LE DUC, JULIE
JULIE. ]Mon père!., monpèi-e!.. je veux
revoir mon père !
LE DUC. Apaisez-vous.
JULIE. Ne m'approchez pas!
LE DUC L'amant le plus tendre , le plus soumis, peut-il vous inspirer des craintes ?
JULIE. O ciel !.. mes yeux ne me trompent pas. . . l'intendant du duc !
LE DUC. Le duc lui-même! à qui rien n'a coûté pour se rapprocher de vous.
JULIE. Quelle infâme trahison!
LE DUC. Cette traliison n'a pour but que votie bonhem-,
JULIE. Ma liberté! j'oublierai tout.
LE DUC. La liberté... Julie...
JULIE. Et de quel droit osez-vous me retenir ici malgré moi?
LE DUC. Ce droit , je le puise dans la violence, dans la sincérité de mon amotu*.
JULIE. Ai-je jamais rien fait pour attirer vos regards? pour encourager un amour qui ne se révèle que par un crime 1
LE DUC. Plus je serai coupable , plus vous serez forcée d'y croire.
LA DUCHESSE DE LA VACBAITERE
JULIE. Mais vous voulez donc me perdre?...
LE DUC. Je veux vous forcer à partager mon amour. -
JULIE. Moi!... et par où ai-je mérité que vous prissiez de moi une si mauvaise opinion ? Partager votre amour ?.. l'amour d'un duc? Non, non, monsieur, je m'estime trop pour accepter l'honneur humiliant que vous voulez me faire.
LE DUC. Ah ! Julie, que vous me comprenez mal... l'amour que j'éprouve est un de ces sentimens impérieux qui ne connaissent aucim obstacle , ou plutôt qui triomphent de tous ceux qu'on voudrait leur opposer... Je t'aime, Julie, je t'adore! et pour te posséder., je donnerais...
JULIE. Ah! je suis bien maUieureuse!
(Elle tombe dans un fauteuil. Un domesti<{ue entre.)
LE DOMESTIQUE, « voix basse. Monseigneur...
LE DUC , allant à lui' et parlant bas. Qu'est-ce?
LE DOMESTIQUE, bas. L'honime qui est en bas, gardé à vue...
LE DUC, bas. Eh bien?
LE DOMESTIQUE , ia5. C'est Raymond...
le fermier.
LE DUC, bas, Raymond!
LE DOMESTIQUE , bas. Il crie , il tempête , il fait un vacarme !.. .
LE DUC, irts. Grand Dieu! si elle l'entendait!... Au nom du ciel! va, qu'on l'apaise , qu'on l'éloigné à tout prix , va.
(Il lui donne une bourse et le pousse , le domesti(jue sort.)
JULIE . se levant. Monsieur le duc , ma résolution est prise. Je ne crois pas à la sincérité de vos paroles. J'y croirais... que je ne pourrais y répondre... Vous allez m'ouvrir les portes du château, me donner un guide qui sera libre de revenir dès qu'il m'aura remis dans le chemin de la ferme de la Jolais. . . moi , je me tairai , je le promets devant Dieu! j'oublierai le nom de mon ravisseur... jamais ce nom ne sortira de ma bouche. .. mais si vous me refusez.. . je vous déclare ici qu'à l'instant même, et par tous les moyens qui seront en mon pouvoir... j'appelle à mon secours, et, le jour , mes cris seront entendus !
LE DUC , souriant. De mes gens.
JULIE. Vos gens!... mais ils ne seront pas les seuls que mes cris attireront en ces lieux, et lorsqu'au milieu des étrangers qui seront accourus , j'am-ai dit : Sauvezmoi de cet homme qui me poursuit, qui i
a juré ma perte , mon déshounetj/, celui de ma famille... croyez-vous qu'il y en ait un seul qui ne vînt se placer entre nous deux pour me garantir de votre épouvantable amour ?
LE DUC. Oui , car je les arrêterai d'un mot.
JULIE. Vous !
LE DUC , aoec hypocrisie. En leur disant. . . cet amour dont elle se plaint est aussi pur que sa belle ame.. . elle s'alarme à tort d'une passion qui n'a rien que de légitime!... mais c'est mou nom, mon rang que je lui offre en partage... c'est dans ma main que je veux placer la sienne.
(Le ve'gent est entre' pendant ce morceau.)