‹ Pièces de théâtreChapitre 688 sur 1069 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE ROI , CATHERINE , ooilée , s'arrête ^ , près de la porte.

HKNRi. Que votilez-vous , nion enfant?

[Catherine s'aoasice lentement vers le roi, met un oe/tou en terre , et lui présente ht bague (juiUui a (lutiuée). IMon anneau !.. . qui ètesvoiis donc ? [Il écarte vivement le voile de (.uthcriue, qui reste et i^enour, pà'e et les yeux hoissrs. ) Callii.riije Howard!!... Que veut dire ceci? mon Dieu ! est-ce une ombre ? est-ce une réalité?... [La prenant dans ses liras et la soulcvuul.) Vivante!... Oh! ïnais je vous ai vue couciiée sur le nionument, enveloppée d'un linceul .. pâle et glacée comme une statue de marbre !... Comment Dieu a-t-iJ permis que vous vons levas-

siez de la couche mortuaire?... Oh! parlez , dites, dites... ^ otre voix seule me prouvera que vous n'êtes pas un fantôme.

CATHERINE. Sire , suis-jc la première jeune fille que l'on crut morte, et qui n'était qu'évanouie, et qui se réveilla dans le cercueil où on l'avait déposée ?

HENRI. Oh! mais si cela est vrai, parlemoi d'une autre voix et avec un autre accent ; que la vie revienne dans tes yeux , la rougeur sur tes joues ; ou, sans cela , je ne croirai pas, je ne pourrai pas croire. — Oh !... mais sais-tu que je t'aimais?

CATHERINE. On me l'a dit.

HENRI. Sais-tu que je suis descendu désespéré dans ta tombe ?

CATHERINE. On me Fa dit.

HENRI. Sais-tu enfin que c'est moi-même (|ui t'ai passé au doigt cet anneau.

CATHERINE. On me l'a dit encore , et je vous le rapporte, Sire.

HENRI. Ton sommeil était- il donc si profond que tu n'aies souvenir de rien de ce qui s'est accompli pendant le tems'''ji tu dormais ?

CATHERINE. De rien.

HENRI. Mais le passé ?

CATHERINE. Je l'ai oublié.

HENRI. Tout entier?

CATHERINE. Oui. Je ne vis, je ne vivre que depuis l'heure où je suis de la tombe , et mes souvenirs ne remontent pas au-delà. Mon existence se sera divisée en deux parts , l'une perdue dans la nuit, l'autre noyée dans la lumière !...

HENRI. IMais, ma bien-aimée Catherine, comment est-tu sortie de ce tombeau ?

CATHERINE, regardant une clef qu'elle tient serrée dans sa main. Toute tombe a une clef qui la ferme et qui la rouvre.

HENRI. Oh ! mon Dieu !

CATHERINE. Qu'avez-vous ?

HENRI. Je m'épouvante à l'idée que tu pouvais rester enfermée dans ce sépulcre , vivante entre les morts , sans que personne sût que tu étais là !

CATHERINE , tressaillant. Oui ! c'eût été bien affreux !

HENRI. Mais te figures-tu ? se réveiller dans le cercueil , se trouver seule , attendre vainement un secours qui ne vient pas ! sentir les minutes , les heures s'en aller , puis la faim venir !

CATHERINE, les yeucG fixes et portant In main h sa tête. Atroce ! atroce ! .. .

HENRI. Et si j'avais su un jour cela !.... que tandis que j'étais ici dans mon palais, m'enivrant de la lumière du jour, un être aimé , la moitié de mon c(ear , souffrait

CATHERINE HOWARD

de pareilles toitures , se roulait dans la nuit du sépulcre, heurtant sa tête à l'angle d'une tombe , maudissant Dieu !

CATHERiivE. Grâce!

(Elle tombe sans connaissance.)

HENRI. Evanouie! évanouie! mou Dieu!

Elle n'a pu supporter un pareil souvenir. . . De l'air ! il lui faut de l'air. (// ta porte près de la fenêtre.) Catherine ! ma belle Catherine ! reviens à toi ! mais tu n'as plus rien à craindre. Dieu n'a pas voulu que , si belle et si jeune , tu fusses perdue pour le monde. Catherine ! rouvre tes beaux yeux ! que ma voix soit cette fois plus puissante qu'elle ne l'a été la première... Catherine! Catherine ! {Elle roiwre , sans faire de mouvement, ses yeux qui restent fixes ) Oh ! te voilà... INIe vois-tu? m'entends-tu?

CATHERINE. Oui.

HENRI. Mais ta mémoire?

CATHERINE. Je suis au palais de Whitc- Hall ; voilà le trône ; vous êtes le roi, et il Tue manque un anneau à cette main.

HENRI. Le voilà. Garde-le maintenant pour ne plus le quitter.

CATHERINE. Ainsi, vous renouvelez à Catherine vivante les promesses faites à Catherine morte ?

HENRI. Toutes.

CATHERINE , regardant la clef. Oh ! redites-les-moi, car je ne les ai pas entendues, et j'ai besoin^ de les entendre. Parlez-moi , Sire, dites-moi de ces paroles magiques qui endorment les souvenirs , qui charment l'esprit, qui enivrent le cœur... dites, dites, j'écoute.

HENRI. Eh bien! oui, tout ce qu'une femme jeune et belle peut rêver dans ses songes les plus dorés, tu l'auras ; partout où ma puissance pourra s'étendre , tu diras : Je le veux... Voyons, ma belle Catherine, es-tu contente?

CATHERINE. Parlez , parlez toujours.

HENRI. Ce palais, ce trône , tu les partageras avec moi ; tous les enivremens du luxe et de la puissance , tu les épuiseras ; les bals , les fêtes , les tournois , où tu seras deux fois reine , se renouvelleront chaque jour , pour ne pas laisser un instant d'ennui à ton cœur ; et tu seras heureuse, n'estce pas?

CATHERINE. Le croyez-vous?

HENRI. Qui donc pourrait troubler ton bonheur, élue du ciel que tu es... jeune, belle, aimée...

CATHERINE, se levant. Et reine ?

HENRI. Dès ce soir , oui, dès ( e soir, l'archevêque de Cantorhéry nous unira, et domain , à ton lever, le manteau rov.il sur

les épaules , la couronne sur la tête , en face de ma cour , de l'Angleterre, de l'Europe , du monde, je proclamerai Catherine Howard la femme de Henri VIII ; et ma cour , l'Europe , le monde répondront , inclinés devant toi : Salut à la reine d'Angleterre et de France I

CATHERINE , regardant vivement par la fenêtre. Sire, l'eau qui coule au-dessous de cette fenêtre est-elle bien profonde ?

HENRI. C'est un gouffre. {Lui voyant étendre le bras qui tient la clef.) Que fais-tu?

CATHERINE, lâchant la clef . Moi? rien.

{A part.) Je me fais reine. [Haut.) Sire , votre fiancée est prête !.. .

HENRI, la prenant dans ses bras. Alors!., attends-moi , Catherine , attends-moi ; je reviens.

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