SCENE II
DARGENVILLE . MORISSEAU , LE DUC.
MORISSEAU. Monseigneur, je me i)résente devant vous avec une certaine assurance , car je suis porteur d'excellentes nouvelles.
LE DUC. Que dites-vous, monsieur.
DARGENVILLE. Auriez-vous obtenu?
MORISSEAU. Plus que je n'espérais !
LE DUC. En vérité !
MORISSEAU. J'ai sur moi un acte du régent , qui ne peut manquer de vous être infiniment agréable... {Il cherche dans ses pijches.) Ce n'est pas ça... ni ça... ceci, c'est une lettre de cachet , dans le cas où le mariage ne s'accomplirait pas.
DARGENVILLE. Une lettre do cachet!..
LE DUC. Vos paroles semblaient m'anuoncer que son altesse avait changé d'opiuion.
MORISSEAU. Elle n'a changé que de notaire.
LEDUC, irotm]uemcnt. Allons, vous finissez par être celui de tout le monde
MORISSEAU, gaîmcnt. Dieu le veuille!, mon étude peut contenir dix clercs de plus.. Le régent m'a donc ordonné de dresser votre contrat. . . et de vous annoncer que sa majesté le roi Louis XV donne cent mille écns de dot à la future.
DARGENVILLE. AUons , voilà Un petit adoucissement...
LE DUC. Monsieur, je suis sensible aux bontés dont le roi daigne m'honorer. .. le sujet ne peut refuser les faveurs du monarfTuc... Mais le prix qu'il y met...
MORISSEAU. Doit vous les rendre encore plus chères... L'alliance dont vous vous étiez flatté vous faisait espérer d'autres avantages... mais la marquise n'est plus jeune... ou ne se souvient pas qu'elle ait été jolie... Les frères, les parens n'étaient nullement disposés à se dépouiller pour vous enrichir. Rien de moins certain pour vous que celte fortune que vous aviez rêvée ; tandis que l'union d'aujourd'hui vous offre une personne jeune, jolie, sage; trois qualités roturières qui ennoblissent la femme qui les possède.
LE DLC. Une lettre de cachet!... le régent m'en veut donc bien !
MORissE.vu. Vous n'avez pas de meilleur ami... cette lettre de cachet en est une preuve...
LE DUC. Ah !
DARGENVILLE. Je le dispense de m'en donner de pareilles.
MORISSEAU. Je connais la Vaubalière, me disait-il ; il est homme à refuser son bonheur. Je veux qu'il soit heureux malgré lui. Si par hasard il balançait à épouser sa victime...
LE DUC , avec dépit. Victime est délicieux !
MORISSEAU. Quelques semaines de retraite à la Bastille l'éclaireraient sur ses véritables intérêts... et dans la solitude, n'étant préoccupé par aucune distraction, même involontaire, il aura tout le loisir de penser aux attraits de celle dont il aura refusé la main. Mais si, comme je l'espère, car le duc est un homme d'esprit , c'est l'opinion du régent, il se soumet francliement à ce que nous avons résolu, je m'engage, au nom du roi, à payer ses dettes, à dt'gager ses biens des hypothèques dont ils sont grevés
LE DUC. Le roi paierait mes dettes?
MORISSEAU , montrant un papier. Voici
LE MAGASIxN XHEATBAL;
uix bon de cinq cent mille livres à ce destiné.
LE DUC. Il dégagerait mes biens?
MOUISSEAU, montrant un autre papier.
Autre bon royal de dixsept cent mille livres.
DARGENVILLE. Diable ! Pour peu que la future soit passable.
LE DUC. Elle est charmante !
DARGENVILLE. C'est une superbe opération de finance.
LEDUC. Monsieur... quand on se conduit aussi royalement que le fait son Altesse... je suis vaincu... j'épouserai.
UN DOMESTIQUE, entrant. C'est de la part de INF^'^ Raymond , qui prie M. le duc de vouloir bien lui accorder la faveiu' d'un entretien particulier.
LE DUC. Dites à M^'"' Raymond que je suis à ses ordres.
MORISSEAU. Je passe dans ce cabinet, et ie vais jeter sur le papier les articles du contrat.
DARGENViLLE. Et moi, je retourne consoler nos amis... Notre arrangement tient toujours... je n'ai qu'une parole... Deux cent mille francs pour le divorce de Quinault.