‹ Pièces de théâtreChapitre 653 sur 1069 · JULIE, LE DUC · texte numérisé non relu

JULIE, LE DUC

LE DUC. Eh bien ! Julie , vous voilà la femme d'un des premiers geutilhommes du royaume!

JULIE. Monsieur le duc, vous savez que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour échapper à cet honneur.

LE DUC. Mais , au fond du cœur, vous n'êtes pas fâchée de n'avoir pas réussi.

JULIE. Monseigneur, j'ai fait à mon pèro le sacrifice de ma volonté.

LE DUC. Sacrifice... le mot est dur.

JULIE. J'avais rêvé une autre existence. Mon père, plus instruit que moi des exigences du monde et des lois de la société, m'a dit qu'il était de mon devoir d'y renoncer, j'y ai renoncé.

LE DUC. Vous me gardez rancune.

JULIE. N'ai-je pas consenti à porter votre nom ?

LE DUC. C'est pour cela qu'il faut l'eu vironner de tout l'éclat dont il est fait pour briller... ma jolie duchesse!...

(11 s'approche.)

JULIE , le repoussant légèrement. Monsieur le ducî...

LE DUC. Eh bien ! ma toute belle, n'êtesvous pas à moi?., cet amour que vous me refusiez ce matin, ne venez-vous pas de me le promettre par écrit. . . vous vous êtes engagée à m'aimer...

JULIE. Je me suis engagée à respecter le nom que je recevais.

LE DUC. Oui , oui... mais ce n'est pas tout... Allons, Julie... nous sommes mari et femme... tautôt vous avez voulu me

LA DUCHESSE DE L\ VAOBAUÈRE

mettre martel en tête avec cet amour prétendu.

JULIE ; OQec calme. Tantôt, je vous ai dit la vérité, monseigneur.

LE DUC. Comment, madame !. j'ai vraiment un rival ?

JULIE , aoec noblesse. Vous n'en avez plus, monsieur le duc. Jamais vous n'aurez à rougir de celle qui a l'honneur de porter votre nom.

LE DUC. Savez-vous que c'est fort piquant , avouer ces choses-là à un mari , après la signature du contrat!

JULIE. Monsieur le duc , par une de ces actions que les gens de votre classe traitent par trop légèrement, vous avez troublé la vie elle bonheur d'une jeune fille qui ne vous avait rien fait. Cette jeune fille est aujourd'hui votre femme. EUe comprend ses devoirs, elle les remplira ; mais n'exigez rien de plus , car vous n'ignorez pas qu'elle avait donné son cœur avant qu'elle vous eût donné sa main.

LE DUC. Comment, ma femme... ne serait pas ina femme?

JULIE. Sa conduite sera toujours honorable et pure.

LE DUC. Eh ! que m'importe sa conduite? c'est son amour que je veux... et je l'aurai...

JULIE. Je crains que monsieur le duc ne s'abuse ; qu'il veuille bien se rappeler que ce n'est pas moi qui ai sollicité ce mariage.

LE DUC. En signant notre contrat, je n'ai pas entendu que vous seriez ma femme à l'amour près... et, morbleu, ce ne sera pas...

JULIE , aQec fermeté. Ce sera, monsieur le duc... car je l'ai résolu.

LE DUC. Vous croyez qu'il vous suffira de l'avoir résolu.

JULIE. J'en suis sûre.

LE DUC. La volonté d'une petite fille!

JULIE , a^;ec une grande dignité. Vous oubliez que vous parlez à la duchesse de la Vaubalière ?

LE DUC , ironiquement. Eh bien ! madame

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la duchesse n'a peut-être pas songé à tous les désagrémens qu'entraînerait son refus-'

JVLlE , froidement. J'y ai songé.

LE DUC, furieux. Il pourrait lui coûter cher.

JULIE. J'en accepte toutes les conséquences.

LE DUC, plus doucement. l'espère que madame la duchesse reviendra à des sentimens plus doux , plus humains... qu'elle cessera de me haïr.

JULIE ., froidement. Je ne vous hais pas, monsieur le duc.

LE DUC, galamment. Alors... vous finirez par m'aimer.

JULIE. Non.

LE DUC , surpris. Non !

JULIE. Jamais !

LE DUC , colère : Jamais !

JULIE , très-froidement. Jamais...

LE DUC , en fureur. Madame!...

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