qu'il y a de désagréable à s'appeler i\I"'^ Adrien ?

ADRIEN. Mon parti est pris ; je retourne à Montpellier. La certitude d'être aimé de vous me donnera de la patience , du courage ; et quand j'aurai passé mes examens, soutenu mes thèses... ah I Julie, je reviendrai...

JLLIE. Oui , revenez en toute assurance.

ADUIEN. Vous nr'aimez ?

JULIE. Je vous crois bon... honnête...

personne ne ju'a jamais inspiré autant de confiance... d'estime.

ADRIEN. Ah ! si j'osais !..

JULIE. Quoi?

ADRIEN, lui montiaiit un anneau. Cet anneau...

JULIE. Eh bien !..

ADRIEN. J'ai fait graver en dedans, les noms d'Adrien et de Julie...

JULIE. Donnez... donnez.. {^Elle le prend tile met à son duigl.) Et soyez sûr qu'il ne me quittera jamais!

ADRIEN, 6/ffc explosion. Jamais I. Avant six mois, je serai de retour.

■* (Il lui baise la main et sort.)

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