I.r, MAGASIN lIIliArr.AL
je ne couirarierai jamais ton inclinalion. Quand un père force sa fille à épouser un liomme qu'elle n'aime pas, il l'expose à de grands dangers, et devient responsable des suites inévitables d'un mauvais mariage. .
JULIE. Ainsi... vous me promettez Jjien que je n'épouserai qu'un homme que j'aimerai, que j'aime déjà... vous le savez tout aussi bien que moi.
RAYMOND. Oui, mais l'amour s'use bien vite en ménage , quand il est tout seul. {Açec bonhomie.) Si j'étais riche, c'est avec plaisir que je verrais passer mon avoir aux mains de mes petits-enfans. A peine au bout de l'année pouvons-nous mettre en réserve quelques gros écus pour la gicle... ouïes rhumatismes., il faut donc que mon gendre, à qui je demande pas des monceaux d'or, assure au moins l'existence de ma fille.
JULIE. Quand on s'aime bien...
RAYMOND. On meurt d'amour etde faim, ce qui n'est pas fort agréable... Ou bien!., écoute, tu es une bonne fille , pleine d'excellentes qualités, et voilà pourquoi je ne veux pas t' exposer à un combat où de plus fortes que toi ont succombé... la misère est si horrible à regarder en face!.. Que demandai -je? suis -je donc si ridicule?
Adrien était en train d'étudier la médecine... pourquoi n'a-t-il pas continué de l'étudier? pourquoi demeurer constamment ici , où il n'avait que faire , quand ses études le rappelaient à Montpellier ? {Julie veut l'interrompre.) Je sais bien ce que tu vas me dire pour l'excuser... le plaisir de te voir... de te faire sa cour... un peu de jalousie. . tout cela est bel et bon ; mais c'est du temps perdu... ce n'est pas ainsi qu'on remplit ses devoirs d'homme et qu'on se préparer à remplir ceux d'époux et de père... Enfin , il m'a compris, il est parti, c'est ce qu'il pouvait faire de mieux. ( Souriant. ) Il t'a juré une fidélité éternelle... tu lui as promis un amour sans fin... Qu'il revienne avec un diplôme de médecin, et je me débarrasserai de toi en sa faveur,
JULIE. Oui, oui ; il reviendra, et plus tôt que vous ne pensez.
RAYMOND. Voyons, dis-moi maintenant ; as-tu trouvé le notaire, à Paris?
JULIE. Oui , mon père , rue des Tournelles ; mais imaginez-vous que ce n'est pas ce que vous pensiez.
RAYMOND. Comment?
JULIE. Vous m'aviez parlé d'un vie lard.... c'est un jeune homme.
RAYMOND. Est-ce que M. Berlin amait
ventlu sa charge et se serait donné un successeur?.. C'est possible, il y a plus d'uu an que je n'ai mis le pied dans son étude. JULIE. Ce monsieur ne ressemble en rien à nos hommes de loi... il rit, il chante en vous parlant, il n'est ni ridicule, ni pédant... il n'a pas du tout l'air notaire...
RAYMOND. Et mon projet de bail qu'en a-t-ildit?
JULIE. Il l'a examiné avec assez attention ; pilis, après avoir fait quelques marques avec son crayon, il l'a serré, et il m'a dit qu'il viendrait en causer avec vous dans la journée.
RAYMOND. Tu lui as annoncé que l'intendant du duc de la Vaubalièie désirait que le bail fût signé aujourd'hui?
JULIE. Certainement. Savez-vous , mon père, que c'est fort heureux que ce soit ce duc-là qui ait hérité de M™" de IMontaigu... et surtout qu'il ait un intendant aussi aimable, aussi rond en affaires?.. Le premier jour qu'il est venu ici, il a consenti tout de suite au renouvellement de votre bail de la ferme de la Jolais , et quand vous lui avez parlé des pertes que vous ont fait éprouver, l'année dernière, les orages, les incendies... il a de lui-même supprimé la moitié des redevances.
RAYMOND, souriant. Oui... et tout cela en te regardant... en te faisant des complimens...
JULIE. Je suis si accoutumée à en entendre que je n'y prend plus garde.
RAYMOND. C'est dommage , car il me semble que ceux de notre intendant sont tournés avec une certaine élégance. . .